AWS Interconnect multicloud passe en disponibilité générale avec Google Cloud, palier gratuit de 500 Mbps par région et Azure attendu fin 2026.
En bref
- AWS Interconnect multicloud passe en disponibilité générale avec Google Cloud comme premier partenaire et active dès mai 2026 un palier gratuit de 500 Mbps par région.
- La solution repose sur une spécification ouverte d'interopérabilité réseau coécrite par les deux clouds et supprime le besoin d'opérer le câblage physique pour le client.
- Microsoft Azure et Oracle Cloud sont annoncés comme partenaires supplémentaires d'ici fin 2026, élargissant le périmètre du multicloud privé à l'ensemble des hyperscalers.
Ce qui s'est passé
AWS et Google Cloud ont activé en mai 2026 la disponibilité générale d'AWS Interconnect multicloud, un service de connectivité privée à haute vitesse entre les deux infrastructures. La bascule en GA, publiée le 30 avril 2026 dans le « What's New » d'AWS et confirmée la semaine dernière par CIO Dive et Network World, transforme une fonctionnalité jusqu'ici en preview en service de production avec engagement de niveau de service. Elle coïncide avec une nouvelle étape : l'ouverture, dès le mois en cours, d'un palier gratuit de 500 Mbps par région pour les charges de développement et de production légère.
Le service repose sur une spécification ouverte d'interopérabilité réseau, conçue conjointement par AWS et Google et publiée pour permettre à d'autres acteurs de s'y conformer. L'idée centrale est de masquer au client toute la complexité du câblage physique, des accords d'interconnexion et de la résilience entre datacenters distants. Côté AWS, le service s'appelle Interconnect multicloud ; côté Google, l'équivalent est Cross-Cloud Interconnect. Les deux composants dialoguent de manière transparente pour le client final, qui n'a plus à orchestrer manuellement deux solutions distinctes pour relier ses VPC.
Cinq couples de régions sont couverts à l'ouverture de la GA : côte est et côte ouest des États-Unis, Londres et Francfort pour l'Europe. L'offre cible explicitement les déploiements multicloud d'envergure, là où les latences et la cohérence des SLA constituent un point de friction permanent. Selon Network World, l'objectif assumé est de simplifier les architectures hybrides où une application déployée sur AWS interroge des services de données sur Google Cloud, scénario fréquent depuis l'essor de BigQuery et de Vertex AI auprès de clients équipés ailleurs.
Le palier gratuit de 500 Mbps par région, opérationnel à compter de mai 2026, représente une rupture commerciale dans un segment historiquement coûteux. Pour les équipes plateforme, cette capacité suffit à couvrir le développement, les tests d'intégration et les charges de production légères qui justifient une connectivité privée sans pour autant saturer le lien. La facturation au-delà du palier suit une logique de capacité allouée, sans frais par gigaoctet transféré, ce qui simplifie la modélisation budgétaire et lève l'incertitude habituellement associée aux frais de sortie. Source : blog AWS Networking and Content Delivery, qui détaille la grille tarifaire complète.
Du côté de Google Cloud, l'annonce s'inscrit dans la continuité de Google Cloud Next 2026 et de la stratégie d'extension de Cross-Cloud Interconnect au-delà des partenaires historiques. L'éditeur, qui a finalisé l'acquisition de Wiz pour 32 milliards de dollars en 2025, mise sur l'ouverture de son infrastructure pour attirer les charges issues du portefeuille AWS, traditionnellement dominant chez les grands comptes américains. La capacité à offrir aux clients un chemin réseau privé, sans transit Internet public, élimine un obstacle technique majeur à l'adoption multicloud que les RSSI invoquaient depuis des années.
Le périmètre s'élargira au cours de l'année 2026. AWS a confirmé que Microsoft Azure et Oracle Cloud Infrastructure rejoindront le service comme partenaires supplémentaires, sans communiquer pour l'instant de date précise. Cette extension, si elle se concrétise comme annoncé, aboutira à un maillage complet entre les quatre principaux hyperscalers occidentaux. La spécification ouverte d'interopérabilité réseau, publiée par AWS et Google, sert de socle technique pour cette généralisation. Source : InfoQ, qui rapporte que la spécification est conçue pour être adoptable par toute infrastructure conforme.
Sur le plan opérationnel, le service introduit un modèle de provisionnement en quelques minutes via la console AWS, sans intervention humaine côté opérateur télécom. Le client sélectionne les VPC à relier, la région et la bande passante désirée, puis valide l'interconnexion comme il provisionnerait une instance EC2. Cette automatisation contraste avec les processus historiques d'interconnexion privée, qui impliquaient des commandes auprès d'opérateurs comme Equinix ou Megaport, plusieurs semaines de délai et la gestion d'équipements de routage. Pour les équipes infrastructure, le gain de temps et la baisse de la barrière à l'entrée sont substantiels.
Pour les workloads sensibles, AWS propose en complément une option de last-mile via Lumen, déjà disponible en GA. Cette option étend la connectivité Interconnect jusqu'aux datacenters on-premise du client, en gardant le flux dans une infrastructure dédiée plutôt que sur Internet public. La combinaison Interconnect multicloud plus Interconnect last-mile dessine ainsi une trajectoire continue depuis le datacenter privé d'un client jusqu'aux VPC sur AWS, Google Cloud et bientôt Azure et OCI. Source : NextPlatform, qui souligne que ce positionnement renforce l'ambition d'AWS de jouer un rôle d'OEM réseau au-delà du simple fournisseur de cloud public.
Pourquoi c'est important
Cette annonce déverrouille un point de douleur structurel pour les directions de l'infrastructure. Depuis plusieurs années, les analyses de Gartner et de Forrester documentent l'écart entre les ambitions multicloud affichées par les entreprises et la réalité opérationnelle, freinée par la complexité de l'interconnexion privée entre clouds. La disponibilité d'un service géré, jointement opéré par les deux principaux hyperscalers du marché, lève ce frein et redonne du sens aux discours sur la résilience multicloud, jusqu'ici souvent contournés par des architectures à dominante mono-cloud avec failover symbolique.
Pour les organisations européennes, l'enjeu de souveraineté devient également plus tangible. La capacité à acheminer du trafic entre des régions Frankfurt sur AWS et Google Cloud sans passage par les États-Unis ouvre des architectures de continuité d'activité conformes aux exigences RGPD et aux orientations émises par la CNIL sur le transfert de données. NIS2 et DORA, qui imposent des plans de continuité robustes aux secteurs régulés, peuvent désormais s'appuyer sur une réplication multicloud privée mature, sans la friction historique liée aux temps de mise en œuvre et aux coûts d'interconnexion.
L'impact économique se mesure également côté facturation. Les coûts de sortie, longtemps dénoncés comme un mécanisme de verrouillage client par les hyperscalers, perdent une partie de leur effet dissuasif sur les workloads ayant souscrit à un Interconnect. La logique de capacité allouée sans frais par gigaoctet, combinée au palier gratuit de 500 Mbps, modifie l'équation financière de scénarios comme la sauvegarde croisée, la réplication de bases de données ou l'inférence IA tirant parti de modèles hébergés sur un cloud différent du cloud applicatif. Les FinOps doivent revisiter leurs analyses pour intégrer cette nouvelle donnée.
Enfin, ce mouvement signale une recomposition stratégique entre les hyperscalers. AWS, longtemps perçu comme réticent à faciliter le multicloud par crainte de fuite client, adopte ici une posture explicitement coopérative avec son principal concurrent. Plusieurs analyses, dont celle de NextPlatform, lisent cette ouverture comme un signe que le marché du cloud entre dans une phase de maturité où la croissance dépend davantage de la part de portefeuille captée chez les grands comptes que de la rétention pure. Les RSSI et architectes peuvent désormais bâtir des stratégies multicloud crédibles, mais doivent aussi repenser leur modèle de gouvernance, leur observabilité transverse et leurs procédures de réponse à incident pour absorber cette nouvelle complexité.
Ce qu'il faut retenir
- AWS Interconnect multicloud en GA depuis fin avril 2026 avec Google Cloud comme premier partenaire, sur cinq couples de régions dont Londres et Francfort.
- Palier gratuit de 500 Mbps par région à compter de mai 2026 et facturation à la capacité sans frais par gigaoctet transféré.
- Azure et Oracle Cloud annoncés comme partenaires d'ici fin 2026 sur la même spécification ouverte d'interopérabilité réseau.
Faut-il revoir son architecture pour profiter du palier gratuit ?
Pour les workloads de développement et de test qui transitent aujourd'hui par Internet public ou via des VPN site-à-site, la migration vers Interconnect multicloud apporte un gain immédiat en latence et en intégrité du flux. La revue est rapide : identifier les VPC AWS et VPC Google concernés, valider la région et provisionner la liaison. Pour les workloads de production, prévoir un test de charge avant bascule complète.
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Prendre contactÀ propos de l'auteur
Ayi NEDJIMI
Auditeur Senior Cybersécurité & Consultant IA
Expert Judiciaire — Cour d'Appel de Paris
Habilitation Confidentiel Défense
ayi@ayinedjimi-consultants.fr
Ayi NEDJIMI est un vétéran de la cybersécurité avec plus de 25 ans d'expérience sur des missions critiques. Ancien développeur Microsoft à Redmond sur le module GINA (Windows NT4) et co-auteur de la version française du guide de sécurité Windows NT4 pour la NSA.
À la tête d'Ayi NEDJIMI Consultants, il réalise des audits Lead Auditor ISO 42001 et ISO 27001, des pentests d'infrastructures critiques, du forensics et des missions de conformité NIS2 / AI Act.
Conférencier international (Europe & US), il a formé plus de 10 000 professionnels.
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