En bref

  • Donald Trump a annoncé le 27 octobre 2026 son intention d'interdire l'usage des termes « Intelligence Artificielle » et « IA » dans tous les documents fédéraux américains.
  • L'administration Trump veut imposer les termes « Super Intelligence » et « SI » comme remplacement officiel, conformément à un décret présidentiel signé le 30 septembre dernier.
  • Cette décision soulève des questions pratiques et symboliques sur la politique technologique américaine dans un contexte de compétition mondiale pour la domination de l'IA.

Ce qui s'est passé

Lors d'un sommet technologique organisé à la Maison Blanche le 27 octobre 2026 réunissant des dirigeants des principales entreprises tech américaines, le président Donald Trump a annoncé publiquement son intention d'interdire l'usage officiel des termes « Artificial Intelligence » et « AI » dans les documents du gouvernement fédéral américain. Dans sa déclaration, Trump a qualifié ces termes de « très inéloquents » et « inexacts », affirmant que la technologie avait atteint un niveau de capacité si avancé que ces appellations ne rendaient plus justice à sa puissance réelle.

La déclaration s'appuie sur un décret présidentiel que Trump avait signé le 30 septembre 2026, intitulé « Inauguration de l'ère de la Super Intelligence ». Ce texte réglementaire donnait instruction à tous les départements et agences exécutifs fédéraux de remplacer les termes « Artificial Intelligence » et « AI » par « Super Intelligence » et « SI » dans leurs communications et opérations officielles, « dans la mesure maximale permise par la loi ». Le sommet du 27 octobre constitue l'étape de communication publique de cette politique.

Trump a précisé vouloir aller plus loin que le seul cadre gouvernemental. Sa déclaration cite explicitement « tous les documents et tout le reste », suggérant une ambition d'influencer l'usage terminologique au-delà des frontières de l'administration fédérale, potentiellement dans les médias, les entreprises et les communications publiques. Il a notamment interpellé le Wall Street Journal sur l'usage persistant du terme « AI » dans ses colonnes, laissant entendre une pression sur les médias pour adopter la nouvelle nomenclature.

Le terme « Super Intelligence » choisi par l'administration Trump s'inscrit dans un cadre rhétorique précis. Depuis les années 2010, le concept de « superintelligence » désigne dans la littérature académique et prospective une IA hypothétique dépassant les capacités cognitives humaines dans tous les domaines. Des figures comme Nick Bostrom, Sam Altman et d'autres ont utilisé ce terme pour décrire un système futur qui n'existe pas encore. En l'appliquant aux modèles actuels, l'administration Trump opère une requalification sémantique qui brouille les distinctions techniques entre les systèmes actuels et les projections futures.

La réaction des acteurs de l'industrie technologique a été mesurée lors du sommet. Aucun dirigeant présent n'a publiquement contesté la décision, bien que des sources industrielles anonymes citées dans plusieurs médias spécialisés aient exprimé des réserves sur la praticabilité d'un changement terminologique d'une telle ampleur dans les documents techniques, les normes industrielles, les brevets et les publications académiques.

Sur le plan réglementaire, la mise en œuvre de cette directive pose des défis concrets. Les agences fédérales publient chaque année des milliers de documents contenant les termes « AI » et « artificial intelligence », des normes techniques du NIST aux contrats de défense du Pentagone. Le processus de mise à jour de ces documents représente un travail colossal. Les agences régulant l'IA — dont la FTC, la FDA pour les dispositifs médicaux IA, et la SEC pour les divulgations d'utilisation de l'IA par les entreprises cotées — devront adapter leurs cadres réglementaires.

Sur le plan international, la décision américaine crée une dissonance terminologique notable. L'Union européenne a construit son architecture réglementaire entière — le règlement européen sur l'IA entré en vigueur en 2024 — autour du terme « Artificial Intelligence ». L'OCDE, l'UNESCO et l'ISO ont tous produit des définitions et des cadres de gouvernance utilisant cette terminologie. Une divergence terminologique entre les États-Unis et leurs partenaires internationaux pourrait compliquer la coordination réglementaire et les échanges diplomatiques sur la gouvernance de l'IA.

Les médias américains ont largement commenté la décision, certains y voyant une manœuvre de communication symbolique visant à renforcer l'image des États-Unis comme leader mondial de la « super intelligence », dans un contexte de compétition technologique intense avec la Chine et de tensions autour des puces d'IA. D'autres analystes soulignent que la terminologie importe peu sur le fond de la politique, et que ce qui comptera sera l'allocation réelle des ressources fédérales à la recherche et au développement.

Pourquoi c'est important

Au-delà de l'aspect anecdotique, cette décision illustre à quel point la bataille pour la définition de l'intelligence artificielle est devenue un enjeu politique et géopolitique de premier plan. Nommer une technologie, c'est en cadrer la perception publique, en orienter la régulation et en structurer le débat démocratique. En imposant le terme « Super Intelligence » pour désigner des systèmes que les experts techniques classifient encore comme de l'IA étroite (narrow AI), l'administration Trump joue sur les représentations pour projeter une image de puissance technologique, quel que soit l'état réel des capacités.

Pour les entreprises françaises et européennes travaillant avec des partenaires américains ou soumises à des réglementations des deux côtés de l'Atlantique, cette divergence terminologique pourrait créer des complications pratiques. Les contrats, les politiques de conformité, les documentation technique et les formations devront potentiellement gérer un vocabulaire différent selon le contexte géographique. Les organisations multinationales devront décider si elles adoptent la terminologie américaine pour leurs opérations américaines tout en maintenant le vocabulaire standard international ailleurs.

Sur le plan de la politique technologique, la décision reflète une tendance plus large de l'administration Trump à réorienter le narratif sur la technologie américaine vers la domination et la supériorité plutôt que vers la prudence et la gouvernance. Là où l'administration Biden avait produit des directives exécutives axées sur la sécurité, la transparence et les risques de l'IA, l'approche actuelle met davantage l'accent sur le leadership, la compétitivité et la puissance. Cette orientation a des implications directes sur la position américaine dans les négociations internationales de gouvernance de l'IA, où les États-Unis avaient commencé à converger avec les approches européennes sous la précédente administration.

En France, cette actualité résonne dans un contexte où le débat sur la souveraineté numérique et technologique est déjà vif. La question de savoir si les entreprises et institutions françaises doivent adopter la terminologie imposée par leurs partenaires américains — ou maintenir le vocabulaire international — est symptomatique d'une tension plus profonde entre l'alignement sur les standards américains et la construction d'une autonomie stratégique européenne en matière de technologie.

Ce qu'il faut retenir

  • Trump a annoncé l'interdiction des termes « IA » et « Intelligence Artificielle » dans les documents fédéraux américains, au profit de « Super Intelligence » et « SI », en application d'un décret du 30 septembre 2026.
  • Cette décision crée une dissonance terminologique avec le cadre réglementaire européen et les standards internationaux (OCDE, UNESCO, ISO) qui utilisent tous la terminologie « IA ».
  • Les entreprises multinationales et les organisations en lien avec l'administration américaine devront adapter leur documentation pour gérer cette divergence vocabulaire selon les contextes géographiques.

Le terme « Super Intelligence » remplace-t-il vraiment « IA » sur le plan technique ?

Non, d'un point de vue technique. La « superintelligence » désigne dans la littérature académique un système hypothétique futur surpassant les capacités humaines dans tous les domaines — quelque chose qui n'existe pas encore. Les modèles actuels comme GPT-6, Claude ou Gemini sont classifiés comme de l'IA étroite (narrow AI). L'usage présidentiel du terme « Super Intelligence » pour désigner ces systèmes est une requalification politique et rhétorique, pas une description technique précise.

Besoin d'un accompagnement expert ?

Ayi NEDJIMI vous accompagne sur vos projets cybersécurité et IA.

Prendre contact