Le Département du Travail américain suspend Microsoft, Adobe et six SSII du programme PERM pour fraude présumée, bloquant les green cards de milliers de travailleurs étrangers dans le secteur tech.
En bref
- Le Département du Travail américain a suspendu Microsoft, Adobe, Cognizant, Infosys, Capgemini, Tata, Wipro et HCL du programme PERM de certification permanente du travail, invoquant de multiples enquêtes fédérales actives pour fraude.
- La décision annoncée le 8 octobre 2026 s'inscrit dans l'offensive de l'administration Trump contre le recours aux visas H-1B et aux green cards pour des travailleurs étrangers dans le secteur technologique.
- Les entreprises françaises et européennes ayant des filiales américaines ou recourant à des sous-traitants IT concernés doivent anticiper des perturbations potentielles dans leurs effectifs techniques aux États-Unis.
Trump suspend Microsoft et Adobe du programme de green cards pour les travailleurs étrangers
Le 8 octobre 2026, le Département du Travail des États-Unis a annoncé la suspension de Microsoft, Adobe et six grandes entreprises d'externalisation informatique — Cognizant, Infosys, Capgemini, Tata Consultancy Services, Wipro et HCL Technologies — du programme PERM (Program Electronic Review Management), qui constitue la voie principale d'accès à la résidence permanente (green card) pour les travailleurs étrangers hautement qualifiés. Les entreprises suspendues ne peuvent plus soumettre ni faire traiter de nouvelles demandes dans le cadre de ce programme, selon les informations rapportées par TechCrunch, CNBC et Time Magazine.
La justification officielle invoquée par le Département du Travail est l'existence de « multiples enquêtes fédérales actives » visant ces entreprises pour fraude présumée dans l'utilisation des programmes de visas pour travailleurs qualifiés. Le Vice-Président JD Vance a accompagné l'annonce d'une déclaration affirmant que ces entreprises avaient « abusé » des processus de visas H-1B et de green cards pour « remplacer des travailleurs américains par ce qui s'apparente à des serviteurs sous contrat étrangers ». L'annonce intervient à quelques semaines des élections de mi-mandat de novembre 2026, dans un contexte de montée des tensions autour des politiques d'immigration dans le secteur technologique.
Le programme PERM est distinct du visa H-1B : là où le H-1B est un visa temporaire de travail non-immigrant, le PERM est la première étape du processus d'obtention d'une résidence permanente aux États-Unis. Une suspension du PERM bloque donc les trajectoires de régularisation à long terme des employés étrangers existants, et non seulement les nouvelles embauches. Pour Microsoft, qui est le quatrième plus grand utilisateur du programme avec 21 706 pétitions déposées en 2026 et un salaire médian de base de 180 710 dollars, l'impact concerne potentiellement des milliers de travailleurs en cours de processus d'immigration.
Selon les données agrégées par CNBC, les entreprises visées par cette suspension représentent collectivement près de 3 millions de demandes de travailleurs étrangers depuis 2009, incluant plus de 230 000 approbations de visas H-1B et plus de 100 000 certifications permanentes du travail. L'ampleur de ces chiffres explique la résonance politique de l'annonce, qui s'appuie sur un narratif de protection des emplois américains dans le secteur technologique.
Du côté de Microsoft, ni la direction de l'entreprise ni son service de communication n'ont émis de déclaration publique détaillée dans les heures suivant l'annonce. Adobe, de son côté, a indiqué prendre connaissance de la décision et coopérer avec les autorités compétentes. Les entreprises d'externalisation indiennes — Cognizant, Infosys, TCS, Wipro et HCL — qui constituent historiquement les plus grands utilisateurs du programme H-1B dans le secteur IT, sont particulièrement exposées puisque leur modèle économique repose en partie sur le déploiement de consultants étrangers auprès de clients américains.
Cette décision s'inscrit dans une série d'actions de l'administration Trump ciblant les programmes de visas pour travailleurs qualifiés depuis son retour au pouvoir en 2025. En janvier 2025, des audits renforcés avaient été lancés contre des employeurs utilisant massivement le visa H-1B. En juillet 2026, le Department of Homeland Security avait ouvert des enquêtes sur plusieurs sociétés de staffing informatique accusées de fabriquer de fausses offres d'emploi. La suspension PERM du 8 octobre représente néanmoins une escalade significative, car elle touche pour la première fois des entreprises technologiques de premier plan comme Microsoft et Adobe.
Pour les entreprises européennes qui s'appuient sur des équipes techniques basées aux États-Unis ou sur des prestataires figurant dans la liste des entités suspendues, la situation mérite une vigilance accrue. Capgemini, présent dans la liste, est une entreprise française dont les équipes américaines emploient un nombre significatif de travailleurs sous visa H-1B. Une perturbation prolongée du programme PERM pourrait contraindre des employés en cours de régularisation à quitter le territoire américain à l'expiration de leur visa temporaire si aucune solution de substitution n'est trouvée.
La question juridique est complexe : les suspensions administratives du programme PERM sont légalement possibles dans le cadre d'enquêtes de fraude, mais des recours judiciaires sont attendus de la part des entreprises concernées et d'associations de défense des droits des travailleurs immigrés. Des précédents de suspensions temporaires ont déjà été contestés avec succès devant les tribunaux fédéraux, notamment lorsque les enquêtes sous-jacentes ne débouchaient pas sur des mises en examen formelles.
Pourquoi cet épisode dépasse le simple bras de fer politique américain
La suspension de Microsoft et Adobe du programme PERM illustre une tension structurelle qui dépasse le seul contexte américain : la dépendance croissante du secteur technologique mondial aux talents formés hors des pays consommateurs de ces compétences. Les États-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni sont confrontés à des pénuries chroniques de compétences dans les domaines de la cybersécurité, du développement logiciel, de l'intelligence artificielle et de l'ingénierie cloud. Cette pénurie a historiquement été compensée par l'importation de talents via des programmes de visas spécialisés.
Dans ce contexte, les restrictions imposées par l'administration Trump créent une incertitude stratégique pour les directions informatiques des grandes entreprises américaines. Elles doivent désormais arbitrer entre une politique nationale restrictive, des besoins opérationnels immédiats et la gestion humaine des employés dont les parcours d'immigration sont bloqués. Selon plusieurs recruteurs technologiques cités par TechCrunch, les candidats qualifiés hors États-Unis commencent à privilégier des destinations alternatives comme le Canada, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, dont les politiques de visas technologiques restent attractives.
Pour les entreprises françaises et européennes, cet épisode est aussi un signal sur la fragilité des chaînes d'approvisionnement en talent informatique dans un environnement géopolitique incertain. Les entreprises qui externalisent des développements critiques vers des SSII comme Cognizant, Infosys ou Capgemini USA doivent évaluer leur exposition et envisager des plans de continuité en cas de perturbations prolongées. La directive NIS2, qui exige des entreprises critiques qu'elles maintiennent la résilience de leurs services essentiels, peut être invoquée comme cadre pour justifier ces évaluations de risques.
Enfin, cette affaire soulève une question plus large sur le statut des grandes entreprises technologiques américaines dans la politique intérieure. Pour la première fois depuis des décennies, Microsoft se retrouve dans le collimateur d'une action fédérale avec un retentissement politique fort. La période préélectorale amplifie l'effet de signal, mais l'enquête fédérale sous-jacente, si elle débouche sur des poursuites, pourrait avoir des conséquences durables bien au-delà du programme PERM et redéfinir les pratiques de recrutement international de tout le secteur tech américain.
Ce qu'il faut retenir
- Microsoft, Adobe et six grandes SSII ont été suspendus du programme PERM américain le 8 octobre 2026, bloquant tout nouveau dossier de green card pour leurs employés étrangers aux États-Unis.
- La mesure est politique autant que juridique : elle s'inscrit dans la stratégie de l'administration Trump sur l'immigration technologique avant les midterms de novembre 2026.
- Les entreprises européennes ayant des équipes ou des sous-traitants concernés aux États-Unis doivent auditer leur exposition et préparer des plans de continuité pour les talents sous visa.
Quel est l'impact concret pour les employés de Microsoft ou Adobe en cours de demande de green card ?
Les employés dont le dossier PERM était déjà soumis et en cours de traitement pourraient voir leur procédure suspendue indéfiniment. Ceux qui n'avaient pas encore déposé de demande ne peuvent plus le faire. En pratique, cela signifie qu'ils devront soit renouveler leur visa H-1B temporaire (sous réserve des plafonds annuels), soit envisager une mobilité internationale vers un autre pays si leur visa arrive à expiration. Les employés ayant déjà atteint l'étape I-140 (approbation de la pétition de l'employeur) sont moins directement affectés à court terme, mais l'incertitude globale pèse sur toute la chaîne d'immigration.
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Ayi NEDJIMI
Auditeur Senior Cybersécurité & Consultant IA
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ayi@ayinedjimi-consultants.fr
Ayi NEDJIMI est un vétéran de la cybersécurité avec plus de 25 ans d'expérience sur des missions critiques. Ancien développeur Microsoft à Redmond sur le module GINA (Windows NT4) et co-auteur de la version française du guide de sécurité Windows NT4 pour la NSA.
À la tête d'Ayi NEDJIMI Consultants, il réalise des audits Lead Auditor ISO 42001 et ISO 27001, des pentests d'infrastructures critiques, du forensics et des missions de conformité NIS2 / AI Act.
Conférencier international (Europe & US), il a formé plus de 10 000 professionnels.
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