En bref

  • Le régulateur britannique de la concurrence (CMA) ouvre une enquête formelle sur les pratiques de licences logicielles de Microsoft dans le cloud.
  • L'enquête cible les surcoûts imposés aux clients qui utilisent Windows Server et SQL Server sur AWS ou Google Cloud plutôt que sur Azure.
  • Une désignation « Strategic Market Status » pourrait donner au CMA des pouvoirs étendus pour imposer des changements structurels.

Ce qui s'est passé

La Competition and Markets Authority (CMA), le régulateur britannique de la concurrence, a annoncé fin mars 2026 l'ouverture d'une enquête formelle sur les pratiques de licences logicielles de Microsoft dans le secteur du cloud. L'enquête porte spécifiquement sur les conditions dans lesquelles les clients peuvent utiliser leurs licences Windows Server et SQL Server sur des clouds concurrents d'Azure. Actuellement, les entreprises qui souhaitent faire tourner ces logiciels sur AWS ou Google Cloud doivent payer des frais de licence supplémentaires significatifs, tandis que la migration vers Azure est facilitée par des conditions de portabilité avantageuses, selon The Register.

Cette enquête fait suite à plusieurs années de plaintes de la part de fournisseurs cloud européens et de clients professionnels. Le CMA avait déjà examiné le marché du cloud en 2024 et identifié des préoccupations structurelles. La démission en mars 2026 du président de la commission d'enquête cloud, qui a publiquement critiqué la « lenteur glaciaire » des réformes du CMA, a accéléré la prise de décision du régulateur.

En parallèle, le CMA prépare une investigation sur le statut de marché stratégique (SMS) de Microsoft, un mécanisme introduit par le Digital Markets, Competition and Consumers Act britannique. Si Microsoft obtient cette désignation, le CMA pourrait lui imposer des obligations spécifiques en matière d'interopérabilité et de tarification. Amazon, de son côté, a proposé des concessions volontaires sur les frais de sortie (egress fees) et l'interopérabilité, espérant éviter une désignation similaire.

Pourquoi c'est important

Les pratiques de licences cloud de Microsoft affectent directement les budgets IT des entreprises européennes et françaises. Une organisation qui a investi dans des licences Windows Server sur site se retrouve pénalisée financièrement si elle choisit un cloud autre qu'Azure pour sa migration. Cette situation crée un verrouillage technologique (vendor lock-in) qui limite la concurrence et réduit les marges de négociation des DSI, un problème déjà documenté dans les analyses de configurations cloud.

L'enquête du CMA pourrait avoir des répercussions bien au-delà du Royaume-Uni. La Commission européenne et la FTC américaine, qui a ouvert sa propre enquête sur la dominance cloud et IA de Microsoft en février 2026, observent de près les conclusions britanniques. Pour les entreprises françaises soumises à des exigences d'audit Microsoft 365, une éventuelle obligation d'interopérabilité ouvrirait la porte à des stratégies multi-cloud plus économiques.

Le contexte est d'autant plus sensible que l'IA est en train de s'intégrer massivement dans les outils bureautiques. Microsoft Copilot et les agents IA d'Azure créent une nouvelle couche de dépendance : les entreprises qui adoptent ces outils sur Azure auront encore plus de difficulté à migrer vers des alternatives. Le CMA l'a explicitement mentionné comme facteur aggravant dans sa décision d'enquêter.

Ce qu'il faut retenir

  • Le CMA britannique enquête sur les surcoûts de licences Microsoft pour les clients utilisant AWS ou Google Cloud plutôt qu'Azure.
  • Une désignation « Strategic Market Status » pourrait forcer Microsoft à modifier ses pratiques tarifaires et d'interopérabilité.
  • Les conclusions pourraient influencer les régulateurs européens et américains, impactant les stratégies multi-cloud des entreprises françaises.

Quel impact pour les entreprises françaises utilisant Microsoft Azure ?

À court terme, l'enquête du CMA n'a pas d'effet direct sur les contrats en cours. Cependant, si le régulateur impose des obligations d'interopérabilité et de tarification équitable, cela pourrait à moyen terme réduire les coûts de migration vers d'autres clouds et renforcer le pouvoir de négociation des DSI français. Les entreprises engagées dans une stratégie multi-cloud ont intérêt à suivre cette enquête de près, car ses conclusions pourraient servir de référence pour les régulateurs européens dans le cadre du Digital Markets Act.

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