En bref

  • Anthropic s'est engagé à dépenser 200 milliards de dollars sur cinq ans en TPU et services Google Cloud, selon The Information.
  • L'accord, signé en avril avec Google et Broadcom, mobilise plusieurs gigawatts de capacité TPU à partir de 2027.
  • Anthropic représenterait à elle seule plus de 40 % du carnet de commandes cloud annoncé par Alphabet la semaine dernière.

Ce qui s'est passé

The Information a révélé le 5 mai 2026 qu'Anthropic s'est engagée auprès de Google sur un contrat pluriannuel de 200 milliards de dollars destiné à sécuriser sa puissance de calcul jusqu'à la fin de la décennie. Le montant, sans précédent dans l'histoire de l'informatique en nuage, couvre l'accès aux instances Google Cloud Platform et la mise à disposition exclusive de plusieurs gigawatts de capacité TPU sur cinq ans.

L'engagement formalise un protocole signé dès le mois d'avril entre Anthropic, Google et son partenaire fondeur Broadcom. Selon les sources de The Information citées par Reuters et Engadget, la première vague de capacité TPU dédiée à Anthropic doit entrer en service à partir de 2027, dans des centres de données spécifiquement reconfigurés pour accueillir les puces Trillium et leurs successeurs. Anthropic disposerait par ailleurs d'options préférentielles sur les générations de TPU postérieures, calquées sur le modèle des accords entre OpenAI et Microsoft Azure.

Pour Anthropic, cette commande pharaonique fait écho à une autre annonce récente : l'éditeur de Claude a confirmé fin avril un investissement complémentaire d'Amazon de 25 milliards de dollars dédié à la montée en charge de Trainium 2 et 3. La société exploite ainsi une stratégie multi-fournisseurs assumée, en parallèle d'un programme de financement orchestré la semaine dernière avec Goldman Sachs et Blackstone à hauteur de 1,5 milliard de dollars pour ses déploiements en entreprise.

Côté Google, l'opération est tout sauf neutre. Lors de sa publication trimestrielle, Alphabet a déclaré un carnet de commandes cloud en hausse vertigineuse, et les analystes de Bernstein estiment que le contrat Anthropic en représente plus de 40 % à lui seul. Sundar Pichai a expliqué la semaine dernière que les solutions Enterprise AI étaient désormais le premier moteur de croissance de Google Cloud, qui a vu son chiffre d'affaires bondir de 63 % au dernier trimestre.

L'opération s'accompagne d'un volet capitalistique : Alphabet investit jusqu'à 40 milliards de dollars supplémentaires dans Anthropic, prolongeant un cycle de financement entamé en 2023. Cette double posture investisseur-fournisseur place Google dans une position délicate, à la fois actionnaire et concurrent direct via Gemini Enterprise, annoncé en GA lors de Google Cloud Next 26.

D'un point de vue financier, Anthropic table sur une accélération massive : l'entreprise a confirmé un revenu annualisé qui dépasse 30 milliards de dollars en 2026, contre 5 milliards début 2025. La société entend dégager des marges suffisantes pour absorber les coûts d'inférence générés par Claude Sonnet 4.6, Claude Opus 4.7 et le très commenté modèle Mythos, dont l'arrivée a déclenché une mobilisation de la Maison-Blanche le mois dernier.

Les chiffres prennent une dimension structurelle pour le secteur : selon les calculs publiés par CNBC et Reuters, les contrats combinés d'Anthropic et d'OpenAI représentent désormais plus de la moitié des 2 000 milliards de dollars de carnet de commandes cumulés chez AWS, Microsoft Azure et Google Cloud. Le marché cloud bascule de fait dans une économie de pré-réservation à long terme, où la capacité GPU et TPU se traite comme une matière première.

L'engagement de 200 milliards reste, à l'heure de la publication, un accord d'intention dont les détails opérationnels n'ont pas été rendus publics. Google n'a pas commenté officiellement le chiffre, et Anthropic s'est contentée de rappeler que l'entreprise continuera à répartir ses charges entre AWS, Google Cloud et ses propres infrastructures de recherche.

Pourquoi c'est important

Cet engagement reconfigure la cartographie des dépendances dans l'économie de l'IA. Avant l'annonce, le marché percevait Anthropic comme un acteur principalement adossé à AWS, conséquence des 8 milliards de dollars investis par Amazon en 2024 puis du nouveau ticket de 25 milliards. La bascule vers Google Cloud sur un volume aussi colossal indique que la stratégie d'Anthropic n'est plus alignée sur un fournisseur historique mais répartie entre les deux acteurs cloud les plus capables d'absorber sa demande de calcul. Pour les directions infrastructure des entreprises clientes, cela signifie qu'un déploiement Claude pourra demain transiter aussi bien par Bedrock que par Vertex AI, sans préférence technique de la part d'Anthropic.

L'annonce arrive aussi dans un contexte où l'économie des modèles fondationnels est régulièrement soupçonnée de circularité. Plusieurs analystes, notamment chez Bernstein et Bank of America, pointent depuis plusieurs mois le fait que les hyperscalers investissent massivement dans des laboratoires d'IA qui s'engagent en retour à leur acheter du compute, gonflant artificiellement le carnet de commandes des fournisseurs cloud. Le contrat Anthropic-Google illustre exactement ce schéma : Alphabet injecte jusqu'à 40 milliards en equity, et Anthropic en contrepartie commande 200 milliards de capacité. La SEC américaine a déjà ouvert une revue informelle sur les pratiques comptables de ce type d'accord, sujet qui pourrait s'intensifier à mesure que ces transactions atteignent l'échelle du PIB d'un État européen.

Sur le plan industriel, ce méga-contrat consacre la stratégie verticale de Google. Contrairement à Microsoft, dépendant des GPU Nvidia, ou à AWS, qui investit dans Trainium et Inferentia, Google a misé dès 2016 sur ses TPU conçus en partenariat avec Broadcom. La capacité contractuelle réservée à Anthropic place de facto Google dans le rôle de premier silicium AI hors Nvidia, ce qui devrait peser sur les négociations à venir entre OpenAI et Microsoft, et possiblement accélérer la décision de Microsoft d'adopter une partie des wafers Maia produits en interne par Intel Foundry.

Enfin, pour les RSSI et les directions juridiques, cet engagement à si long terme sur un fournisseur tiers soulève des questions de souveraineté et de continuité. Les clients européens d'Anthropic, soumis à NIS2 et au futur AI Act dont les obligations entrent progressivement en vigueur en 2026, devront surveiller la localisation effective des charges Claude, susceptibles de basculer demain entre régions Google et AWS sans visibilité directe. Dans la mesure où Anthropic se présente comme un fournisseur de modèles « cloud-agnostique », chaque entreprise utilisatrice devra contractualiser explicitement avec son revendeur la zone géographique et le fournisseur d'hébergement utilisés en runtime.

Ce qu'il faut retenir

  • 200 milliards de dollars sur cinq ans : Anthropic devient le premier client cloud de l'histoire de Google.
  • Plusieurs gigawatts de capacité TPU à partir de 2027, déployés par Google et Broadcom.
  • Combinés aux contrats OpenAI-Microsoft, ces engagements représentent plus de 50 % du carnet de commandes cloud mondial — un signal fort de bascule vers une économie de pré-réservation du compute.

Cet engagement signifie-t-il qu'Anthropic abandonne AWS ?

Non. Amazon a confirmé en avril un investissement supplémentaire de 25 milliards de dollars chez Anthropic et la montée en charge de Trainium pour les modèles Claude. Anthropic conserve une stratégie multi-cloud délibérée, où Google Cloud, AWS et ses propres infrastructures de recherche se répartissent les charges d'entraînement et d'inférence selon les coûts unitaires et la disponibilité.

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