La FTC a formellement élargi son enquête antitrust contre Microsoft à Azure, Entra ID, Copilot et les pratiques de bundling cloud et IA, interrogeant six concurrents en 2026.
En bref
- La Federal Trade Commission américaine a formellement élargi son enquête antitrust contre Microsoft pour couvrir le cloud Azure, Microsoft Entra ID, Copilot et les pratiques de bundling logiciel.
- L'agence a émis des demandes d'investigation civile auprès d'au moins six concurrents de Microsoft et interrogé des acteurs du marché pour documenter les pratiques anti-concurrentielles alléguées.
- Cette enquête est qualifiée de plus vaste probe antitrust contre Microsoft depuis les années 1990, alors que Google a formellement signalé des comportements "problématiques" à la FTC.
Ce qui s'est passé
La Federal Trade Commission des États-Unis (FTC) a officiellement étendu son enquête antitrust contre Microsoft pour englober quatre nouveaux domaines stratégiques : les services cloud (Azure), les logiciels d'entreprise et leurs conditions de licence, les offres de cybersécurité, et les produits d'intelligence artificielle dont Copilot. Selon des documents obtenus par The Verge et rapportés en octobre 2026, cette expansion marque une nouvelle phase d'une investigation initialement ouverte sous la forme d'une demande d'investigation civile en novembre 2024.
Au cœur de l'enquête élargie se trouve Microsoft Entra ID, la plateforme de gestion des identités et des accès anciennement connue sous le nom d'Azure Active Directory. Entra ID authentifie les utilisateurs non seulement au sein des propres applications cloud de Microsoft — Microsoft 365, Teams, SharePoint, Azure — mais aussi sur des dizaines de milliers d'applications tierces d'entreprise qui ont intégré son protocole via OAuth et SAML. Cette position de gatekeeper universel de l'identité d'entreprise est précisément ce que la FTC cherche à examiner sous l'angle des pratiques monopolistiques et des barrières à l'interopérabilité.
La FTC a émis des demandes d'investigation civile (CID) à au moins six entreprises qui se positionnent en concurrentes directes de Microsoft sur les marchés du cloud, des logiciels d'entreprise et de l'IA. Ces CID obligent leurs destinataires à fournir des documents internes, des données commerciales et des témoignages. L'objectif est de constituer un corpus probatoire documentant les effets des pratiques commerciales de Microsoft sur la concurrence, notamment les conditions de migration imposées aux clients souhaitant quitter la plateforme pour des alternatives.
L'un des axes majeurs de l'enquête porte sur les pratiques de bundling — le couplage forcé ou fortement incité de produits. Copilot pour Microsoft 365, intégré directement dans Word, Excel, Teams et Outlook, est dans le viseur des enquêteurs. Des sources citées par plusieurs médias spécialisés indiquent que des clients d'entreprise se sont plaints de ne pas pouvoir négocier des licences Microsoft 365 sans se voir imposer un abonnement Copilot à des tarifs non compétitifs avec des alternatives IA indépendantes, ou de voir leurs fonctionnalités dégradées s'ils optent pour des solutions IA tierces.
Les enquêteurs examinent également les conditions de licence de Microsoft Entra ID et les obstacles à l'interopérabilité qu'elles peuvent créer. Selon Bloomberg Law, des entreprises concurrentes dans l'espace de la gestion des identités et du zero trust ont témoigné que les conditions tarifaires et techniques d'Entra ID créent des incitations structurelles à rester dans l'écosystème Microsoft plutôt qu'adopter des solutions IAM concurrentes, même lorsque ces dernières offrent des fonctionnalités supérieures pour des cas d'usage spécifiques.
Google a joué un rôle catalyseur dans l'intensification de cette enquête. Selon des sources citées par The420.in et Infoworld, Google a formellement signalé à la FTC des comportements qu'il juge "problématiques" dans les pratiques commerciales de Microsoft, notamment sur les segments cloud et IA où les deux géants se font directement concurrence. Cette démarche d'un concurrent saisissant le régulateur contre un autre constitue un développement notable dans les dynamiques de la régulation tech américaine.
La probe s'intéresse également aux investissements et partenariats de Microsoft dans le secteur de l'IA, et notamment à sa relation avec OpenAI. Les enquêteurs examinent si les arrangements contractuels entre Microsoft Azure et OpenAI — qui constituent le socle de l'inférence GPT-4 et GPT-5 au niveau mondial — créent des avantages compétitifs injustes pour Azure par rapport à d'autres fournisseurs cloud qui souhaiteraient héberger ou distribuer les modèles OpenAI à des conditions équivalentes.
Du côté de l'Union européenne, l'enquête FTC s'inscrit dans un contexte de pression réglementaire coordonnée. La Commission européenne finalise une investigation Digital Markets Act qui devrait formellement désigner Azure et AWS comme gatekeepers au sens du DMA, une décision attendue en novembre 2026 qui imposerait des obligations d'interopérabilité, de portabilité des données et de transparence tarifaire. Ces deux fronts réglementaires — américain et européen — exercent une pression simultanée sur le modèle commercial du cloud hyperscaler dominant.
Pourquoi c'est important
Cette enquête est qualifiée par plusieurs analystes juridiques de plus vaste probe antitrust contre Microsoft depuis les années 1990, époque du célèbre procès United States v. Microsoft Corporation sur le bundling de Internet Explorer avec Windows. La portée de l'enquête actuelle est en réalité plus large : elle couvre simultanément le cloud, l'IA, l'identité numérique et les licences logicielles — quatre marchés interdépendants où Microsoft occupe des positions dominantes qui se renforcent mutuellement dans un écosystème de plus en plus intégré.
L'angle Copilot est particulièrement stratégique pour comprendre les enjeux actuels. Microsoft a fait de Copilot l'élément central de sa proposition de valeur auprès des entreprises en 2025 et 2026, l'intégrant dans l'ensemble de sa suite Microsoft 365 à un rythme soutenu. Si la FTC conclut que cette intégration constitue un bundling anti-concurrentiel — en particulier si elle démontre que des clients sont économiquement contraints d'adopter Copilot plutôt que des alternatives IA indépendantes — les remèdes potentiels pourraient aller de sanctions pécuniaires à des obligations de séparation des offres IA du cœur de la suite Microsoft 365.
Pour les DSI et les équipes IT d'entreprise, cette enquête a des implications pratiques concrètes. Les organisations en cours de renégociation de leurs contrats Microsoft 365 ou Azure peuvent désormais s'appuyer sur le contexte réglementaire pour obtenir de meilleures conditions commerciales, notamment sur les modules Copilot et les licences Entra ID. Plusieurs cabinets de conseil en négociation IT ont publié des guides indiquant comment utiliser l'environnement réglementaire actuel comme levier dans les discussions avec les équipes commerciales de Microsoft.
Sur le plan de la souveraineté numérique, l'enquête FTC et la procédure DMA européenne convergent vers un même constat : la concentration des services cloud, IA et identité entre les mains de deux acteurs dominants crée des risques systémiques pour les organisations publiques et privées. Les initiatives de cloud souverain en Europe, les programmes de diversification cloud des gouvernements et les stratégies multi-cloud des grandes entreprises trouvent dans cette actualité réglementaire une justification politique et juridique supplémentaire à leur démarche de réduction de dépendance aux hyperscalers.
Ce qu'il faut retenir
- La FTC élargit son antitrust Microsoft à Azure, Entra ID, Copilot et le bundling logiciel ; au moins six concurrents ont reçu des demandes d'investigation civile.
- Google a formellement signalé des comportements "problématiques" de Microsoft à la FTC, catalysant l'intensification de la probe sur les marchés cloud et IA.
- Les organisations en renégociation de contrats Microsoft peuvent utiliser ce contexte réglementaire comme levier commercial lors de leurs discussions tarifaires sur Copilot et Entra ID.
Cette enquête FTC peut-elle forcer Microsoft à vendre ou séparer ses activités Copilot ?
Un démantèlement ou une cession forcée est le scénario le plus extrême et le moins probable à court terme. Les remèdes antitrust les plus fréquents aux États-Unis prennent la forme d'obligations comportementales — interdiction de certaines pratiques de bundling, obligations d'interopérabilité, transparence tarifaire imposée — plutôt que de séparations structurelles. Cependant, si la FTC documente un abus de position dominante caractérisé, des remèdes plus contraignants ne sont pas exclus, d'autant que le contexte politique américain est favorable à une régulation tech plus interventionniste.
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Prendre contactÀ propos de l'auteur
Ayi NEDJIMI
Auditeur Senior Cybersécurité & Consultant IA
Expert Judiciaire — Cour d'Appel de Paris
Habilitation Confidentiel Défense
ayi@ayinedjimi-consultants.fr
Ayi NEDJIMI est un vétéran de la cybersécurité avec plus de 25 ans d'expérience sur des missions critiques. Ancien développeur Microsoft à Redmond sur le module GINA (Windows NT4) et co-auteur de la version française du guide de sécurité Windows NT4 pour la NSA.
À la tête d'Ayi NEDJIMI Consultants, il réalise des audits Lead Auditor ISO 42001 et ISO 27001, des pentests d'infrastructures critiques, du forensics et des missions de conformité NIS2 / AI Act.
Conférencier international (Europe & US), il a formé plus de 10 000 professionnels.
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