En bref

  • Alphabet (maison mère de Google) publie un chiffre d'affaires de 127,6 milliards de dollars au T3 2026, en hausse de 25 % sur un an — son 13e trimestre consécutif de croissance à deux chiffres.
  • Google Cloud est la star du trimestre : ses revenus ont doublé à 30,7 milliards de dollars grâce à l'infrastructure IA, aux ventes de TPU et aux solutions d'entreprise, se rapprochant d'Azure de Microsoft.
  • Gemini franchit le milliard d'utilisateurs actifs ; Alphabet atteint un rythme annualisé de plus de 500 milliards de dollars de revenus, mais affiche un free cash flow négatif de 9,1 milliards du fait des dépenses d'infrastructure.

Ce qui s'est passé

Alphabet Inc. a publié le 28 octobre 2026 ses résultats financiers pour le troisième trimestre de l'exercice 2026, période s'étalant de juillet à septembre. Les chiffres dépassent les attentes des analystes sur tous les indicateurs clés : le chiffre d'affaires consolidé atteint 127,6 milliards de dollars, en hausse de 25 % par rapport à la même période de l'année précédente. C'est le 13e trimestre consécutif de croissance à deux chiffres pour le conglomérat technologique, qui franchit désormais un rythme annualisé de plus de 500 milliards de dollars — une première dans l'histoire de l'entreprise.

La pièce maîtresse de ce trimestre est sans conteste Google Cloud Platform (GCP). Avec des revenus en hausse de 103 % à 30,7 milliards de dollars, la division cloud d'Alphabet a littéralement doublé sa taille en un an. Cette performance spectaculaire s'explique par plusieurs facteurs convergents : la demande explosive pour l'infrastructure IA (GPU A3 Ultra et TPU v5p), les ventes croissantes des puces maison TPU (Tensor Processing Units) à des clients tiers souhaitant s'affranchir de la dépendance Nvidia, et la montée en puissance des solutions d'IA d'entreprise basées sur Gemini.

Les TPU représentent désormais une ligne de revenus significative pour Alphabet. Longtemps développés exclusivement pour usage interne, ces processeurs spécialisés dans l'inférence et l'entraînement de modèles d'IA sont désormais commercialisés via Google Cloud à des entreprises cherchant des alternatives aux GPU Nvidia, dont les délais de livraison et les prix restent élevés. Selon le transcript de l'appel aux analystes cité par Marketbeat, les ventes de TPU ont contribué de manière significative à la croissance de GCP, sans que le montant exact soit divulgué.

Google Search, qui reste le moteur de revenus d'Alphabet, a également surpris positivement. Les revenus publicitaires de Search ont progressé de 12 % sur un an, avec une croissance du volume de requêtes atteignant son plus haut niveau en cinq ans. Ce résultat est d'autant plus notable qu'il intervient dans un contexte de concurrence accrue de la recherche IA — OpenAI, Perplexity et d'autres acteurs captant une part croissante des requêtes informatives. Alphabet attribue cette résilience à l'intégration profonde de Gemini dans Search via les AI Overviews, qui améliorent la qualité des résultats et la rétention des utilisateurs.

Gemini, l'assistant IA d'Alphabet, a franchi le cap symbolique du milliard d'utilisateurs actifs au cours du trimestre. Cette annonce, faite lors de l'appel aux analystes, place Gemini dans une catégorie très restreinte de produits IA ayant atteint une adoption à l'échelle de la population mondiale en moins de deux ans. L'intégration de Gemini dans l'ensemble de l'écosystème Google — Search, Gmail, Google Workspace, Android, Chrome — a joué un rôle déterminant dans cette croissance. Alphabet indique que les utilisateurs de Workspace utilisant les fonctionnalités Gemini génèrent 40 % d'engagement supplémentaire avec la suite bureautique.

Sur le plan des dépenses d'infrastructure, Alphabet a investi 51,4 milliards de dollars en dépenses d'investissement (capex) au cours du seul troisième trimestre — un montant qui dépasse le capex annuel de nombreux groupes du CAC 40. Ce niveau d'investissement, principalement destiné aux centres de données et à l'infrastructure de calcul IA, a conduit à un free cash flow négatif de 9,1 milliards de dollars pour le trimestre — la première fois qu'Alphabet publie un FCF négatif depuis plusieurs années. Les dirigeants ont justifié cet investissement comme nécessaire et stratégique pour maintenir la position de Google dans la course à l'infrastructure IA.

La rivalité avec Microsoft Azure prend une nouvelle dimension avec ces résultats. Azure a généré 33,2 milliards de dollars de revenus cloud au même trimestre (Microsoft fiscal Q1 FY2027), soit un écart de seulement 2,5 milliards avec GCP. Il y a un an, l'écart entre les deux divisions cloud était de plus de 10 milliards. Si la croissance de GCP se maintient à son rythme actuel, Google Cloud devrait dépasser Azure en revenus trimestriels d'ici un à deux trimestres — une éventualité qui aurait semblé improbable il y a encore 18 mois.

La situation vis-à-vis d'AWS d'Amazon reste différente : AWS génère environ 45 milliards de dollars de revenus cloud par trimestre, avec une marge opérationnelle nettement supérieure à celle de GCP. Mais Alphabet fait valoir un avantage différenciant majeur : l'intégration verticale totale de sa pile IA, depuis les puces (TPU) jusqu'aux modèles fondationnels (Gemini) en passant par les outils de déploiement et les applications d'entreprise. Cette intégration lui permet de proposer des solutions IA complètes sans dépendre de fournisseurs tiers, un argument de plus en plus décisif auprès des grandes entreprises cherchant à réduire leur dépendance à Nvidia et à OpenAI.

Pourquoi c'est important

Le doublement des revenus de Google Cloud en un an n'est pas qu'un événement financier : c'est la confirmation que la course à l'infrastructure IA redistribue les cartes du marché cloud mondial. Pendant des années, le marché cloud était structuré autour d'un duopole AWS-Azure, avec Google Cloud en position de challenger lointain. Les résultats du Q3 2026 montrent que cette configuration est en train de basculer : GCP gagne du terrain à une vitesse inédite, portée par une demande d'infrastructure IA que seuls les acteurs disposant à la fois des puces, des modèles et de l'expérience datacenter peuvent satisfaire pleinement.

Pour les entreprises françaises et européennes qui font des choix d'infrastructure cloud à moyen terme, ces résultats modifient l'équation concurrentielle. Google Cloud n'est plus le troisième choix par défaut derrière AWS et Azure : c'est désormais un acteur aux capacités comparables sur les workloads IA, avec des avantages spécifiques sur l'inférence TPU et les outils d'IA d'entreprise. Les DSI et directeurs IT devront réévaluer leurs stratégies multi-cloud à la lumière de cette évolution, en prenant en compte non seulement les coûts actuels mais les trajectoires d'investissement et d'innovation des trois grands.

Le milliard d'utilisateurs Gemini est aussi un signal stratégique majeur. Il confirme qu'Alphabet a réussi à transformer son retard initial sur ChatGPT d'OpenAI en une position compétitive solide, grâce à sa capacité unique à distribuer Gemini via son écosystème de produits existants. Pour les éditeurs de logiciels et les startups IA qui choisissent une plateforme fondationnelle, la base d'un milliard d'utilisateurs crée un effet réseau et une disponibilité de données d'utilisation qui sont des avantages compétitifs durables.

Enfin, le free cash flow négatif mérite une attention particulière. Alphabet, Microsoft et Amazon investissent collectivement plus de 150 milliards de dollars par trimestre en infrastructure IA — un niveau sans précédent dans l'histoire de l'industrie technologique. La question de la rentabilisation de ces investissements reste entière : les revenus cloud croissent vite, mais les dépenses d'infrastructure croissent encore plus vite. Si cette dynamique se prolonge, elle pourrait créer des pressions sur les valorisations et pousser les hyperscalers à revoir leur approche, avec des répercussions sur les tarifs cloud et la disponibilité des capacités pour leurs clients.

Ce qu'il faut retenir

  • Alphabet dépasse 127,6 Md$ de CA au T3 2026 (+25 %), avec Google Cloud qui double à 30,7 Md$ — l'écart avec Azure de Microsoft n'est plus que de 2,5 Md$.
  • Gemini atteint 1 milliard d'utilisateurs actifs, confirmant la capacité d'Alphabet à déployer ses modèles IA à l'échelle mondiale via son écosystème.
  • Le FCF négatif de -9,1 Md$ illustre l'intensité des investissements infrastructure : 51,4 Md$ de capex en un seul trimestre, une course dont l'issue reste incertaine pour les trois hyperscalers.

Google Cloud peut-il vraiment dépasser Azure en revenus d'ici 2027 ?

À son rythme de croissance actuel (+103 % annuel), Google Cloud pourrait mathématiquement dépasser Azure (qui croît à +48 %) d'ici un à deux trimestres. Cependant, plusieurs facteurs pourraient ralentir cette trajectoire : la base de revenus de GCP est encore plus petite et donc mécaniquement plus facile à faire croître en pourcentage ; la croissance des ventes de TPU est difficile à prédire ; et Microsoft bénéficie d'un avantage structurel fort via l'intégration de Copilot dans M365, qui génère des revenus cloud directement liés aux licences entreprise. Le dépassement est possible mais loin d'être certain.

Besoin d'un accompagnement expert ?

Ayi NEDJIMI vous accompagne sur vos projets cybersécurité et IA.

Prendre contact