Analysez DragonForce : codebase forké depuis LockBit 3.0, ChaCha20-Poly1305 sur Windows/Linux/ESXi, identification de la constante "expand 32-byte k", analyse comportementale et règles YARA multi-plateforme.
TL;DR — En résumé
DragonForce est forké depuis LockBit 3.0 et utilise ChaCha20-Poly1305 sur Windows, Linux et ESXi. La constante "expand 32-byte k" (hex 65 78 70...) est la signature YARA invariante principale.
DragonForce est l'une des familles de ransomware les plus actives de 2024-2026, présentant des caractéristiques techniques distinctives qui en font un sujet d'analyse essentiel pour les équipes de sécurité offensive et défensive. Développé en C (basé sur LockBit 3.0 leak), ce ransomware utilise un schéma cryptographique basé sur AES-256 + RSA-4096, avec Code dérivé du source LockBit 3.0 avec modifications anti-forensiques et ciblage OT/ICS spécifique. Les opérateurs pratiquent la double extorsion systématique via un portail Tor dédié, combinant le chiffrement des données avec la menace de publication. L'analyse technique de ses binaires révèle des choix d'implémentation spécifiques, des techniques d'obfuscation adaptées au langage utilisé, et une infrastructure C2 reposant sur Tor hidden services avec infrastructure géographiquement distribuée. Ce guide complet couvre le triage initial avec PEStudio et Detect It Easy, la décompilation statique avec Ghidra et IDA Pro, l'analyse dynamique avec x64dbg et ProcMon sous Windows (et GDB/strace pour les variantes Linux), l'extraction des indicateurs de compromission, et la rédaction de règles YARA opérationnelles pour la détection dans vos outils de sécurité. DragonForce est particulièrement actif en France depuis 2024-2025, avec des victimes documentées dans les secteurs de l'industrie, de la santé et des collectivités territoriales. Son code basé sur le leak LockBit 3.0 a été modifié pour intégrer des capacités de reconnaissance des environnements OT/SCADA.
1. Introduction et contexte : DragonForce dans le paysage 2026
DragonForce s'est imposé comme l'une des menaces ransomware majeures grâce à une combinaison de techniques d'intrusion efficaces, un modèle RaaS bien organisé, et des capacités cross-platform permettant de cibler simultanément les environnements Windows et Linux/ESXi. Le groupe cible préférentiellement les secteurs de la santé, des services financiers, de l'éducation, et des infrastructures critiques, avec une présence marquée en Europe et en Amérique du Nord.
Le modèle opérationnel typique implique : accès initial via exploitation de services exposés (VPN, RDP, Exchange) ou phishing ciblé ; reconnaissance interne avec des outils légitimes (BloodHound, Netscan) ; élévation de privilèges jusqu'au niveau Domain Admin ; exfiltration de données sensibles ; puis déploiement simultané du ransomware sur l'ensemble de l'infrastructure via GPO ou PsExec.
Caractéristiques techniques distinctives
DragonForce se distingue des autres familles RaaS par plusieurs innovations techniques :
- Chiffrement AES-256 + RSA-4096 : Schéma hybride garantissant une récupération impossible sans la clé privée de l'opérateur
- Développé en C (basé sur LockBit 3.0 leak) : Choix influençant directement la stratégie d'analyse (outils, signatures FLIRT, anti-analyse spécifique au langage)
- Code dérivé du source LockBit 3.0 avec modifications anti-forensiques et ciblage OT/ICS spécifique : Distingue DragonForce des autres groupes et nécessite une attention particulière lors de l'analyse
- Communication C2 via Tor hidden services avec infrastructure géographiquement distribuée : Infrastructure résiliente aux tentatives de blocage réseau
2. Prérequis et environnement d'analyse sécurisé
L'analyse de DragonForce nécessite un environnement isolé rigoureux. Configurez une VM Windows 10/11 x64 (FlareVM) avec 4 vCPU et 8 Go RAM, réseau Host-Only uniquement, snapshots avant chaque test. Pour les variantes Linux/ESXi, ajoutez une VM Ubuntu ou REMnux avec GDB, strace, ltrace, et Ghidra. Les outils essentiels : Ghidra 11.x, IDA Pro (ou Free), x64dbg avec ScyllaHide et xAnalyzer, PEStudio, DIE, FLOSS, PE-bear. Récupérez les samples depuis MalwareBazaar (tag "dragonforce") et vérifiez les SHA-256 avant transfer.
3. Triage initial : PEStudio, CFF Explorer, Detect It Easy
Le triage initial de DragonForce avec DIE révèle : compilateur C (basé sur LockBit 3.0 leak) (identifié par les patterns caractéristiques), entropie globale de 5.8 à 6.8 (pas de packing standard), et une structure PE standard sans overlay notable. PEStudio confirme les imports limités typiques des ransomwares qui résolvent leurs APIs dynamiquement ou compilent les bibliothèques statiquement.
Les strings visibles dans PEStudio incluent généralement des éléments du runtime C (basé sur LockBit 3.0 leak), des fragments de la note de rançon non obfusqués, et les extensions de fichiers ciblées. FLOSS extrait les strings obfusquées par émulation, révélant les URLs C2 et les listes de processus à terminer.
Caractéristiques DIE spécifiques
Pour DragonForce, DIE détecte spécifiquement :
- Signature compilateur C (basé sur LockBit 3.0 leak) — confirmée par les patterns d'initialisation du runtime dans les premières fonctions exécutées
- Entropie de la section de données : 5.5-6.5 si obfuscation légère, ou 7.0+ pour les sections avec configuration chiffrée embarquée
- Taille typique du binaire : 300 Ko à 5 Mo selon les crates/bibliothèques inclus et la plateforme cible
4. Analyse statique approfondie avec Ghidra et IDA Pro
L'analyse statique de DragonForce dans Ghidra commence par l'identification des fonctions critiques : initialisation cryptographique, énumération des fichiers, suppression des sauvegardes, et communication C2. La stratégie consiste à utiliser la constante d'initialisation de l'algorithme de chiffrement comme point d'ancrage principal.
Identification des routines cryptographiques
Pour les algorithmes de chiffrement utilisés par DragonForce (AES-256 + RSA-4096), les constantes d'initialisation caractéristiques dans Ghidra sont :
# Recherche dans Ghidra — Search Memory
# ChaCha20 (si applicable): "expand 32-byte k" (0x65787061...)
# AES-256: S-box AES (constante 0x63 commence la S-box standard)
# RSA: exposant e=0x10001 (65537) dans la structure de clé publique
# Dans IDA Pro — Alt+B pour recherche binaire
# Vérifier la présence des constantes et remonter les XREF pour localiser
# les fonctions de chiffrement principales
Décompilation et reconstruction de la logique
La décompilation Ghidra de DragonForce nécessite les ajustements suivants pour obtenir un code lisible :
- Activation de "Decompiler Parameter ID" pour améliorer la propagation des types
- Installation des plugins appropriés au langage C (basé sur LockBit 3.0 leak) (GhidRustHelper pour Rust, ou signatures FLIRT MSVC pour C++)
- Labellisation systématique des fonctions identifiées (crypto init, file encrypt, VSS killer, C2 beacon)
- Utilisation des scripts Ghidra pour automatiser la résolution des strings obfusquées
5. Mécanismes de chiffrement : algorithmes et implémentation
DragonForce utilise un schéma de chiffrement hybride AES-256 + RSA-4096 offrant une sécurité cryptographique solide. Le processus complet :
- Génération de la clé de session : Clé aléatoire 256 bits via le CSPRNG du système (OsRng pour Rust, BCryptGenRandom/CryptGenRandom pour C++)
- Dérivation des clés de fichier : Une clé unique par fichier est dérivée depuis la clé de session via HKDF ou dérivation directe
- Chiffrement du contenu : AES-256 + RSA-4096 avec nonce/IV aléatoire unique par fichier. Chiffrement partiel configurable pour les fichiers volumineux.
- Protection de la clé : La clé de session est chiffrée avec la clé publique RSA/ECC de l'opérateur et stockée dans la note de rançon ou en footer de chaque fichier
La structure du fichier chiffré inclut l'extension .dragonforce ajoutée, et un footer contenant les métadonnées de déchiffrement nécessaires (nonce, clé de fichier chiffrée RSA). Sans la clé privée de l'opérateur, la récupération est cryptographiquement impossible.
6. Techniques d'obfuscation et d'anti-analyse
DragonForce implémente plusieurs niveaux de protection contre l'analyse. Ces mécanismes sont adaptés au langage de développement (C (basé sur LockBit 3.0 leak)) et aux patterns d'obfuscation courants dans les familles RaaS modernes.
Obfuscation des chaînes de caractères
Les strings sensibles (URLs C2, extensions cibles, chemins exclus, texte de la note de rançon) sont obfusquées selon des techniques spécifiques au langage C (basé sur LockBit 3.0 leak) : XOR avec clé rotative, construction de strings en stack (pour les langages compilés natifs), ou chiffrement AES d'une section de configuration embarquée. FLOSS extrait automatiquement les strings XOR et stack-strings via émulation partielle du code.
Anti-debugging et détections de sandbox
Les détections anti-analyse de DragonForce incluent : IsDebuggerPresent et NtQueryInformationProcess (flag ProcessDebugPort), timing checks via QueryPerformanceCounter pour détecter la lenteur du débogage, détection de VMs via l'instruction CPUID (bit hypervisor bit 31 d'ECX), et vérification des clés registre VMware/VirtualBox. Toutes ces protections sont contournables avec ScyllaHide (activation de tous les hooks) et un patching des checks CPUID dans x64dbg.
7. Analyse dynamique : x64dbg, ProcMon, Wireshark
L'analyse dynamique de DragonForce suit la méthodologie standard pour les ransomwares RaaS. La spécificité est dans les breakpoints à placer selon le schéma cryptographique utilisé et les APIs Windows appelées. Configurez x64dbg avec ScyllaHide (tous les hooks activés) et xAnalyzer pour les annotations automatiques.
La séquence d'exécution supervisée révèle : déchiffrement de la configuration à l'initialisation (capturable via breakpoint sur VirtualAlloc suivi du retour de la fonction de déchiffrement), élévation de privilèges (AdjustTokenPrivileges), suppression des VSS via WMI (CoInitializeEx puis IWbemServices), énumération des fichiers (FindFirstFileW/FindNextFileW cascade), et création du pool de threads de chiffrement (CreateThread × N) — pausez immédiatement lors de ce dernier événement pour capturer les clés en mémoire.
8. Comportement réseau et communication C2
Les communications C2 de DragonForce reposent sur Tor hidden services avec infrastructure géographiquement distribuée. Le protocole applicatif est HTTPS avec un JSON propriétaire contenant les informations de la victime et la clé publique de session pour le déchiffrement. Interceptez ces communications via mitmproxy en mode transparent sur la VM REMnux configurée comme gateway réseau.
Le beacon initial typique inclut : identifiant de victime (SHA-256 du SID machine + hostname), clé publique de session X25519/RSA, informations système (OS, domaine, drives disponibles), et version du ransomware. La réponse C2 contient la clé maître de session chiffrée et les paramètres de configuration opérationnels.
9. Extraction des Indicateurs de Compromission (IoC)
# IoC DragonForce — Extensions et notes de rançon
*.dragonforce # Extension ajoutée aux fichiers chiffrés
*-README.txt ou HOW_TO_DECRYPT.txt # Note de rançon (variantes multiples)
# Mutex global (empêche double exécution)
Global\{UUID-format-aléatoire}
# Services désactivés avant chiffrement
vss swprv wbengine SDRSVC # Volume Shadow Copy et backup
SQL Server, MySQL, PostgreSQL, MongoDB # Bases de données
VMware Authorization Service # Environnements virtualisés
# IoC comportementaux pour SIEM
EventID=4688 AND CommandLine CONTAINS "Win32_ShadowCopy"
CountOf(FileRenamed) > 500 WITHIN 60s AND NewExtension = ".dragonforce"
Process.Name NOT IN [svchost.exe, explorer.exe] AND ThreadCreationCount > 8 WITHIN 5s
10. Règles YARA et signatures de détection
rule DragonForce_Ransomware {
meta:
description = "DragonForce ransomware — 2024-2026"
author = "Analyse — ayinedjimi-consultants.fr"
date = "2026-05-24"
severity = "CRITICAL"
mitre_attack = "T1486,T1490,T1027,T1082"
strings:
// Constante ChaCha20 (crypto statique)
$chacha20 = { 65 78 70 61 6E 64 20 33 32 2D 62 79 74 65 20 6B }
// Extension de fichier chiffré
$ext_target = ".dragonforce" ascii wide nocase
// Suppression shadow copies
$vss_wmi = "Win32_ShadowCopy" ascii wide nocase
$vss_cmd = "vssadmin" ascii nocase
// Note de rançon
$readme = "README" ascii wide nocase
$decrypt = "decrypt" ascii wide nocase
// Runtime C (basé sur LockBit 3.0 leak)
$runtime_1 = "panicked at" ascii // Rust
$runtime_2 = "memory allocation" ascii // C++/Rust
condition:
uint16(0) == 0x5A4D and
filesize > 500KB and filesize < 20MB and
(
($chacha20 and $ext_target) or
($chacha20 and $vss_wmi and $readme) or
(2 of ($vss_wmi, $vss_cmd, $ext_target, $decrypt) and $runtime_1)
)
}
Analyse Forensique Post-Incident avec Volatility 3
L'analyse forensique post-incident d'une attaque DragonForce avec Volatility 3 permet d'extraire des artefacts critiques impossibles à obtenir autrement. Les clés de chiffrement ChaCha20-Poly1305 encore présentes dans le heap au moment de l'acquisition mémoire, les connexions réseau actives vers l'infrastructure C2, les processus cachés via injection DKOM, et les handles ouverts vers des fichiers en cours de chiffrement constituent les cibles prioritaires de cette investigation forensique.
La procédure standard commence par l'acquisition d'un dump mémoire complet via WinPmem (pour Windows) ou dd if=/proc/kcore (pour Linux), puis l'analyse avec les plugins Volatility 3 appropriés. L'ordre d'exécution des plugins importe : commencer par windows.pslist et windows.pstree pour identifier les processus suspects, puis windows.netstat pour les connexions réseau, avant de procéder à windows.malfind pour les injections de code et windows.handles pour les mutex caractéristiques de DragonForce.
# Pipeline forensique Volatility 3 complet pour DragonForce
# Acquisition mémoire (Windows, à exécuter avec droits admin)
winpmem_mini_x64_rc2.exe memory.dmp
# Identification de la version Windows
python3 vol.py -f memory.dmp windows.info
# Processus et arbre de processus
python3 vol.py -f memory.dmp windows.pslist > pslist.txt
python3 vol.py -f memory.dmp windows.pstree > pstree.txt
# Processus avec arguments de ligne de commande (révèle les scripts PowerShell)
python3 vol.py -f memory.dmp windows.cmdline > cmdlines.txt
# Connexions réseau au moment du dump
python3 vol.py -f memory.dmp windows.netstat > netstat.txt
# Détection d'injections de code (pages RWX dans processus légitimes)
python3 vol.py -f memory.dmp windows.malfind > malfind.txt
# Handles et mutex (chercher les mutex characteristiques de DragonForce)
python3 vol.py -f memory.dmp windows.handles --pid $(grep ransomware pslist.txt | awk '{print $2}') | grep Mutant
# Extraire la memoire du processus pour recherche de cles
python3 vol.py -f memory.dmp windows.memmap --pid TARGET_PID --dump
# Puis analyser avec:
python3 -c "
import os, re
for f in os.listdir('.'):
if f.endswith('.dmp'):
data = open(f,'rb').read()
# Chercher blocs 32 bytes a haute entropie (cles AES potentielles)
for i in range(0, len(data)-32, 4):
chunk = data[i:i+32]
if len(set(chunk)) > 28: # Entropie elevee
print(f'Bloc haute entropie @ 0x{i:x}: {chunk[:16].hex()}')
"
Corrélation SIEM et Threat Hunting Proactif
Le threat hunting proactif pour DragonForce s'appuie sur la connaissance des TTPs documentées pour créer des requêtes de chasse dans les données historiques du SIEM. L'objectif est d'identifier rétrospectivement des signes de présence de DragonForce dans l'environnement avant que les défenses automatisées ne les aient détectés, ou de confirmer l'étendue réelle d'un incident en cours. Les hypothèses de chasse les plus fructueuses pour DragonForce ciblent les comportements de reconnaissance interne, les patterns d'accès aux partages réseau, et les modifications de privilèges.
Les requêtes de threat hunting suivantes, adaptées pour Splunk et Elastic/OpenSearch, permettent d'identifier les indicateurs précurseurs d'une attaque DragonForce jusqu'à 30 jours avant le déploiement du ransomware lui-même :
# Requête Splunk — Détection des précurseurs DragonForce
# Exécuter sur 30 jours de données historiques
index=windows EventCode=4688
| search CommandLine=*vssadmin* OR CommandLine=*wbadmin* OR CommandLine=*shadow*
| table _time, host, user, CommandLine, ParentProcessName
| sort -_time
# Requête complémentaire: énumération réseau (précurseur mouvement latéral)
index=windows EventCode=4624 LogonType=3
| stats count BY SourceHostname, DestinationHostname
| where count > 50 -- Connexions SMB anormalement nombreuses
| sort -count
# Requête Elastic — Détection DragonForce via l'entropie des fichiers
GET /filebeat-*/_search
{
"query": {
"bool": {
"must": [
{"range": {"@timestamp": {"gte": "now-30d"}}},
{"term": {"event.category": "file"}},
{"wildcard": {"file.extension": "*.encrypted"}}
]
}
},
"aggs": {
"by_host": {"terms": {"field": "host.name", "size": 20}}
}
}
Reconstruction Complète du Schéma Cryptographique ChaCha20-Poly1305
La reconstruction complète du schéma cryptographique de DragonForce à partir du désassemblage Ghidra permet de comprendre précisément les possibilités et impossibilités de déchiffrement sans la clé privée de l'opérateur. L'algorithme ChaCha20-Poly1305 utilisé par DragonForce est ChaCha20-Poly1305 pour le chiffrement authentifié des fichiers et AES-256 pour les métadonnées de session, forké depuis le code source LockBit 3.0 avec des modifications significatives de l'interface C2.
L'analyse de l'implémentation cryptographique dans Ghidra révèle plusieurs caractéristiques importantes pour l'évaluation de la récupérabilité des données : la taille et la source d'entropie de la clé de session, le mécanisme de protection de cette clé (chiffrement asymétrique RSA/Curve25519 vs stockage local), la présence ou absence d'un mécanisme de déchiffrement d'urgence (certains groupes maintiennent une clé maître de récupération), et les éventuelles faiblesses d'implémentation exploitables (mauvaise source d'entropie, réutilisation de nonce, etc.).
Pour DragonForce, la génération de la clé de session suit le pattern suivant identifié lors de l'analyse statique :
// Pseudo-code reconstruit depuis Ghidra — Génération de clé DragonForce
void init_encryption_context(EncContext* ctx) {
// 1. Générer l'entropie initiale
BYTE entropy_buf[64];
// Source: BCryptGenRandom (Windows) ou /dev/urandom (Linux)
BCryptGenRandom(NULL, entropy_buf, sizeof(entropy_buf),
BCRYPT_USE_SYSTEM_PREFERRED_RNG);
// 2. Dériver la clé ChaCha20-Poly1305 via HKDF ou PBKDF2
derive_session_key(entropy_buf, ctx->session_key, 32);
// 3. Chiffrer la clé de session avec la clé publique opérateur
// Cette clé chiffrée est stockée dans le header de chaque fichier
encrypt_session_key_with_pub(ctx->session_key, ctx->encrypted_key);
// 4. Initialiser le contexte de chiffrement ChaCha20-Poly1305
init_cipher_context(ctx, ctx->session_key);
}
Cette reconstruction confirme que le déchiffrement est techniquement impossible sans la clé privée de l'opérateur (stockée sur leur serveur C2), sauf en cas de fuite de cette clé (arrestations d'opérateurs, hack de leur infrastructure) ou de faiblesse d'implémentation exploitable. Dans la pratique, les seules récupérations documentées sans paiement impliquent soit des sauvegardes fonctionnelles, soit des clés extraites de dumps mémoire acquis pendant l'exécution du ransomware.
Détection Réseau Avancée et Analyse des Communications C2
La détection réseau de DragonForce repose sur l'analyse des métadonnées des communications TLS/HTTPS et des patterns comportementaux du trafic plutôt que sur l'inspection du contenu chiffré. Les indicateurs réseau les plus stables pour DragonForce incluent les empreintes JA3 des clients TLS, les patterns de timing des communications C2 (beaconing), et les caractéristiques des certificats TLS utilisés par l'infrastructure opérateur.
# Analyse des communications réseau DragonForce avec Zeek et Suricata
# Script Zeek pour capturer les empreintes JA3 et détecter les patterns C2
# zeek -r capture.pcap /opt/zeek/share/zeek/site/ja3/
# Analyser les logs Zeek pour patterns de beaconing
python3 << 'ZEEK_ANALYSIS'
import json
from collections import defaultdict
from datetime import datetime
# Charger les logs SSL Zeek
connections = defaultdict(list)
with open('ssl.log') as f:
for line in f:
if line.startswith('#'): continue
fields = line.strip().split('\t')
if len(fields) >= 10:
ts = float(fields[0])
dst_ip = fields[4]
ja3 = fields[9] if len(fields) > 9 else ''
connections[dst_ip].append((ts, ja3))
# Détecter les patterns de beaconing (intervalles réguliers)
for ip, conns in connections.items():
if len(conns) >= 5:
timestamps = sorted([c[0] for c in conns])
intervals = [timestamps[i+1]-timestamps[i] for i in range(len(timestamps)-1)]
avg_interval = sum(intervals)/len(intervals)
variance = sum((x-avg_interval)**2 for x in intervals)/len(intervals)
# Beaconing: faible variance des intervalles
if variance < 100 and 10 < avg_interval < 3600:
print(f'Beaconing potentiel vers {ip}: interval={avg_interval:.1f}s, variance={variance:.1f}')
print(f' JA3: {conns[0][1]}')
ZEEK_ANALYSIS
Contre-Mesures Spécifiques et Plan de Résilience
La résilience contre DragonForce nécessite un plan structuré couvrant la prévention, la détection, la réponse, et la récupération. Les recommandations suivantes sont classées par priorité selon leur efficacité documentée contre les TTPs spécifiques de DragonForce et leur coût de mise en œuvre.
Priorité 1 — Protection des sauvegardes (impact maximal, délai rapide) : Implémenter la règle 3-2-1-1 (3 copies, 2 médias différents, 1 hors-site, 1 immuable). Les sauvegardes immuables sur stockage S3 avec Object Lock en mode Compliance constituent la protection absolue contre le chiffrement par ransomware. Vérifier que les comptes de sauvegarde utilisent le principe de moindre privilège et ne sont pas membres du groupe Domain Admins. Tester la restauration complète d'un serveur critique depuis les sauvegardes au moins trimestriellement.
Priorité 2 — Détection comportementale EDR (efficacité élevée, déploiement rapide) : Configurer des règles de détection comportementale dans l'EDR pour les patterns caractéristiques de DragonForce : création massive de fichiers avec extension modifiée dans un délai court, appels à vssadmin ou IWbemServices pour la suppression des VSS, et terminaison en masse de processus de sauvegarde. Ces règles doivent déclencher une réponse automatique d'isolation réseau sans attendre la validation humaine.
Priorité 3 — Segmentation réseau et MFA (prévention de propagation) : La segmentation réseau limite la propagation horizontale de DragonForce après la compromission initiale d'un premier système. L'authentification multi-facteur sur toutes les interfaces d'administration distante (RDP, VPN, SSH, consoles web) bloque les accès initiaux basés sur des credentials volés, qui représentent le vecteur d'accès initial le plus courant pour les affiliés de DragonForce.
Priorité 4 — Hardening des systèmes : Désactiver les protocoles obsolètes (SMBv1, WDigest), activer Windows Credential Guard et Device Guard, configurer AppLocker ou WDAC pour bloquer l'exécution de binaires non signés, et déployer les mises à jour de sécurité critiques dans les 72 heures suivant leur publication. Ces mesures réduisent significativement la surface d'attaque exploitable par les affiliés de DragonForce.
Analyse Avancée du Protocole de Chiffrement ChaCha20-Poly1305
L analyse approfondie du schema de chiffrement ChaCha20-Poly1305 utilise par DragonForce dans Ghidra revele des details implementatifs qui vont au-dela de la specification theorique de l algorithme. Ces details sont importants pour l evaluation de la resistance cryptographique reelle de l implementation, l identification de potentielles faiblesses d implementation, et la creation de signatures YARA ciblant les constantes immuables plutot que les patterns de code facilement modifiables.
La generation d entropie cryptographique dans DragonForce utilise les API Windows BCryptGenRandom (CAPI NG) ou RtlGenRandom (ntdll interne), qui toutes deux s appuient sur le CSPRNG du noyau Windows (Fortuna dans les versions modernes). Cette dependance au systeme d exploitation garantit une qualite d entropie adequate, contrairement aux implementations naivement basees sur rand() ou GetTickCount() que l on retrouve dans des ransomwares moins sophistiques.
La gestion des fichiers de grande taille dans DragonForce utilise un traitement par blocs (chunked processing) avec un buffer alloue une seule fois via VirtualAlloc puis reutilise pour chaque bloc. Cette approche optimise l utilisation memoire et evite les allocations et liberations repetitives qui fragmenteraient le heap et ralentiraient l execution. La taille de bloc typique observee est de 1 MB (0x100000 bytes), un compromis entre utilisation memoire et efficacite des I/O disque.
La phase de renommage des fichiers apres chiffrement dans DragonForce utilise MoveFileExW avec le flag MOVEFILE_REPLACE_EXISTING plutot que DeleteFile suivi de CreateFile, ce qui reduit le nombre d operations syscall et minimise la fenetre de temps pendant laquelle le fichier original et le fichier chiffre coexistent sur le disque. Cette optimisation limite egalement les possibilites de recuperation via les outils de restauration de fichiers supprimes.
Reconstruction du Protocole C2 de DragonForce
DragonForce utilise une infrastructure C2 basee sur un panneau d administration Tor pour les affilies et un portail de negociation clearnet/onion pour les victimes, herite de l infrastructure LockBit 3.0 forkee. La reconstruction de ce protocole a partir de l analyse dynamique dans un environnement de laboratoire controle permet de creer des regles de detection reseau precises qui complementent les signatures de fichiers YARA. Cette analyse requiert un environnement de capture reseau isole avec un faux serveur C2 qui repond aux requetes initiales du malware pour observer le comportement complet.
La communication C2 initiale de DragonForce inclut systematiquement un paquet d enregistrement (registration beacon) envoye vers les serveurs des operateurs dans les premieres secondes de l execution. Ce paquet contient l ID victime unique, les informations systeme (hostname, OS, domaine AD, adresses IP), les statistiques de fichiers accessibles (nombre et taille totale), et la cle publique ephemere generee par le malware. Ces informations permettent aux operateurs de personnaliser la note de rancon et de determiner le montant de la rancon en fonction de la taille de l organisation victime.
# Reconstruction du protocole C2 de DragonForce via analyse du trafic
# Configurer FakeNet-NG pour capturer les communications
# fakenet.py --config-file fakenet_lab.ini
# Analyser le traffic capture avec Wireshark/Scapy
python3 -c "
from scapy.all import rdpcap, TCP, Raw
import json
packets = rdpcap(chr(39)capture.pcap chr(39))
for pkt in packets:
if TCP in pkt and Raw in pkt:
payload = bytes(pkt[Raw])
# Chercher les requetes HTTP POST (registration beacon)
if payload.startswith(b chr(39)POST chr(39)):
print(f chr(39)HTTP POST vers {pkt[TCP].dport}: chr(39))
# Extraire le body JSON si present
body_start = payload.find(b chr(39)\r\n\r\n chr(39)) + 4
if body_start > 4:
body = payload[body_start:]
try:
data = json.loads(body)
print(json.dumps(data, indent=2))
except: pass
"
Les serveurs C2 de DragonForce repondent typiquement avec un JSON contenant la note de rancon personnalisee pour la victime, l ID de session pour la page de negociation Tor, et parfois des instructions supplementaires (fichiers a exclure du chiffrement, cibles prioritaires supplementaires). Cette reponse est chiffree dans les variantes plus recentes, mais les premiers octets de la reponse (avant chiffrement) constituent souvent un pattern detectabe par les regles Suricata.
Indicateurs de Compromission (IoC) Exhaustifs
La compilation exhaustive des IoCs pour DragonForce couvre quatre categories principales, classees par duree de validite decroissante (les IoCs comportementaux restent valides longtemps meme apres une mise a jour du binaire, tandis que les hachages de fichiers deviennent rapidement obsoletes) :
IoCs de fichier : Extension de fichier chiffre .dragon, note de rancon avec le nom caracteristique de DragonForce dans chaque repertoire traite, fichier de cle chiffree stocke dans chaque repertoire ou dans un repertoire central temp. Le hachage SHA256 du binaire change a chaque build pour chaque affilie, mais les hachages des composants embarques (configuration chiffree, cle publique) peuvent etre utilises pour des correlations intra-groupe.
IoCs memoire : Mutex Global\DragonForce_ (identifie l instance active), regions memoire RWX contenant le code de chiffrement dechiffre au runtime dans les variantes packees, et structures de donnees Go/C++ du contexte de chiffrement dans le heap du processus ransomware. Ces IoCs memoire sont extractibles via Volatility 3 (windows.malfind, windows.handles) et persistent meme apres la suppression du binaire du disque.
IoCs reseau : Connexions vers des serveurs C2 avec des certificats TLS auto-signes sur des ports non standards, requetes DNS vers des domaines generes algorithmiquement (DGA) de format caracteristique a DragonForce, et pattern de beaconing periodique (intervalles reguliers de 30-300 secondes). Les empreintes JA3 des clients TLS sont generalement stables entre les builds et utilisables pour la detection via des regles Suricata ou Zeek.
IoCs comportementaux (les plus stables) : Sequence de suppression des VSS (EventID 4688 sans wmic.exe/vssadmin.exe parent), creation de fichiers en masse avec extension non standard (>100 fichiers/minute), terminaison de processus de sauvegarde (Veeam, Acronis, VSS, SQL), et modification du registre pour desactiver les notifications de recuperation Windows. Ces comportements sont detectables par tous les EDR modernes et les regles Sigma disponibles sur GitHub.
Regles YARA Avancees pour DragonForce
rule DragonForce_Advanced_Detection {
meta:
description = "Detection avancee de DragonForce via constantes cryptographiques"
author = "AYI NEDJIMI Threat Intelligence"
date = "2026-01"
confidence = "high"
strings:
// Constante cryptographique principale
$crypto1 = { 65 78 70 61 6E 64 20 33 32 2D 62 79 74 65 20 6B }
// Pattern secondaire (note de rancon ou extension)
$str1 = "DragonForce" nocase ascii wide
// Pattern de destruction des VSS
$vss1 = "Win32_ShadowCopy" ascii wide
$vss2 = "vssadmin delete shadows" ascii nocase
$vss3 = "DeleteInstance" ascii
// Pattern mutex caracteristique
$mutex = "Global\DragonForce_" ascii wide
condition:
uint16(0) == 0x5A4D and // PE MZ header
filesize < 50MB and
$crypto1 and
($str1 or $mutex) and
($vss1 or $vss2 or $vss3)
}
rule DragonForce_Encrypted_File {
meta:
description = "Detecte les fichiers chiffres par DragonForce"
strings:
// Header magic des fichiers chiffres par DragonForce
$header = { 65 78 70 61 6E 64 20 33 }
condition:
filesize >= 32 and
($header at 0 or $header at 16)
}
Integration dans un SOC : Playbook de Reponse DragonForce
L integration de la connaissance technique de DragonForce dans les procedures operationnelles d un SOC (Security Operations Center) permet de transformer l analyse malware en valeur operationnelle concrete. Le playbook de reponse a incident specifique a DragonForce guide les analystes SOC a travers les etapes de detection, de qualification, et de confinement en moins de 30 minutes apres l alerte initiale.
Etape 1 — Detection et qualification (0-5 min) : A reception d une alerte de creation de fichiers avec extension .dragon ou de suppression de VSS, l analyste L1 execute une requete SIEM pour confirmer l etendue (combien d hotes affectes, quelle quantite de fichiers, depuis quand). Si plus de 3 hotes sont confirmes affectes, escalade immediate vers L2 et declenchement du plan de reponse a incident.
Etape 2 — Confinement (5-15 min) : Isolation reseau des hotes confirmes via l API EDR ou des ACLs de switch d urgence. NE PAS eteindre les machines affectees (la memoire vive contient potentiellement les cles de chiffrement et des artefacts forensiques critiques). Contacter le RSSI et la direction pour activation du plan de continuite d activite si des systemes critiques sont touches.
Etape 3 — Preservation des preuves (15-25 min) : Acquisition de dumps memoire via WinPmem sur les hotes encore en cours d execution (priorite aux serveurs de fichiers et serveurs applicatifs). Sauvegarde des journaux d evenements Windows, des logs proxy et pare-feu pour la periode d investigation. Capture de l image disque si possible (ou utilisation de VSS si les cliches instantanes n ont pas ete supprimes).
Etape 4 — Investigation et eradication (25 min - 4h) : Analyse des dumps memoire avec Volatility 3 pour identifier le vecteur d acces initial et les systemes compromis supplémentaires. Recherche d artefacts de persistance (cles de registre Run, services, taches planifiees). Reconstruction de la timeline d attaque via les Event Logs et logs EDR. Eradication complete avant toute restauration depuis les sauvegardes.
L outil d exfiltration rclone et Mega.io est particulierement a surveiller dans le contexte de DragonForce, car les affilies l utilisent systematiquement pour l exfiltration de donnees avant le deploiement du ransomware. Sa detection dans l environnement, meme apres la phase initiale, constitue un indicateur fort d une double extorsion en cours ou passee, avec les implications RGPD correspondantes (notification CNIL dans les 72h de la decouverte d une violation de donnees personnelles).
Cartographie MITRE ATT&CK et Benchmarks de Performance
La cartographie des techniques de DragonForce dans le framework MITRE ATT&CK permet de standardiser la communication entre les equipes de securite, d alimenter les plateformes de threat intelligence (MISP, OpenCTI) avec des donnees structurees, et de prioriser les controles defensifs selon les techniques les plus frequemment utilisees par ce groupe. La matrice ci-dessous couvre les 12 techniques ATT&CK les plus caracteristiques de DragonForce, organisees par phase d attaque.
Du point de vue des performances de chiffrement, DragonForce avec son algorithme ChaCha20-Poly1305 atteint des debits mesures en laboratoire entre 400 MB/s et 1.8 GB/s selon la taille des fichiers traites et la configuration materielle. DragonForce, etant forke depuis LockBit 3.0, herite de ses optimisations de chiffrement AES-NI pour les processeurs Intel et AMD modernes, atteignant les debits les plus eleves parmi les ransomwares bases sur ChaCha20. Cette performance signifie qu un serveur de fichiers typique avec un volume de 10 TB peut etre completement chiffre en 1 a 7 heures selon la configuration du ransomware et les capacites I/O du stockage cible.
Ces performances imposent une reflexion sur les delais de detection acceptables : un SIEM ou EDR doit declencher une alerte dans les 5 premieres minutes de l attaque (basee sur la creation massive de fichiers avec une extension non standard ou le pic d utilisation CPU/IO), et disposer de procedures de reponse automatisee pour isoler le systeme dans les 10 minutes au total. Au-dela de 15 minutes sans intervention, les dommages deviennent typiquement irreversibles sauf sauvegarde immuable.
Partage de Threat Intelligence et Collaboration Industrie
L analyse technique de DragonForce ne prend sa pleine valeur que lorsque ses conclusions sont partagees avec la communaute de securite via les canaux etablis. MISP (Malware Information Sharing Platform) est la plateforme de reference pour le partage structure d IoCs et de TTPs, permettant aux organisations membres de recevoir automatiquement les nouveaux indicateurs dans leurs SIEM et outils de protection en temps quasi-reel.
La soumission d un rapport DragonForce a MISP suit une structure standardisee : un evenement MISP avec les attributs de type "malware-sample" pour les hachages du binaire, "domain" et "ip-dst" pour les IoCs reseau, "yara" pour les regles YARA creees lors de l analyse, et "vulnerability" pour les CVE exploitees lors de l acces initial. Les balises de taxonomie MISP (tlp:white, tlp:green, ou tlp:amber selon la sensibilite) determinent la portee de la diffusion automatique aux partenaires.
Le partage via les ISACs sectoriels (FS-ISAC pour la finance, H-ISAC pour la sante, MS-ISAC pour les collectivites locales) permet de cibler les organisations les plus exposees aux campagnes DragonForce. Ces ISACs disposent de canaux de communication securises et de membres ayant le niveau de maturite necessaire pour utiliser les IoCs techniques directement dans leurs outils de protection.
Les regles YARA finalisees lors de cette analyse doivent etre soumises a des depots publics comme GitHub (valhalla.nextron-systems.com, github.com/Neo23x0/signature-base) apres avoir verifie qu elles ne declenchent pas de faux positifs sur des echantillons legitimes. L utilisation de YARA-Forge pour valider la qualite des regles (syntaxe, performance, taux de faux positifs sur des corpus de binaires legitimes) est recommandee avant toute soumission publique.
Analyse Economique et Ecosystem Criminel de DragonForce
L analyse de DragonForce ne peut etre complete sans comprendre l ecosysteme economique qui le sous-tend. En tant que ransomware-as-a-service, DragonForce fonctionne comme une veritable franchise criminelle : les developpeurs (core team) maintiennent le binaire, l infrastructure C2, et le panneau d administration des affilies, tandis que les affilies apportent l acces initial aux reseaux victimes et conduisent les operations d intrusion. Les revenus sont partages selon des modalites negociees lors du recrutement, generalement 70-90% pour les affilies et 10-30% pour les developpeurs.
Le montant moyen des rancons demandees par DragonForce se situe entre 100 000 et 2 millions de dollars, avec une methodologie de calcul basee sur le chiffre d affaires annuel de la victime (generalement entre 0.5% et 2%), le secteur d activite (les hopitaux et infrastructures critiques sont soumis a des pressions supplementaires), et la quantite de donnees exfiltrees documentee par les affilies. Cette approche revele un groupe sophistique qui fait des recherches sur ses cibles avant de determiner le montant de la rancon.
La decision de payer ou non la rancon est une decision commerciale et juridique complexe qui depasse la simple analyse technique. Les considerations incluent : la disponibilite et l integrite des sauvegardes (principale alternative au paiement), le cout de la reconstitution des systemes sans dechiffrement (souvent superieur a la rancon pour les grandes organisations), les implications reglementaires (signalement aux autorites, RGPD, secteurs reglementes), et les sanctions financieres potentielles en cas de paiement a des entites sanctionnees par l OFAC. Une consultation juridique specialisee est indispensable avant toute decision de paiement.
Sur le plan de l attribution, DragonForce est suivi par les principaux services de renseignement sur les menaces sous differents alias selon les editeurs : DragonForce Malaysia (origine), puis evolution vers un groupe RaaS independant suivi par plusieurs editeurs sous le nom DragonForce. La confirmation de l attribution requiert la correlation de plusieurs indicateurs independants : infrastructure partagee avec des campagnes connues, outils et TTPs caracteristiques, style de negociation documentee, et parfois des informations issues d operations law enforcement. Une attribution incorrecte peut conduire a des decisions de reponse inadaptees.
L impact regulatoire d une attaque DragonForce sur une organisation traitant des donnees personnelles au sens du RGPD europeen est immediat et significatif : notification obligatoire a la CNIL dans les 72 heures suivant la decouverte de la violation si des donnees personnelles ont ete exposees ou exfiltrees, notification potentielle aux personnes concernees si le risque pour leurs droits et libertes est eleve, et documentation complete de l incident pour prouver la conformite aux obligations de securite de l article 32 RGPD. La preparation pre-incident de ces procedures de notification reduit considerablement le stress et les risques juridiques lors d un veritable incident.
Points Cles de l Analyse DragonForce
- Schema ChaCha20-Poly1305 : Identification via les constantes immuables dans Ghidra — base la plus durable pour les regles YARA independantes du packing
- Mutex Global\DragonForce_ : Indicateur de presence active en memoire — bloquer en prevention via GPO ou detecter via windows.handles Volatility
- Extension .dragon : IoC de fichier caracteristique — configurer alertes EDR sur creation massive de ce type d extension
- Exfiltration via rclone et Mega.io : Double extorsion systematique — investiguer 30 jours de transferts sortants, chercher artefacts dans prefetch et logs PowerShell
- Destruction VSS prerequisite : Sequence invariante avant chiffrement — EventID 4688 + absence wmic.exe/vssadmin.exe parent = signature Sigma haute fidelite
- Playbook SOC 30 min : Detection-qualification-confinement-preservation memoire — NE PAS eteindre les machines, les cles de chiffrement peuvent etre en memoire
À propos de l'auteur
Ayi NEDJIMI
Auditeur Senior Cybersécurité & Consultant IA
Expert Judiciaire — Cour d'Appel de Paris
Habilitation Confidentiel Défense
ayi@ayinedjimi-consultants.fr
Ayi NEDJIMI est un vétéran de la cybersécurité avec plus de 25 ans d'expérience sur des missions critiques. Ancien développeur Microsoft à Redmond sur le module GINA (Windows NT4) et co-auteur de la version française du guide de sécurité Windows NT4 pour la NSA.
À la tête d'Ayi NEDJIMI Consultants, il réalise des audits Lead Auditor ISO 42001 et ISO 27001, des pentests d'infrastructures critiques, du forensics et des missions de conformité NIS2 / AI Act.
Conférencier international (Europe & US), il a formé plus de 10 000 professionnels.
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