En bref

  • Amazon a publié ses résultats du troisième trimestre 2026 : AWS a enregistré une croissance de 39,3 % pour atteindre 46 milliards de dollars de chiffre d'affaires, son rythme le plus rapide depuis près de cinq ans.
  • La demande en infrastructure IA est le moteur principal de cette accélération, avec un volume de tokens Amazon Bedrock multiplié par 17 sur un an ; Amazon dépensera environ 220 milliards de dollars en capex sur l'ensemble de l'exercice 2026.
  • Malgré ces records opérationnels, le BPA d'Amazon a manqué les estimations des analystes, entraînant une chute de plus de 7 % du titre en after-hours.

Ce qui s'est passé

Amazon a dévoilé le 4 novembre 2026 ses résultats financiers pour le troisième trimestre clos le 30 septembre 2026. L'événement central de cette publication est la performance d'Amazon Web Services (AWS) : avec un chiffre d'affaires de 46 milliards de dollars et une croissance de 39,3 % en glissement annuel, la division cloud d'Amazon affiche sa progression la plus rapide depuis presque cinq ans. Ce résultat dépasse les 36,7 % du trimestre précédent et constitue une accélération nette par rapport à la trajectoire des 18 derniers mois.

La rentabilité d'AWS est tout aussi remarquable que sa croissance. Le résultat opérationnel de la division a progressé de 55 % pour atteindre 17,8 milliards de dollars, confirmant l'effet de levier structurel du modèle cloud. AWS représente désormais environ 63 % du résultat opérationnel total d'Amazon, alors qu'il ne génère qu'un peu moins d'un quart du chiffre d'affaires consolidé. Cette concentration des profits sur une division unique illustre à quel point le cloud est devenu le moteur économique central du groupe de Seattle, bien au-delà de son activité de commerce en ligne historique.

Le principal moteur de cette accélération est sans ambiguïté la demande en infrastructure d'intelligence artificielle. Amazon a révélé que le volume de tokens traités par Amazon Bedrock — sa plateforme d'accès aux grands modèles de langage — a été multiplié par 17 sur un an. Bedrock propose des modèles de plusieurs éditeurs et constitue l'interface principale d'AWS pour les applications d'IA générative enterprise. Cette multiplication par 17 du volume de tokens, sur une plateforme déjà à l'échelle mondiale, traduit une adoption enterprise de l'IA générative qui a basculé du mode expérimental vers le déploiement en production à grande échelle.

Pour soutenir cette demande, Amazon a engagé des investissements en capital massifs. L'entreprise confirme un budget de dépenses d'investissement (capex) d'environ 220 milliards de dollars pour l'ensemble de l'exercice 2026, répartis entre la construction de datacenters, l'achat de puces GPU et TPU, et le déploiement d'infrastructures réseau à l'échelle mondiale. Ces dépenses ont un impact immédiat sur la génération de trésorerie : le free cash flow trailing d'Amazon est devenu négatif, une situation inhabituelle pour le groupe, qui traduit un cycle d'investissement massif dont les retours sont attendus dans les exercices 2027 et 2028.

Le carnet de commandes d'AWS, qui mesure les engagements fermes de clients pour des services cloud futurs, a atteint 578 milliards de dollars. Ce chiffre record représente plusieurs années de chiffre d'affaires d'AWS au rythme actuel et témoigne de la solidité de la demande enterprise à long terme. Les grandes entreprises et organisations gouvernementales signent des contrats pluriannuels avec AWS pour sécuriser leur accès à la puissance de calcul IA, dans un contexte où la capacité GPU mondiale est encore largement insuffisante par rapport aux besoins exprimés.

Andy Jassy, PDG d'Amazon, a profité de la publication pour donner des projections de croissance particulièrement confiantes : il anticipe une croissance d'AWS supérieure à 40 % à la fois en 2027 et en 2028. Ces prévisions, inhabituellement précises et positives pour un dirigeant de cette envergure, reflètent la visibilité exceptionnelle que confèrent les contrats à long terme et la conviction que l'adoption enterprise de l'IA n'en est qu'à ses débuts. Amazon prévoit notamment d'accélérer le déploiement de ses puces propriétaires Trainium 3 et Inferentia 4, développées spécifiquement pour l'inférence de grands modèles à grande échelle, selon des sources citées par GeekWire.

Le tableau est cependant contrasté au niveau du groupe consolidé. Le chiffre d'affaires total d'Amazon pour le trimestre s'est établi à 201,9 milliards de dollars, en hausse de 12 % sur un an. Mais le bénéfice par action (BPA) de 1,89 dollar a manqué les estimations consensuelles des analystes, entre 1,96 et 1,97 dollar selon les sources. Amazon a expliqué en partie ce manque par l'effet du décalage de Prime Day, qui a réduit la croissance du chiffre d'affaires total d'environ quatre points de pourcentage au troisième trimestre. En réaction, le titre Amazon a chuté de plus de 7 % dans les échanges after-hours, illustrant les exigences élevées que les marchés imposent aux entreprises en phase d'investissement massif.

Cette publication survient simultanément aux résultats des autres hyperscalers. D'après les données disponibles, Google Cloud a enregistré une forte croissance de son chiffre d'affaires cloud pour le même trimestre, portée par la migration de clients vers Vertex AI, sa plateforme IA d'entreprise. Microsoft Azure avait déjà publié une croissance de 48 % pour son trimestre fiscal décalé. La convergence de ces résultats confirme que le marché du cloud d'entreprise est entré dans une phase de super-cycle de croissance tirée par l'IA, comparée par plusieurs analystes à l'explosion du cloud public entre 2010 et 2015.

Pourquoi c'est important

Les résultats d'AWS confirment une tendance structurelle majeure : l'IA générative est en train de transformer le marché du cloud de la même manière que la virtualisation l'a transformé à la fin des années 2000. Les entreprises qui avaient déplacé leurs workloads vers le cloud pour des raisons d'économie et de flexibilité sont désormais poussées à augmenter leur consommation cloud pour alimenter leurs projets d'IA, créant un effet de levier double pour les hyperscalers. Cette dynamique explique pourquoi AWS peut afficher simultanément sa croissance la plus rapide depuis cinq ans et des dépenses d'investissement records.

Pour les DSI et responsables IT en France et en Europe, ces chiffres ont des implications concrètes sur les négociations contractuelles avec AWS. Un carnet de commandes de 578 milliards de dollars et des prévisions de croissance supérieure à 40 % signifient qu'AWS est en position de force commerciale — ce qui peut se traduire par des délais d'approvisionnement en GPU, des prix d'API plus élevés, ou une moindre flexibilité tarifaire sur les nouveaux contrats. Les organisations qui n'ont pas encore sécurisé leur accès à la capacité de calcul IA via des contrats Reserved Instances ou Savings Plans risquent de faire face à une concurrence accrue pour la capacité disponible.

Du point de vue de la concentration du marché, la domination croissante d'AWS, Azure et Google Cloud dans l'infrastructure IA soulève des questions réglementaires en Europe. La Commission européenne a ouvert des enquêtes sur les pratiques des hyperscalers dans le cadre du Digital Markets Act (DMA). Les résultats du T3 2026, qui montrent une accélération simultanée de la croissance chez les trois grands, alimenteront ces discussions sur la dépendance des entreprises européennes à des fournisseurs d'infrastructure américains pour leurs projets d'IA stratégiques.

Enfin, le niveau des investissements en capex (220 milliards de dollars pour Amazon seul en 2026, auxquels s'ajoutent des montants comparables chez Google et Microsoft) pose la question de la durabilité environnementale du boom de l'IA. Les datacenters d'AWS consomment des quantités croissantes d'eau pour le refroidissement et d'électricité, dans un contexte où plusieurs régions américaines et européennes connaissent déjà des tensions sur les réseaux électriques. La transition vers des puces propriétaires comme Trainium 3 est en partie motivée par des objectifs d'efficacité énergétique, mais la croissance brute des volumes dépasse les gains d'efficacité unitaire.

Ce qu'il faut retenir

  • AWS (+39,3 %, 46 Md$) a enregistré sa croissance la plus rapide depuis 5 ans, portée par la demande IA : le volume Bedrock a été multiplié par 17 sur un an — signe que l'IA générative enterprise est passée en production.
  • Amazon prévoit une croissance AWS supérieure à 40 % en 2027 et 2028, avec 220 Md$ de capex 2026 : les organisations doivent sécuriser dès maintenant leur accès aux capacités de calcul IA pour éviter des délais et surcoûts futurs.
  • Malgré la performance opérationnelle, le BPA a manqué les estimations et l'action a chuté de 7 % — rappel que les marchés jugent les hyperscalers sur leur capacité à transformer l'investissement massif en rentabilité mesurable à court terme.

Comment les PME européennes peuvent-elles bénéficier de la croissance AWS sans se retrouver prisonnières d'un fournisseur unique ?

La stratégie recommandée est le multi-cloud actif : utiliser AWS pour ses services différenciants (Bedrock, SageMaker, puces propriétaires Trainium) tout en maintenant une architecture avec des couches d'abstraction (Kubernetes, Terraform, OpenTelemetry) permettant de migrer des workloads vers Azure ou GCP si nécessaire. Sur le plan contractuel, les Reserved Instances sur 1 an offrent des réductions de 30 à 40 % par rapport au tarif à la demande sans engagement pluriannuel contraignant. Les PME peuvent également exploiter les programmes de crédits cloud pour financer les phases d'expérimentation IA sans risque financier immédiat.

Besoin d'un accompagnement expert ?

Ayi NEDJIMI vous accompagne sur vos projets cybersécurité et IA.

Prendre contact