En bref

  • SiFive lève 400 millions de dollars et atteint une valorisation de 3,65 milliards, soutenu par Nvidia.
  • L'entreprise développe des processeurs IA basés sur l'architecture ouverte RISC-V, alternative à Arm et x86.
  • Ses puces seront compatibles avec l'écosystème CUDA de Nvidia et son système de serveurs NVLink Fusion.

Ce qui s'est passé

SiFive, pionnière des processeurs basés sur l'architecture ouverte RISC-V, a bouclé une levée de fonds de 400 millions de dollars le 11 avril 2026, selon TechCrunch. Ce tour de table sursouscrit porte la valorisation de l'entreprise à 3,65 milliards de dollars. Nvidia figure parmi les investisseurs stratégiques de cette opération, aux côtés d'autres acteurs majeurs du secteur des semi-conducteurs.

Fondée en 2015 par des ingénieurs de l'université de Berkeley à l'origine du jeu d'instructions RISC-V, SiFive n'avait pas levé de fonds depuis mars 2022 et sa série F de 175 millions de dollars. L'entreprise a depuis fait évoluer son positionnement : elle ne se contente plus de fournir des cœurs de processeurs sous licence, mais vise désormais le marché des CPU pour datacenters IA. Ses designs seront compatibles avec le logiciel CUDA de Nvidia et son architecture de serveurs NVLink Fusion, permettant à différents processeurs de s'intégrer dans les « usines à IA » de Nvidia.

Cette levée intervient dans un contexte d'investissements massifs dans l'infrastructure IA. Les hyperscalers prévoient de dépenser collectivement près de 700 milliards de dollars en projets de datacenters en 2026. L'architecture RISC-V, libre de droits contrairement à Arm, attire de plus en plus d'acteurs qui cherchent à réduire leur dépendance envers un fournisseur unique de propriété intellectuelle.

Pourquoi c'est important

Le marché des puces IA est aujourd'hui dominé par Nvidia côté GPU et par Arm côté CPU. L'arrivée de SiFive avec des processeurs RISC-V compatibles CUDA pourrait redistribuer les cartes en offrant une alternative open source crédible. Pour les entreprises et les fournisseurs cloud, cela signifie potentiellement plus de choix, des coûts de licence réduits et une moindre dépendance technologique.

Le soutien de Nvidia est particulièrement significatif. En investissant dans SiFive, Nvidia diversifie son écosystème matériel tout en s'assurant que ses logiciels (CUDA, NVLink) restent incontournables quelle que soit l'architecture CPU utilisée. C'est une stratégie de plateforme qui rappelle celle d'Intel avec le x86 dans les années 2000, mais appliquée cette fois à l'IA.

Ce qu'il faut retenir

  • SiFive valorisée à 3,65 milliards de dollars : l'architecture RISC-V gagne en crédibilité pour les charges de travail IA en datacenter.
  • La compatibilité CUDA et NVLink Fusion positionne SiFive comme un complément, pas un concurrent frontal de Nvidia.
  • Les entreprises qui planifient leur infrastructure IA à moyen terme devraient surveiller l'écosystème RISC-V comme alternative viable aux architectures propriétaires.

Qu'est-ce que l'architecture RISC-V et pourquoi intéresse-t-elle le marché de l'IA ?

RISC-V est un jeu d'instructions processeur open source, libre de droits de licence. Contrairement à Arm (qui facture des royalties) ou x86 (propriété d'Intel et AMD), n'importe quel fabricant peut concevoir des puces RISC-V sans frais. Pour l'IA, cela permet de créer des processeurs optimisés sur mesure pour des workloads spécifiques, tout en réduisant les coûts et la dépendance envers un seul fournisseur.

La levée de SiFive s'inscrit dans une dynamique plus large de désengagement progressif du secteur des semi-conducteurs vis-à-vis des architectures propriétaires. Depuis le rachat avorté d'Arm par Nvidia en 2022, bloqué par les régulateurs britanniques et américains pour raisons antitrust, plusieurs géants technologiques ont accéléré leurs investissements dans RISC-V pour sécuriser leur approvisionnement en propriété intellectuelle. Qualcomm, Google, Alibaba et Samsung font partie des membres fondateurs de RISC-V International, l'organisation à but non lucratif basée en Suisse qui supervise le standard depuis 2020, un déménagement stratégique motivé par les tensions commerciales sino-américaines et la volonté d'échapper aux restrictions d'exportation américaines pesant sur les technologies sous licence Arm ou x86.

Nvidia n'en est pas à sa première incursion dans l'écosystème RISC-V : le fabricant californien utilise déjà des cœurs RISC-V comme microcontrôleurs internes dans certains de ses GPU, notamment pour la gestion de la mémoire et des fonctions de sécurité. Son investissement dans SiFive marque toutefois un changement d'échelle, puisqu'il s'agit désormais de processeurs hôtes complets destinés à piloter des clusters d'entraînement et d'inférence IA aux côtés des GPU H100, H200 et de la future génération Blackwell Ultra. D'autres acteurs spécialisés, comme Ventana Micro Systems ou Tenstorrent — fondée par l'ancien architecte AMD Jim Keller — développent des feuilles de route similaires, signe que le marché des CPU serveurs pour datacenters IA s'ouvre progressivement à la concurrence face à la position dominante d'Arm, qui équipe aujourd'hui la quasi-totalité des puces Grace de Nvidia et des instances cloud ARM-based chez AWS (Graviton) et Google Cloud (Axion).

Ce qu'il faut retenir

  • La levée de 400 millions de dollars valorise SiFive à 3,65 milliards, un quasi-doublement depuis 2022.
  • Nvidia investit directement dans un concurrent potentiel d'Arm, diversifiant son écosystème matériel tout en conservant CUDA comme verrou logiciel.
  • RISC-V, gratuit et sans redevance de licence, séduit un nombre croissant d'acteurs cherchant à réduire leur dépendance à un fournisseur unique d'architecture processeur.
  • Le marché des CPU pour datacenters IA reste dominé par Arm et x86, mais l'arrivée d'alternatives crédibles pourrait faire baisser les coûts de licence à moyen terme.

Qu'est-ce que l'architecture RISC-V et pourquoi intéresse-t-elle le marché de l'IA ?

RISC-V est un jeu d'instructions (Instruction Set Architecture, ISA) open source né en 2010 à l'université de Californie à Berkeley. Contrairement à Arm ou x86, dont l'usage nécessite le paiement de licences et de royalties auprès respectivement d'Arm Holdings et d'Intel/AMD, RISC-V est librement implémentable par n'importe quel fabricant sans coût de propriété intellectuelle. Cette ouverture permet une personnalisation poussée des cœurs de calcul, un atout déterminant pour les puces IA où l'optimisation des unités de calcul matriciel et des pipelines mémoire conditionne directement les performances par watt.

Un enjeu de souveraineté technologique

Au-delà de l'aspect économique, RISC-V répond à une préoccupation géopolitique croissante : plusieurs pays, dont la Chine et des membres de l'Union européenne via le projet European Processor Initiative, y voient un moyen de développer une industrie des semi-conducteurs affranchie des restrictions d'exportation américaines qui pèsent sur les technologies Arm et x86 dans le cadre des sanctions technologiques actuelles.

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