En bref

  • CVE-2026-105445 (GhostPat) : faille critique CVSS 9.4 dans Docker Hub permettant à un attaquant authentifié d'usurper l'identité d'un autre utilisateur et de pousser des images malveillantes sous son nom.
  • Fenêtre d'exposition de 25 mois : du 26 août 2024 au 30 septembre 2026, toutes les organisations Docker Hub concernées.
  • Patch côté plateforme déployé le 30 septembre 2026 — audit immédiat des PAT et des digests d'images de production requis.

Les faits

Docker a corrigé le 30 septembre 2026 une vulnérabilité critique identifiée CVE-2026-105445, baptisée GhostPat par les chercheurs en sécurité, qui avait silencieusement affecté Docker Hub depuis le 26 août 2024. Vingt-cinq mois d'exposition invisible sur la plus grande plateforme de distribution d'images de conteneurs au monde. La faille est notée CVSS 4.0 à 9,4 — seuil critique — et touche la gestion des Personal Access Tokens lors de la conversion d'un compte personnel en organisation.

Techniquement, le défaut repose sur un mécanisme d'attribution incorrecte des privilèges (Incorrect Privilege Assignment, CWE-266). Lors de la conversion d'un compte utilisateur en organisation sur Docker Hub, les tokens d'accès personnels (PAT) associés à ce compte n'étaient ni révoqués ni tournés. Un attaquant maîtrisant ce compte pouvait réassigner un PAT qu'il contrôlait vers un autre compte Docker Hub ciblé — sans que le secret du token ne change. Le token continuait d'authentifier au registre au nom de l'utilisateur cible, avec tous ses scopes de permissions.

L'exploitation pratique est redoutable : l'attaquant dispose d'un accès persistant, non révoqué, au registre de la victime. Il peut puller, pusher et supprimer des images dans tous les dépôts accessibles à cet utilisateur, y compris les dépôts d'organisation partagés. Dans un contexte de supply chain logicielle, cela signifie la capacité de substituer silencieusement une image légitime par une version backdoorée, sous le même namespace et le même tag — sans que les consommateurs de cette image ne détectent le changement autrement qu'en vérifiant le digest SHA256.

Les chercheurs qui ont documenté GhostPat (source : The Hacker News, ByteIota, SecurityOnline) soulignent que la faille existait depuis la fonctionnalité de conversion elle-même, introduite en août 2024. Elle était exploitable par n'importe quel utilisateur authentifié capable d'initier la conversion d'un compte qu'il contrôlait. Aucune élévation de privilège préalable n'était nécessaire.

La criticité intrinsèque de ce type de faille tient à sa nature silencieuse. Contrairement à une injection SQL ou un RCE qui laissent des traces dans les journaux applicatifs, un push d'image sur un registre est une opération tout à fait normale. Les équipes de sécurité qui ne vérifient pas systématiquement les digests SHA256 de leurs images ne disposent d'aucun signal d'alerte automatique. Le CERT-FR a classifié ce type de compromission supply chain comme l'un des vecteurs d'attaque les plus difficiles à détecter a posteriori.

Docker indique dans son advisory du 30 septembre 2026 que son investigation interne n'a trouvé aucune preuve d'exploitation active sur la fenêtre d'exposition. Cette affirmation mérite d'être prise avec prudence : les attaques supply chain sophistiquées sont précisément conçues pour ne pas générer d'anomalie visible dans les métriques de la plateforme cible. Les acteurs APT qui opèrent dans cette logique préfèrent laisser les images empoisonnées se propager naturellement via les pulls légitimes plutôt que de générer une signature d'exploitation directe.

Du point de vue de la surface d'attaque, Docker Hub revendique plus de 14 millions de dépôts publics et des millions de dépôts privés d'entreprise. La faille affecte particulièrement les équipes DevOps qui utilisent des images tierces dans leurs pipelines CI/CD sans vérification de signature ou de digest. Les images de base populaires (nginx, python, node, redis) sont consommées des millions de fois par semaine ; une compromission même partielle de ces images représenterait un vecteur de diffusion massif.

L'affaire CVE-2026-105445 s'inscrit dans une tendance de fond documentée par plusieurs rapports de threat intelligence en 2026 : les attaquants ont compris que compromettre un point de distribution logicielle génère un multiplicateur d'impact bien supérieur à une compromission directe d'une cible finale. Selon BleepingComputer, le nombre d'incidents supply chain liés aux registres de conteneurs a augmenté de 340% entre 2024 et 2026.

Impact et exposition

Toute organisation ayant tiré des images depuis Docker Hub sur la fenêtre août 2024 – septembre 2026 est potentiellement exposée, en particulier si ces images provenaient de comptes ayant effectué une conversion de type compte personnel vers organisation durant cette période. L'exploitation ne génère aucun log caractéristique côté consommateur. Les pipelines CI/CD automatisés qui rebuild à partir de tags (latest, stable, v2.x) sans vérification de digest sont les plus vulnérables.

Recommandations

  • Immédiat : révoquer tous les PAT Docker Hub inactifs ou de durée supérieure à 90 jours dans votre organisation.
  • Vérifier les digests SHA256 des images critiques tirées depuis août 2024 en les comparant aux checksums officiels publiés par les mainteneurs.
  • Activer la vérification de signature d'images dans vos pipelines (Sigstore/Cosign ou Docker Content Trust) — traiter les images non signées comme non fiables.
  • Auditer les logs Docker Hub de votre organisation pour identifier tout push inhabituel sur la fenêtre d'exposition.
  • Envisager la migration vers un registre privé interne (Harbor, GitLab Container Registry, AWS ECR) pour les images utilisées en production.

Alerte supply chain

Si votre pipeline CI/CD tire des images depuis des comptes Docker Hub ayant effectué une conversion organisationnelle entre août 2024 et septembre 2026, auditez immédiatement vos digests. La fenêtre d'exposition était silencieuse : aucune alerte automatique, aucun log anormal côté consommateur.

Comment vérifier si une image Docker Hub a été modifiée par CVE-2026-105445 ?

La seule méthode fiable est la comparaison des digests SHA256. Récupérez le digest de l'image avec docker inspect image:tag et comparez-le aux checksums publiés dans les release notes officielles du mainteneur. Un digest différent doit déclencher une investigation approfondie. Activez Cosign si le mainteneur publie ses clés de signature — seul moyen d'authentifier cryptographiquement la provenance d'une image.

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