Le référentiel MITRE ATLAS décrit comment les attaquants ciblent les systèmes d’IA : structure, techniques clés, évolutions 2026 et méthode d’usage défensif.
MITRE ATLAS (Adversarial Threat Landscape for Artificial-Intelligence Systems) est la base de connaissances publique et gratuite qui décrit, sous forme de matrice, comment des adversaires attaquent les systèmes d'intelligence artificielle : empoisonnement de données, extraction de modèle, injection de prompt, détournement d'agents et de leurs outils. Conçue par la MITRE Corporation sur le modèle de MITRE ATT&CK, elle fournit un vocabulaire commun aux équipes de sécurité, aux data scientists et aux auditeurs. En 2026, la matrice compte 16 tactiques et plus d'une centaine de techniques, avec une mise à jour mensuelle centrée sur l'IA générative et agentique. Ce guide explique sa structure, les techniques à surveiller en priorité, ses différences avec ATT&CK, l'OWASP Top 10 pour les LLM ou le guide de l'ANSSI, puis la manière de l'utiliser concrètement pour modéliser les menaces, cadrer un red teaming et alimenter la détection. Il complète notre guide pilier sur le red teaming IA, le jailbreak et l'injection de prompt.
Résumé exécutif : MITRE ATLAS est un catalogue de comportements adverses visant l'IA, pas un référentiel de contrôles certifiable. Sa version de contenu 2026.09 recense 16 tactiques, 120 techniques, 88 sous-techniques, 40 mitigations et 73 études de cas, avec une forte croissance des techniques liées aux agents. Utilisée avec l'OWASP Top 10 pour les LLM, la taxonomie NIST AI 100-2 et les recommandations de l'ANSSI, la matrice structure la modélisation des menaces, le red teaming et la couverture de détection. Sa valeur dépend d'un inventaire précis des composants d'IA et d'une revue régulière des nouvelles versions.
Points clés de cet article :
- Inventoriez vos modèles, pipelines RAG, agents et outils connectés avant d'ouvrir la matrice : ATLAS ne s'applique bien qu'à un périmètre décrit.
- Filtrez les techniques par plateforme (IA prédictive, générative, agentique, entreprise) et par maturité pour prioriser les scénarios réalistes.
- Associez à chaque technique retenue une mitigation AML.M, un contrôle existant et un signal de détection vérifiable.
- Référencez les identifiants ATLAS (AML.Txxxx) dans vos rapports de red teaming et vos règles SOC pour mesurer la couverture dans le temps.
- Planifiez une revue au moins trimestrielle : la matrice évolue chaque mois et renomme parfois tactiques et techniques.
MITRE ATLAS : définition, origine et périmètre du référentiel
Le sigle ATLAS signifie Adversarial Threat Landscape for Artificial-Intelligence Systems, soit le paysage des menaces adverses visant les systèmes d'intelligence artificielle. Le projet descend de l'Adversarial ML Threat Matrix, publiée en octobre 2020 par MITRE et Microsoft, puis rebaptisée ATLAS en 2021. Sa philosophie reprend celle d'ATT&CK : documenter ce que font réellement les attaquants, étape par étape, plutôt que dresser une liste abstraite de vulnérabilités.
MITRE ATLAS : base de connaissances publique, maintenue par la MITRE Corporation, qui recense les tactiques, techniques, mitigations et études de cas d'attaques visant des systèmes intégrant de l'IA, afin de permettre aux défenseurs de modéliser les menaces avec des identifiants stables et un vocabulaire partagé.
Le périmètre s'est élargi avec le temps. Les premières versions traitaient surtout l'apprentissage automatique dit prédictif : classifieurs, détection de logiciels malveillants, reconnaissance faciale. À partir de 2023, les grands modèles de langage (LLM), les architectures de génération augmentée par récupération (RAG) puis, en 2025, les agents autonomes ont pris une place croissante. En 2026, la description officielle couvre aussi l'abus des capacités d'IA et les comportements autonomes nuisibles rendus possibles par l'IA.
Qu'on la cherche sous le nom « MITRE ATLAS » ou « atlas mitre », il s'agit de la même ressource, consultable gratuitement sur le site officiel atlas.mitre.org et distribuée sous forme de fichiers YAML et STIX dans le dépôt public mitre-atlas/atlas-data. Les données reposent sur des attaques observées en conditions réelles et sur des démonstrations réalistes menées par des équipes de red teaming IA et des chercheurs en sécurité.
Qui alimente la matrice ?
MITRE pilote ATLAS avec une communauté de contributeurs industriels. Le projet Secure AI du Center for Threat-Informed Defense, lancé en juin 2024 avec plus de quinze entreprises, a accéléré l'ajout de techniques liées à l'IA générative. En octobre 2024, MITRE a ouvert une initiative de partage d'incidents liés à l'IA qui permet de signaler, de manière anonymisée, des attaques ou accidents impliquant des systèmes d'IA.
Cette gouvernance communautaire explique la vitesse d'évolution de la matrice : chaque version mensuelle crédite des contributeurs, éditeurs de sécurité, grands groupes ou chercheurs, qui apportent une étude de cas ou une nouvelle technique. Pour une équipe de défense, c'est un atout, car les comportements réellement observés entrent vite dans le référentiel. C'est aussi une contrainte, car identifiants et intitulés doivent être revus régulièrement dans les outils internes.
Pourquoi les systèmes d'IA exigent un référentiel de menaces dédié
Un système d'IA hérite de toutes les faiblesses d'un système d'information classique, mais il ajoute des actifs que les contrôles traditionnels ne voient pas. Un antivirus ne détecte pas un jeu de données empoisonné, un pare-feu applicatif ne comprend pas une instruction cachée dans un document indexé, et un scanner de vulnérabilités ignore qu'un modèle peut révéler des données d'entraînement par simple interrogation.
L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) le souligne dans ses recommandations de sécurité pour un système d'IA générative, publiées en avril 2024 : l'intégration de ces outils crée des menaces nouvelles pour la confidentialité des données traitées et pour l'intégrité des systèmes auxquels ils sont connectés. Le guide couvre le cycle de vie complet, de la conception et de l'entraînement jusqu'à la production.
Les actifs propres à l'IA qu'un référentiel comme ATLAS aide à protéger sont les suivants :
- les jeux de données d'entraînement, d'ajustement fin (fine-tuning) et d'évaluation ;
- les poids et artefacts de modèle, y compris les fichiers téléchargés depuis des hubs publics ;
- l'API d'inférence, ses quotas et la richesse des réponses qu'elle renvoie ;
- le prompt système, l'historique de conversation et la mémoire persistante des assistants ;
- les index vectoriels et les sources documentaires d'une architecture de génération augmentée par récupération (RAG) ;
- les agents, leurs outils, leurs identifiants et les serveurs MCP (Model Context Protocol) qu'ils appellent.
Sans vocabulaire commun, chaque équipe décrit ces risques à sa manière : le data scientist parle de robustesse, le pentesteur de contournement, le juriste de fuite de données. ATLAS fournit une grille unique et des identifiants qui permettent de relier une hypothèse de menace, un test, une mesure de protection et une règle de détection, quelle que soit l'équipe qui les porte.
Structure de la matrice ATLAS : tactiques, techniques, mitigations et études de cas
La matrice MITRE ATLAS organise quatre types d'objets reliés entre eux. Les tactiques (identifiants AML.TAxxxx) décrivent l'objectif de l'attaquant, le « pourquoi ». Les techniques et sous-techniques (AML.Txxxx et AML.Txxxx.xxx) décrivent le « comment ». Les mitigations (AML.Mxxxx) indiquent les mesures qui réduisent l'efficacité d'une technique. Les études de cas (AML.CSxxxx) racontent des incidents ou exercices réels sous forme de chaînes de techniques.
Les 16 tactiques, de la reconnaissance à l'impact
Présentées dans l'ordre logique d'une attaque, les seize tactiques de la version de contenu 2026.09 sont les suivantes :
- Reconnaissance (AML.TA0002) ;
- Développement de ressources (AML.TA0003) ;
- Accès initial (AML.TA0004) ;
- Accès au modèle d'IA (AML.TA0000), tactique propre à l'IA ;
- Exécution (AML.TA0005) ;
- Persistance (AML.TA0006) ;
- Élévation de privilèges (AML.TA0012) ;
- Évasion des défenses (AML.TA0007) ;
- Accès aux identifiants (AML.TA0013) ;
- Découverte (AML.TA0008) ;
- Mouvement latéral (AML.TA0015) ;
- Collecte (AML.TA0009) ;
- Adaptation de l'attaque IA (AML.TA0001), tactique propre à l'IA, anciennement « AI Attack Staging » ;
- Commande et contrôle (AML.TA0014) ;
- Exfiltration (AML.TA0010) ;
- Impact (AML.TA0011).
Les tactiques adaptées d'ATT&CK y renvoient explicitement dans les données publiées ; la reconnaissance d'ATLAS pointe par exemple vers la tactique TA0043 d'ATT&CK. Les deux tactiques spécifiques sont l'accès au modèle, qui décrit le niveau d'accès obtenu (API d'inférence, poids complets, environnement physique des capteurs), et l'adaptation de l'attaque, qui regroupe la préparation hors ligne : modèle de substitution, données adverses, vérification de l'attaque.
Maturité, plateformes, mitigations et études de cas ATLAS
Au-delà des tactiques, la matrice ATLAS enrichit chaque technique de métadonnées qui servent directement à la priorisation, et la relie à des mesures de protection ainsi qu'à des attaques documentées. Ces quatre éléments transforment un simple catalogue en outil d'aide à la décision pour les équipes de sécurité qui doivent arbitrer entre des dizaines de scénarios possibles.
Maturité et plateformes des techniques
Depuis la version de données 5.0.0 de septembre 2025, chaque technique porte un niveau de maturité : faisable (démontrée en recherche), démontrée (efficace lors d'un exercice de red team sur un système réaliste) ou réalisée (employée par un acteur malveillant lors d'un incident réel). Ce champ aide à distinguer la menace théorique de la menace opérationnelle et à hiérarchiser les efforts de protection.
Depuis la version de contenu 2026.05, chaque technique est aussi rattachée à une ou plusieurs plateformes : IA prédictive, IA générative, IA agentique et entreprise. Un filtrage combinant plateforme et maturité constitue le moyen le plus rapide de réduire une matrice de plus de cent techniques aux quelques dizaines réellement pertinentes pour un système donné.
Mitigations et études de cas
Les mitigations décrivent des mesures techniques ou organisationnelles : limiter la diffusion d'informations sur la pile d'IA (AML.M0000), restreindre le volume de requêtes, vérifier l'intégrité cryptographique des artefacts (AML.M0014), journaliser la télémétrie IA (AML.M0024), segmenter les composants d'un agent ou exiger une validation humaine avant certaines actions. Elles ne s'accompagnent pas de procédures de test : c'est à l'organisation de définir comment prouver leur efficacité.
Les études de cas constituent la partie la plus pédagogique. Elles relatent des incidents ou exercices publics, comme le détournement de clusters Ray exposés (ShadowRay), l'exfiltration de données via Microsoft 365 Copilot par injection sans clic (EchoLeak) ou des attaques de la chaîne d'approvisionnement de modèles. Chaque étape est rattachée à une technique, ce qui fournit des scénarios prêts à rejouer en atelier de modélisation des menaces.
Les techniques MITRE ATLAS à surveiller en priorité en 2026
Toutes les techniques ne pèsent pas le même poids pour une entreprise qui consomme des modèles hébergés, construit un assistant de génération augmentée par récupération (RAG) ou déploie des agents. Les familles ci-dessous concentrent l'essentiel des scénarios rencontrés en audit et en red teaming de systèmes d'IA générative, avec leurs identifiants ATLAS pour faciliter le référencement dans les rapports et les outils.
Injection de prompt et jailbreak (AML.T0051, AML.T0054)
L'injection de prompt (AML.T0051) se décline en sous-techniques directe, indirecte et déclenchée. La variante indirecte est la plus préoccupante : une instruction cachée dans un courriel, une page web ou un document indexé devient un canal de commande dès que le modèle la lit. Le jailbreak (AML.T0054) vise plutôt à contourner l'alignement de sécurité du modèle, par exemple au moyen de suffixes adverses comme ceux décrits dans notre analyse de l'attaque GCG par suffixe adverse.
Empoisonnement et manipulation du modèle (AML.T0020, AML.T0018)
L'empoisonnement des données d'entraînement (AML.T0020, intitulé Training Data Poisoning depuis 2026) est classé au niveau de maturité « réalisé », donc observé lors d'incidents réels. La manipulation du modèle (AML.T0018) couvre l'insertion d'une porte dérobée dans les poids ou la modification de l'architecture. Ces techniques concernent surtout les organisations qui entraînent ou ajustent leurs propres modèles, ou qui récupèrent des modèles et jeux de données tiers sans contrôle d'intégrité.
Accès au modèle, évasion et extraction (AML.T0040, AML.T0015, AML.T0024)
L'accès à l'API d'inférence (AML.T0040) est souvent le point de départ des attaques contre l'IA prédictive. L'adversaire interroge le modèle pour entraîner une copie de substitution, fabrique hors ligne des entrées adverses qui trompent le modèle (évasion, AML.T0015), puis vérifie l'attaque avec quelques requêtes. L'exfiltration via l'API d'inférence (AML.T0024) regroupe l'inférence d'appartenance aux données d'entraînement, l'inversion et l'extraction du modèle.
Pour le défenseur, ces attaques laissent peu de traces visibles : une rafale de requêtes qui ressemble à un trafic légitime. C'est pourquoi la journalisation des appels d'inférence, avec identité, volume et distribution des entrées, constitue un prérequis à toute détection. La mitigation qui limite le volume et le débit des requêtes réduit le rendement d'une extraction sans l'empêcher totalement.
Agents IA et chaîne d'approvisionnement : les techniques en plus forte croissance
Les agents d'IA, capables d'appeler des outils, de lire des données et d'agir au nom d'un utilisateur, concentrent la majorité des techniques ajoutées à la matrice depuis 2025. La chaîne d'approvisionnement des modèles et des outils d'agents suit la même trajectoire. Ces deux familles méritent une attention particulière, car elles relient directement une manipulation du modèle à un impact concret sur le système d'information.
Invocation d'outils et empoisonnement du contexte (AML.T0053)
L'invocation d'outils d'agent (AML.T0053) décrit l'abus des capacités connectées à un agent : appels d'API, accès aux sources de données, exécution de code. Combinée à une injection indirecte, elle transforme un document piégé en action réelle. Les ajouts de 2025 et 2026 couvrent l'empoisonnement du contexte et de la mémoire d'un agent, la modification de sa configuration, l'empoisonnement des définitions d'outils et l'exfiltration par invocation d'outil. Notre guide sur le sandboxing et les guardrails des agents IA détaille les contre-mesures d'architecture.
Compromission de la chaîne d'approvisionnement IA (AML.T0010)
La compromission de la chaîne d'approvisionnement IA (AML.T0010) vise les bibliothèques, les registres de conteneurs, les hubs de modèles et désormais les outils d'agents. Les études de cas récentes décrivent des serveurs MCP (Model Context Protocol) piégés, des modèles malveillants publiés sur des plateformes publiques ou la réutilisation d'un espace de noms de modèle abandonné. La vérification des artefacts, la nomenclature IA (AI BOM) et le contrôle des dépendances deviennent des mesures de base.
MITRE ATLAS et MITRE ATT&CK : différences et complémentarité
MITRE ATT&CK décrit les comportements adverses sur les environnements d'entreprise, mobiles et industriels : postes, serveurs, annuaires, cloud. ATLAS reprend sa structure et ses conventions, mais se concentre sur ce qui est propre à l'IA. Les deux référentiels ne sont pas concurrents : une attaque réelle contre un assistant d'entreprise commence souvent par un vol d'identifiants ou un hameçonnage décrits dans ATT&CK, puis se poursuit par une injection de prompt décrite dans ATLAS.
Plusieurs techniques ATLAS sont d'ailleurs adaptées d'ATT&CK et en conservent la référence, ce qui facilite les correspondances. Depuis la version 2026.07, les publications de données incluent un fichier au format d'échange STIX combinant ATLAS et ATT&CK Enterprise, et l'outil ATLAS Navigator, dérivé d'ATT&CK Navigator, permet d'annoter la matrice comme une couche de couverture classique. Un centre opérationnel de sécurité peut donc gérer les deux référentiels dans les mêmes outils.
La différence majeure tient aux tactiques propres à l'IA et à la nature des preuves. Dans ATT&CK, une technique se détecte souvent par un artefact système : processus, clé de registre, connexion réseau. Dans ATLAS, le signal se trouve plutôt dans le contenu échangé avec le modèle, les métadonnées d'inférence ou l'intégrité d'un artefact. Cette différence impose d'étendre la télémétrie collectée, et pas seulement d'ajouter des règles de corrélation.
ATLAS, OWASP, NIST et ANSSI : quel référentiel pour quel usage ?
Les équipes confrontées à la sécurité de l'IA disposent de plusieurs référentiels complémentaires. Le Top 10 OWASP pour les grands modèles de langage (LLM) et l'IA générative, édition 2025, classe les risques applicatifs, de l'injection de prompt (LLM01) à la consommation non bornée (LLM10). Le rapport NIST AI 100-2 E2025, publié en mars 2025, propose une taxonomie et une terminologie de l'apprentissage automatique adverse.
| Référentiel | Nature | Question traitée | Usage recommandé |
|---|---|---|---|
| MITRE ATLAS | Catalogue de tactiques, techniques et études de cas adverses | Comment un attaquant compromet-il un système d'IA ? | Modélisation des menaces, red teaming, couverture de détection |
| MITRE ATT&CK Enterprise | Catalogue de comportements adverses sur le système d'information | Comment l'attaquant atteint-il l'infrastructure qui héberge l'IA ? | Détection SOC, exercices purple team |
| OWASP Top 10 LLM 2025 | Classement de risques applicatifs | Quelles faiblesses dans mon application LLM ? | Revue de conception, tests applicatifs, formation des développeurs |
| NIST AI 100-2 E2025 | Taxonomie et terminologie de l'apprentissage automatique adverse | Comment nommer et classer une attaque ? | Référence pédagogique, politiques internes |
| Guide ANSSI IA générative (2024) | Recommandations de sécurité | Quelles mesures d'architecture et d'exploitation ? | Conception, homologation, durcissement |
Des correspondances indicatives aident à passer d'un référentiel à l'autre : LLM01 (injection de prompt) renvoie à AML.T0051, LLM04 (empoisonnement des données et du modèle) à AML.T0020 et AML.T0018, LLM03 (chaîne d'approvisionnement) à AML.T0010, LLM06 (agentivité excessive) à l'invocation d'outils d'agent, et LLM10 (consommation non bornée) au déni de service IA et à la récolte de coûts. Ces liens restent à valider dans chaque contexte d'usage.
Le guide de l'ANSSI, lui, se lit comme un ensemble de mesures d'architecture : cloisonnement, maîtrise des flux, journalisation, gestion des droits. Croisé avec ATLAS, il permet de répondre à une question simple pour chaque technique retenue : quelle recommandation réduit ce risque dans notre architecture, et comment le vérifier ? Ce croisement est particulièrement utile lors d'un dossier d'homologation.
Évolutions 2025-2026 : l'IA agentique au cœur de la matrice
De 84 à 120 techniques en dix mois
Entre la version de données 5.1.0 (6 novembre 2025) et la version de contenu 2026.09 (14 septembre 2026), MITRE ATLAS est passé de 84 à 120 techniques, de 56 à 88 sous-techniques, de 32 à 40 mitigations et de 42 à 73 études de cas, à 16 tactiques constantes. Source : journal des versions du dépôt mitre-atlas/atlas-data, consulté en novembre 2026.
La croissance de la matrice reflète la diffusion rapide des agents. En septembre 2025, une mise à jour réalisée avec l'éditeur Zenity a introduit l'empoisonnement du contexte d'agent (mémoire et fil de conversation), la collecte d'identifiants depuis la configuration d'agents ou des bases documentaires RAG et l'exfiltration par invocation d'outils. En novembre 2025, la version 5.1.0 a ajouté la tactique de mouvement latéral, des techniques liées aux deepfakes et six mitigations dédiées aux agents.
L'année 2026 a prolongé ce mouvement : empoisonnement d'outils d'agents et « rug pull » dans la chaîne d'approvisionnement, études de cas sur des serveurs MCP (Model Context Protocol) malveillants, récolte de coûts par consommation agentique. En août 2026, la tactique « AI Attack Staging » est devenue « AI Attack Adaptation » et des techniques autonomes sont apparues, comme la reconnaissance ou l'orchestration d'attaques par des agents. En septembre 2026, une mitigation consacrée aux leurres IA (AI Honeypots) a été ajoutée.
Le mode de publication a lui aussi changé. Depuis mai 2026, le contenu suit un versionnage mensuel de type AAAA.MM, distinct du format de données (désormais en version 6.0.0), et chaque technique est étiquetée par plateforme. En juin 2026, MITRE a publié un agent conversationnel open source pour explorer la base de connaissances. Pour une équipe de sécurité, ces évolutions imposent une veille mensuelle et une gestion de version des correspondances internes.
Modéliser les menaces d'un système d'IA avec MITRE ATLAS
La modélisation des menaces est l'usage le plus rentable de la matrice. Elle consiste à partir d'une architecture concrète, à identifier les techniques plausibles, puis à vérifier pour chacune l'existence d'une protection et d'une détection. Le processus ci-dessous, applicable à un assistant de génération augmentée par récupération (RAG) comme à un agent métier, s'intègre dans une analyse de risques EBIOS Risk Manager existante, au niveau des scénarios opérationnels.
- Cartographier le système : modèles utilisés, fournisseurs, flux de données, index RAG, outils et permissions des agents, points d'exposition.
- Filtrer la matrice : retenir les plateformes concernées et privilégier les techniques de maturité « démontrée » ou « réalisée ».
- Construire des scénarios : enchaîner les techniques en s'inspirant des études de cas proches de votre contexte.
- Associer les mesures : relier chaque étape à une mitigation AML.M, à un contrôle existant et à un responsable.
- Tester : valider les hypothèses par un red teaming autorisé et documenté.
- Détecter et mesurer : définir un signal par technique retenue, suivre la couverture et réviser à chaque nouvelle version.
Conseil d'expert : ne cherchez pas à couvrir toute la matrice. Pour un premier atelier, limitez-vous à trois scénarios de bout en bout, chacun ancré dans une étude de cas ATLAS réelle et dans un flux de données précis. Un scénario complet, de l'accès initial à l'impact métier, mobilise davantage les équipes qu'un tableau de cent lignes cochées « non applicable ».
Pour les modèles déployés en interne, l'inventaire doit inclure l'infrastructure de service (serveurs d'inférence, orchestrateurs, stockage des poids), souvent négligée au profit du seul prompt. La méthodologie décrite dans notre article sur le red teaming de LLM on-premise montre comment intégrer ces composants dans le périmètre d'évaluation et dans la cartographie initiale.
Cadrer un red teaming IA à partir de la matrice ATLAS
Avertissement : les techniques citées dans cet article sont présentées à des fins de compréhension, de détection et de protection. Tout test d'un système d'IA doit être mené dans un cadre légal, avec l'autorisation écrite du propriétaire du système, un périmètre défini et des règles d'engagement. L'accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données est pénalement sanctionné en France.
ATLAS sert de langage commun entre le commanditaire et l'équipe de test. Le périmètre d'un red teaming IA peut être exprimé en tactiques et techniques visées, la maturité aide à justifier les priorités, et les études de cas fournissent des scénarios réalistes. En fin de mission, chaque constat référencé par un identifiant AML.T peut être relié à une mitigation et suivi dans le temps, ce qui rend les campagnes successives comparables.
MITRE publie également Arsenal, une extension de la plateforme d'émulation d'adversaires CALDERA dédiée aux systèmes intégrant de l'IA, ainsi que des outils de navigation dans la matrice. Pour structurer une campagne complète sur des modèles de langage, notre guide Red Teaming IA 2026 : tester les LLM en entreprise détaille les étapes, et l'article consacré au red teaming de la cyberdéfense agentique traite des systèmes multi-agents.
Retour terrain : Cas typique rencontré en mission — un commanditaire demande de « tester l'assistant IA » sans autre précision. Projeter l'architecture sur ATLAS montre que le risque principal est l'injection indirecte via la base documentaire RAG, alimentée par des contributeurs externes, bien avant l'extraction du modèle. Les scénarios sont priorisés en conséquence, et la restitution au comité de direction relie chaque constat à sa technique ATLAS, à son impact métier et à sa mitigation.
Détection et réponse : intégrer ATLAS dans le SOC
La mitigation de journalisation de la télémétrie IA (AML.M0024) est la condition de toute détection. Sans journalisation des prompts, du contexte assemblé, des réponses et des appels d'outils, la plupart des techniques ATLAS restent invisibles pour le centre opérationnel de sécurité (SOC). Les journaux doivent associer chaque requête à une identité, à un horodatage et à la version du modèle, tout en respectant les règles de protection des données personnelles.
Une fois cette télémétrie disponible, plusieurs signaux exploitables se rattachent directement à des techniques ATLAS :
- volume ou distribution anormale de requêtes d'inférence par identité, indice d'extraction de modèle ou de préparation d'attaque ;
- contenu de type instruction dans un document récupéré par la chaîne de génération augmentée par récupération (RAG), suivi d'un appel d'outil dans la même session ;
- appel d'outil d'agent inhabituel par sa destination, sa fréquence ou ses paramètres ;
- modification de la configuration ou de la mémoire d'un agent hors processus de changement ;
- empreinte cryptographique d'un modèle ou d'un jeu de données différente de la valeur enregistrée.
Environnement de test : lab isolé sous Ubuntu Server 24.04 LTS, modèle open-weight servi localement par un serveur d'inférence compatible avec l'API OpenAI, application RAG de démonstration avec base vectorielle dédiée, agent disposant de deux outils factices (lecture de fichiers et requêtes HTTP vers un puits interne), journaux centralisés dans une pile open source de gestion des événements de sécurité (SIEM), données ATLAS 2026.09 importées depuis le dépôt atlas-data et ATLAS Navigator pour le suivi de couverture.
Le référentiel peut aussi servir de colonne vertébrale à un registre de couverture. L'exemple suivant, volontairement simple, charge la dernière version des données ATLAS, affiche les volumes publiés et relie quelques techniques retenues à une mitigation, à un contrôle et à une détection. Les champs du registre sont propres à l'organisation ; seuls les identifiants proviennent d'ATLAS.
import yaml
with open("atlas-data/dist/ATLAS-latest.yaml", encoding="utf-8") as f:
atlas = yaml.safe_load(f)
print("Version ATLAS :", atlas["collection"]["version"])
for cle in ("tactics", "techniques", "mitigations", "case-studies"):
print(cle, len(atlas.get(cle, {})))
registre = {
"AML.T0051": {"mitigation": "AML.M0020", "controle": "filtrage du contexte RAG",
"detection": "instruction dans un document suivie d'un appel d'outil"},
"AML.T0053": {"mitigation": "AML.M0029", "controle": "validation humaine des actions sensibles",
"detection": "appel d'outil vers une destination non autorisée"},
"AML.T0024": {"mitigation": "AML.M0024", "controle": "quotas par identité",
"detection": "rafale de requêtes d'inférence"},
}
for tid, entree in registre.items():
nom = atlas["techniques"].get(tid, {}).get("name", "absent : vérifier les renommages")
print(tid, nom, "->", entree["detection"])Côté réponse à incident, l'identifiant ATLAS facilite la qualification : un analyste qui rattache une alerte à AML.T0051.001 (injection indirecte) sait immédiatement quelles études de cas consulter, quelles mitigations vérifier et quelles données conserver, notamment le contexte complet transmis au modèle. Sans ce contexte, il est presque impossible de prouver a posteriori qu'une action d'agent résulte d'une instruction injectée.
Gouvernance et conformité : ce qu'ATLAS apporte et ce qu'il n'apporte pas
MITRE ATLAS n'est ni une norme ni un référentiel d'exigences. Il ne contient pas de procédure d'évaluation, et un auditeur ne peut pas y cocher « conforme » ou « non conforme ». En revanche, il constitue une excellente source pour documenter l'analyse de menaces exigée par les cadres de gouvernance, comme un système de management de l'IA selon ISO/IEC 42001 ou une analyse de risques EBIOS RM.
Le règlement européen sur l'intelligence artificielle (AI Act, règlement (UE) 2024/1689) impose aux systèmes à haut risque, dans son article 15, un niveau approprié d'exactitude, de robustesse et de cybersécurité, avec des mesures contre l'empoisonnement des données ou du modèle, les exemples adverses et les attaques contre la confidentialité. Le texte dit « omnibus numérique » adopté en 2026 a reporté au 2 décembre 2027 l'application des obligations visant les systèmes de l'annexe III.
Dans ce contexte, ATLAS joue le rôle de dictionnaire des menaces : il permet de démontrer que l'analyse a considéré les attaques connues, référencées et datées. Il doit être complété par des exigences mesurables issues des normes, des recommandations de l'ANSSI et des politiques internes, ainsi que par des preuves de tests. Citer ATLAS dans une documentation de conformité ne remplace jamais la preuve que les mesures fonctionnent.
Limites de MITRE ATLAS et erreurs fréquentes
La première limite tient à la nature du référentiel : il décrit des comportements adverses connus et publiés. Les attaques inédites ou propres à une architecture particulière n'y figurent pas encore, et la classification des techniques récentes peut évoluer. La seconde tient au rythme : avec des versions mensuelles et des renommages fréquents, les correspondances internes vieillissent vite si personne n'en assume la responsabilité.
Les erreurs les plus fréquentes lors de l'adoption de la matrice sont les suivantes :
- traiter ATLAS comme une liste de contrôle d'audit au lieu d'un catalogue de menaces ;
- vouloir couvrir toutes les techniques sans filtrer par plateforme ni par maturité ;
- oublier la partie « système d'information classique » de l'attaque, décrite dans ATT&CK ;
- conserver des identifiants ou des intitulés obsolètes après une nouvelle version ;
- compter uniquement sur les garde-fous du modèle, sans journalisation ni limitation des droits des agents.
Pour les agents autonomes, une dernière limite mérite attention : la matrice décrit les techniques, mais pas l'architecture de confiance à mettre en place entre un agent, ses outils et les données qu'il manipule. Cette conception relève de l'ingénierie de sécurité, que nous abordons dans notre méthodologie de red teaming des agents autonomes.
Retour terrain : Cas typique rencontré en mission — la cartographie ATLAS est réalisée par l'équipe sécurité seule, sur le modèle principal, sans les équipes data. Elle ignore alors les API de modèles tiers, les connecteurs et les agents déployés par les métiers, où se concentre pourtant l'exposition. La correction consiste à partir d'un inventaire des systèmes d'IA, puis à associer chaque technique retenue à un propriétaire et à un test ou une détection vérifiable.
À lire aussi : la sécurité de l'index vectoriel HNSW ; les risques de la fusion de modèles (SLERP).
Questions fréquentes
Qu'est-ce que MITRE ATLAS en quelques mots ?
MITRE ATLAS est une base de connaissances gratuite, publiée par la MITRE Corporation, qui décrit comment des attaquants ciblent les systèmes d'intelligence artificielle. Elle reprend la logique de MITRE ATT&CK : des tactiques qui expriment l'objectif de l'adversaire, des techniques qui décrivent sa méthode, des mitigations qui réduisent leur efficacité et des études de cas tirées d'incidents ou d'exercices réels. Dans sa version de contenu 2026.09, la matrice compte 16 tactiques, 120 techniques, 40 mitigations et 73 études de cas. Elle couvre l'IA prédictive, l'IA générative et les agents. Les équipes de sécurité l'utilisent pour modéliser les menaces, cadrer des tests de red teaming et mesurer leur couverture de détection, en complément d'autres référentiels.
Quelle différence entre MITRE ATLAS et MITRE ATT&CK ?
ATT&CK décrit les comportements des attaquants sur les systèmes d'information classiques : postes de travail, serveurs, annuaires, cloud ou environnements industriels. ATLAS applique la même structure aux systèmes intégrant de l'IA. La plupart de ses seize tactiques sont adaptées d'ATT&CK, tandis que deux lui sont propres : l'accès au modèle d'IA et l'adaptation de l'attaque, qui couvre la préparation hors ligne d'entrées adverses. Les techniques ATLAS portent sur des actifs absents d'ATT&CK, comme les jeux de données, les poids de modèle, le contexte d'un LLM ou les outils d'un agent. Une attaque réelle combine souvent les deux : un accès initial classique, puis une technique propre à l'IA. Il est donc recommandé d'utiliser les deux matrices ensemble.
MITRE ATLAS est-il gratuit et comment y accéder ?
Oui. La matrice est consultable librement sur le site officiel du projet, et les données sont publiées dans le dépôt GitHub mitre-atlas/atlas-data au format YAML, avec des exports STIX, Excel et des couches pour ATLAS Navigator. Aucune licence commerciale ni inscription n'est nécessaire pour la consultation. MITRE propose aussi des outils complémentaires : Arsenal, une extension de la plateforme d'émulation CALDERA, un formulaire de partage d'incidents liés à l'IA et, depuis juin 2026, un agent open source pour interroger la base de connaissances. En entreprise, le plus simple consiste à importer la dernière version des données dans un outil interne de suivi de couverture et à planifier une mise à jour régulière, puisque le contenu évolue chaque mois.
Faut-il choisir entre MITRE ATLAS et l'OWASP Top 10 pour les LLM ?
Non, les deux répondent à des questions différentes. Le Top 10 OWASP pour les LLM et l'IA générative, dont l'édition 2025 va de l'injection de prompt à la consommation non bornée, classe les risques applicatifs à traiter lors de la conception et des tests. MITRE ATLAS détaille les étapes d'une attaque, de la reconnaissance à l'impact, avec des identifiants stables et des études de cas. En pratique, l'OWASP guide les développeurs et les revues de code, tandis qu'ATLAS structure la modélisation des menaces, le red teaming et la détection. Des correspondances simples existent, par exemple entre LLM01 et la technique AML.T0051 d'injection de prompt, ce qui permet de relier les constats applicatifs aux scénarios d'attaque.
MITRE ATLAS suffit-il pour se conformer à l'AI Act ?
Non. ATLAS est un catalogue de menaces, pas un référentiel d'exigences : il ne fournit ni procédure d'évaluation ni critère de conformité. L'AI Act impose notamment aux systèmes à haut risque un niveau approprié de robustesse et de cybersécurité, avec des mesures contre l'empoisonnement, les exemples adverses ou les attaques contre la confidentialité. ATLAS aide à démontrer que l'analyse de risques a pris en compte les attaques connues et documentées, en les référençant par identifiant. La conformité exige en plus des mesures concrètes, des tests, une documentation technique et une gouvernance, par exemple au travers d'un système de management de l'IA selon ISO/IEC 42001. Les échéances applicables doivent être vérifiées, le calendrier ayant été modifié en 2026.
Conclusion
MITRE ATLAS s'est imposé comme le langage de référence pour décrire les attaques contre l'IA. Sa force tient à sa structure héritée d'ATT&CK, à ses identifiants stables et à ses études de cas tirées d'incidents réels. Sa croissance rapide en 2025 et 2026, portée par l'IA agentique, en fait un outil vivant qui exige une veille mensuelle et une appropriation par les équipes de sécurité comme par les équipes data.
Pour en tirer parti, partez d'une cartographie précise de vos systèmes d'IA, filtrez la matrice par plateforme et par maturité, construisez quelques scénarios réalistes, testez-les dans un cadre autorisé et vérifiez que chaque technique retenue dispose d'une détection. Pour approfondir les tests offensifs encadrés, consultez notre dossier complet sur le red teaming IA, le jailbreak et l'injection de prompt.
Évaluer la sécurité de vos systèmes d'IA
Ayi NEDJIMI accompagne les RSSI et les équipes data dans la modélisation des menaces guidée par MITRE ATLAS, le red teaming de LLM et d'agents, et la mise en place d'une détection adaptée aux systèmes d'IA.
Échanger sur votre projetÀ propos de l'auteur
Ayi NEDJIMI
Auditeur Senior Cybersécurité & Consultant IA
Expert Judiciaire — Cour d'Appel de Paris
Habilitation Confidentiel Défense
ayi@ayinedjimi-consultants.fr
Ayi NEDJIMI est un vétéran de la cybersécurité avec plus de 25 ans d'expérience sur des missions critiques. Ancien développeur Microsoft à Redmond sur le module GINA (Windows NT4) et co-auteur de la version française du guide de sécurité Windows NT4 pour la NSA.
À la tête d'Ayi NEDJIMI Consultants, il réalise des audits Lead Auditor ISO 42001 et ISO 27001, des pentests d'infrastructures critiques, du forensics et des missions de conformité NIS2 / AI Act.
Conférencier international (Europe & US), il a formé plus de 10 000 professionnels.
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