En bref

  • OpenAI a révélé lors de son DevDay 2026 un taux de revenus annualisé proche de 70 milliards de dollars, en hausse de plus de 70 % depuis début juillet.
  • Sam Altman a officiellement écarté tout calendrier d'introduction en bourse, citant la nécessité de se concentrer sur la mission et les enjeux de sécurité de l'IA.
  • OpenAI a également annoncé ne pas publier son dernier modèle pour des raisons de sécurité, marquant une inflexion dans sa politique de déploiement.

Ce qui s'est passé

Le 29 septembre 2026, OpenAI a tenu son DevDay annuel, conférence dédiée aux développeurs et partenaires technologiques. L'événement a été précédé, le matin même, d'un scoop publié par Axios révélant que le taux de revenus annualisé d'OpenAI s'approche de 70 milliards de dollars — soit une progression de plus de 70 % depuis le début du troisième trimestre 2026. Pour mémoire, en début d'année 2026, ce chiffre était estimé autour de 40 milliards de dollars. La croissance dépasse les projections publiées lors de la dernière levée de fonds, valorisant la société à environ 1 000 milliards de dollars.

Le détail des revenus est encore plus frappant côté entreprises : OpenAI aurait plus que doublé ses revenus B2B sur la même période, soit une hausse de plus de 100 %. Les contrats d'entreprise — qui incluent les accords avec Microsoft, mais aussi les API vendues directement à des milliers d'éditeurs de logiciels — représentent désormais la part dominante de la structure de revenus. Sur le segment grand public, OpenAI déclare avoir généré au cours du seul troisième trimestre 2026 plus de revenus que pendant toute l'année 2025, portés par les abonnements ChatGPT Plus, Team et Enterprise.

Ces chiffres interviennent dans un contexte particulier : OpenAI a déposé confidentiellement son dossier d'introduction en bourse auprès de la Securities and Exchange Commission américaine en juin 2026. Mais lors de la conférence de presse du DevDay, Sam Altman a éteint les spéculations sur une date d'IPO imminente. Interrogé directement, il a déclaré ne pas avoir de calendrier particulier en tête, ajoutant qu'il souhaitait éviter les contraintes d'une société cotée pendant une période qu'il juge encore très instable pour l'IA générative.

La justification avancée par Altman mérite attention : il ne veut pas aller de l'avant avec une IPO alors que les choses semblent si mouvementées, et veut pouvoir se concentrer sur la mission sans les défis liés au fait d'être une société nouvellement cotée. Cette position tranche avec la pression exercée par certains actionnaires historiques pour une liquidité plus rapide. Parmi les acteurs les plus importants figurent Microsoft, Thrive Capital et SoftBank, ce dernier ayant investi plusieurs dizaines de milliards dans OpenAI depuis 2024.

Le DevDay lui-même a été l'occasion d'annonces produit significatives pour l'écosystème développeur. OpenAI a présenté de nouvelles fonctionnalités pour son API agents, notamment des capacités améliorées de mémoire persistante et d'orchestration multi-agents, renforçant sa position de plateforme d'infrastructure pour les applications IA tierces. Des améliorations sur les outils de fine-tuning, le support étendu de nouvelles modalités — vision, audio — et des baisses tarifaires sur certains modèles de la gamme GPT-4o ont également été annoncées, une pratique quasi trimestrielle pour conserver un avantage compétitif face à Anthropic, Google DeepMind et Meta AI.

Un point notable absent des annonces : OpenAI a confirmé qu'il ne publierait pas son dernier modèle en cours de développement, citant des préoccupations de sécurité. Cette décision, rapportée par Ars Technica et The Verge, témoigne d'une évolution du positionnement d'OpenAI sur la sécurité de l'IA, qui avait été critiqué en 2025 pour avoir privilégié la vitesse de déploiement sur les processus d'évaluation. Le gel de publication intervient alors que l'organisation traverse une période de restructuration interne depuis le départ de plusieurs membres fondateurs de l'équipe de sécurité en 2025.

La journée du 29 septembre s'inscrit dans une semaine chargée pour l'IA mondiale. Meta a lancé Muse for Small Business, un agent IA connecté à Asana, Zoom et Slack. Le gouvernement américain a inauguré America.gov, un portail fédéral propulsé par Gemini et Grok. Et Google a formellement attaqué deux injonctions européennes DMA devant le Tribunal de l'Union européenne. OpenAI se retrouve au centre d'un secteur en pleine turbulence réglementaire, concurrentielle et financière.

Les analystes de Streetinsider et Investing.com soulignent que la course aux IPO dans l'IA s'intensifie : Anthropic, xAI et Mistral sont tous observés pour d'éventuelles introductions en bourse dans les 18 prochains mois. La décision d'Altman de reporter l'IPO pourrait être stratégique — permettre à la valorisation de grimper encore avant l'ouverture au marché public — ou défensive, en évitant la discipline de transparence que les marchés exigent sur la gouvernance de l'IA et la gestion des risques.

Pourquoi c'est important

Les chiffres divulgués par Axios et confirmés lors du DevDay dessinent un acteur dont la trajectoire financière n'a plus grand-chose à voir avec la startup à but non lucratif fondée en 2015. Atteindre 70 milliards de dollars de revenus annualisés en quelques années — contre 1,6 milliard en 2023 — représente l'une des courbes de croissance les plus abruptes de l'histoire technologique. Pour comparaison, Salesforce a mis 20 ans pour atteindre 30 milliards de dollars de revenus annuels. Cette vélocité reflète l'adoption massive de ChatGPT, mais aussi la prolifération des usages API professionnels : des milliers d'applications métier, de plateformes SaaS et d'outils de développement s'appuient désormais sur l'infrastructure d'OpenAI.

La décision de reporter l'IPO envoie un signal ambigu mais lisible. D'un côté, elle protège OpenAI de la discipline de transparence financière trimestrielle, permettant à Altman de gérer la transition vers un modèle à but lucratif — officialisée en 2025 — sans la pression des analystes de Wall Street. De l'autre, elle crée une incertitude pour les investisseurs historiques. La formulation d'Altman sur les choses en flux dans l'IA suggère aussi une conscience des risques réglementaires croissants : la Commission européenne a ouvert une enquête préliminaire sur OpenAI au titre du Digital Services Act, et plusieurs pays du G7 débattent de cadres de régulation qui pourraient imposer des audits de sécurité avant tout déploiement de modèle frontier.

Pour les entreprises utilisatrices des API OpenAI, le DevDay 2026 confirme la stratégie de plateforme qui consiste à rendre l'infrastructure IA d'OpenAI aussi centrale et difficile à remplacer que l'infrastructure cloud d'AWS dans les années 2010. Les nouvelles fonctionnalités d'agents, de mémoire et d'orchestration multi-modèles répondent aux besoins des équipes qui construisent des applications IA complexes. Mais cette dépendance croissante soulève des questions de risque de concentration et de résilience : si OpenAI traverse une nouvelle crise de gouvernance ou fait face à des restrictions réglementaires, les entreprises qui ont construit leur stack IA exclusivement sur ses API seront en première ligne.

Enfin, la décision de ne pas publier le dernier modèle pour raisons de sécurité marque une inflexion symbolique. Le gel d'une sortie modèle est un signal fort adressé à la communauté de recherche en sécurité de l'IA, aux régulateurs et aux partenaires institutionnels. OpenAI affirme prendre au sérieux les risques liés à ses systèmes les plus puissants. Reste à savoir si cette posture sera durable ou si elle cédera sous la pression concurrentielle de Google et d'Anthropic.

Ce qu'il faut retenir

  • OpenAI atteint un taux de revenus annualisé proche de 70 milliards de dollars (+70 % en un trimestre), avec les revenus B2B qui ont doublé sur la période.
  • Sam Altman écarte explicitement tout calendrier d'IPO, préférant maintenir la flexibilité stratégique face aux incertitudes réglementaires et concurrentielles.
  • Les entreprises dépendantes des API OpenAI doivent anticiper des stratégies de diversification pour réduire leur exposition au risque de concentration sur un seul fournisseur d'IA.

OpenAI va-t-il entrer en bourse, et à quelle valorisation ?

OpenAI a déposé confidentiellement son dossier d'IPO auprès de la SEC en juin 2026 sur la base d'une valorisation d'environ 1 000 milliards de dollars, mais Sam Altman a refusé de donner un calendrier lors du DevDay du 29 septembre 2026. Avec des revenus qui approchent 70 milliards de dollars annualisés, la valorisation au moment de l'introduction pourrait dépasser ce seuil selon les analystes de Streetinsider. Les observateurs évoquent au plus tôt le second semestre 2027.

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