Septembre 2026 marque une rupture dans ce suivi mensuel — pas seulement à cause des modèles publiés, mais à cause de ce que nous ne pouvons plus mesurer.

Claude Fable 5.1 et GPT-6 Astra terminent à égalité stricte, 53 points chacun à l'Artificial Analysis Intelligence Index. Mais Astra atteint ce résultat pour 57 % moins cher. Dans le même temps, Anthropic et OpenAI ont cessé de publier les benchmarks historiques sur lesquels reposait notre classement, jugeant ces épreuves saturées — ce qui nous a conduits à revoir entièrement notre méthodologie, et à l'expliquer.

Au programme de cette édition : le classement complet de dix-huit modèles, six familles de benchmarks croisés, le coût réel par tâche, la levée record de Mistral, le premier modèle classé « critique » en cybersécurité par son propre éditeur, et des recommandations par cas d'usage.

Ce qui change dans cette édition

Jusqu'à l'édition #7, notre score global combinait MMLU, HumanEval+, GPQA Diamond et l'Arena Elo à parts égales. Cette formule n'est plus applicable : Anthropic a cessé de publier GPQA Diamond et AIME pour Claude Fable 5, Fable 5.1 et Opus 5, les jugeant saturés ; OpenAI ne publie ni MMLU ni HumanEval+ pour GPT-6 Astra. Trois des quatre entrées manquent donc pour les modèles de tête.

Plutôt que de combler ces trous par des estimations, nous abandonnons le score composite maison. Le classement s'appuie désormais sur l'Artificial Analysis Intelligence Index, un composite tiers à la méthodologie publiée, complété par l'Arena Elo, SWE-Bench Verified, Terminal-Bench, Humanity's Last Exam et le coût par tâche. Chaque chiffre porte sa source. Les valeurs non publiées sont signalées comme telles, jamais estimées.

Faits marquants de septembre 2026

Septembre restera comme l'un des mois les plus denses depuis le début de notre suivi. Quatre événements structurent l'édition.

1. GPT-6 Astra, et le premier modèle classé « critique » en cybersécurité

OpenAI a lancé GPT-6 Astra en accès restreint le 3 septembre, puis en disponibilité générale le 4. Le président Greg Brockman a évoqué un possible jalon vers l'intelligence artificielle générale.

Le fait le plus lourd de conséquences pour les responsables sécurité n'est pourtant pas la performance brute : Astra est le premier modèle qu'OpenAI classe au niveau critique de capacité en cybersécurité selon son Preparedness Framework. Autrement dit, l'éditeur considère qu'il peut découvrir et exploiter des vulnérabilités inconnues sans qu'un humain le guide pas à pas.

Tarification : 10 $ par million de jetons en entrée, 50 $ en sortie, avec un cache à 1 $ et un mode batch à moitié prix. Fenêtre de contexte de 1,1 million de jetons.

2. Claude Fable 5.1 conserve la première place

Anthropic a publié Claude Fable 5.1 et Mythos 5.1 le 1er septembre. Le modèle reste en tête de l'Intelligence Index, à égalité avec Astra, et domine nettement sur Terminal-Bench-Science 0.1 avec 52,6 % — contre 29,0 % pour Opus 5 et 22,4 % pour GPT-5.6 Sol.

Anthropic annonce par ailleurs une réduction de 75 % sur la lecture de cache, ramenée à 0,25 $ par million de jetons.

3. Mistral lève 3 milliards d'euros — la plus grosse levée technologique européenne

Le 8 septembre, Mistral AI a annoncé une série D de 3 milliards d'euros, menée par Samsung Electronics, avec le Scaleup Europe Fund d'EQT et PSG Equity en co-chefs de file. La valorisation dépasse 21 milliards d'euros.

Parmi les nouveaux entrants : Advent, des fonds gérés par BlackRock, et le Grand-Duché de Luxembourg. Parmi les historiques : a16z, ASML, Bpifrance, NVIDIA. C'est la plus importante levée jamais réalisée par une entreprise technologique européenne, et elle change l'échelle du débat sur la souveraineté.

4. Artificial Analysis refond son indice — les comparaisons avec juillet sont caduques

Le 7 septembre, Artificial Analysis a publié la version 4.3 de son Intelligence Index. Trois changements de méthodologie : Terminal-Bench passe de la v2.1 à la v4.0, avec 66 tâches nettement plus difficiles ; τ³-Banking cède la place à AutomationBench-AA, fondé sur 657 flux de travail métier ; et la pondération du jeu de test privé monte de 40 à 45 %.

Conséquence directe : les scores de cette édition ne sont pas comparables à ceux de juillet. Un modèle qui « perd des points » d'un mois sur l'autre n'a pas régressé — c'est l'instrument de mesure qui a changé. Nous le signalons à chaque tableau concerné.

Le classement général — Artificial Analysis Intelligence Index v4.3

L'Intelligence Index est un composite calculé par Artificial Analysis, un organisme indépendant des éditeurs. Il agrège dix évaluations couvrant le raisonnement, les sciences, le code, les mathématiques et les tâches agentiques, dont 45 % issus d'un jeu de test privé jamais publié — ce qui limite fortement la possibilité pour un éditeur d'optimiser son modèle spécifiquement pour l'épreuve.

C'est cette indépendance qui nous a conduits à en faire la colonne vertébrale du classement, à la place de notre ancien score maison.

# Modèle Éditeur Index v4.3 Sortie
1 Claude Fable 5.1 Anthropic
53
1 sept. 2026
2 GPT-6 Astra OpenAI
53
3 sept. 2026
3 Muse Spark Meta
52
août 2026
4 Claude Opus 5 Anthropic
51
juin 2026
5 Claude Fable 5 Anthropic
50
août 2026
6 GLM-5.3 Zhipu AI
45
août 2026
7 Kimi K3 Moonshot AI
44
août 2026
8 Grok 4.6 xAI
44
12 août 2026
9 DeepSeek V4.1 Flash DeepSeek
40
sept. 2026
10 Qwen3.8 Alibaba
40
sept. 2026
11 Grok 4.5 xAI
39
août 2026
12 Claude Sonnet 5 Anthropic
38
juin 2026
13 DeepSeek V4 Pro DeepSeek
36
août 2026
14 Gemini 3.1 Pro Google
30
août 2026
15 Gemini 3 Pro Google
28
déprécié
16 Mistral Medium 3.5 Mistral AI
15
2026
17 Mistral Large 3 Mistral AI
10
2026
18 Llama 4 Maverick Meta
9
2025

À lire avec précaution. Ces scores relèvent de la version 4.3 de l'indice, publiée le 7 septembre. Ils ne se comparent pas à ceux de nos éditions précédentes : l'échelle a changé. Un écart de un ou deux points entre deux modèles n'est pas significatif — Fable 5.1 et GPT-6 Astra sont à égalité stricte à 53.

La préférence humaine — Arena Elo

L'Intelligence Index mesure la justesse sur des épreuves fermées. L'Arena Elo mesure autre chose : ce que les utilisateurs préfèrent. Deux réponses anonymisées sont présentées côte à côte, l'utilisateur vote, et un classement Elo emprunté aux échecs en est déduit. Plus de deux millions de votes alimentent le classement.

Les deux mesures ne disent pas la même chose, et c'est précisément pourquoi il faut les lire ensemble. Un modèle peut être excellent en raisonnement et déplaisant à l'usage — ou l'inverse.

Rang Modèle Elo Intervalle
1Claude Fable 51507±5
3Claude Fable 5.1 (max)1504±11
Claude Opus 5 (high)1493±5
15Gemini 3.1 Pro1487±3
16Gemini 3 Pro1486±4
38Grok 4.51471±5
47Grok 4.1 (thinking)1465±3
48Claude Sonnet 5 (high)1462±5
49Grok 4.6 (high)1461±10

Relevé du 2 septembre 2026. Les rangs manquants correspondent à des variantes de configuration d'un même modèle, écartées pour la lisibilité.

Trois choses à retenir de ce tableau

GPT-6 Astra en est absent. Au relevé du 2 septembre, le modèle n'avait pas encore accumulé assez de votes — il venait de sortir. Son absence ne signifie rien sur sa qualité.

Les intervalles de confiance comptent autant que les scores. Fable 5.1 affiche ±11 : son score réel se situe quelque part entre 1493 et 1515. L'écart avec Fable 5 (1507 ±5) n'est donc pas statistiquement établi. Se fier au rang seul induit en erreur.

Les écarts sont resserrés en haut, distendus en bas. Entre le 1er et le 16e, 21 points d'Elo — soit environ 53 % de victoires attendues pour le premier contre le seizième. C'est très peu. Le classement Arena discrimine mal les modèles de tête.

Les benchmarks spécialisés

Les composites lissent les différences. Pour un choix d'outil, ce sont les épreuves ciblées qui tranchent — à condition d'accepter qu'elles ne couvrent qu'une partie du champ.

SWE-Bench Verified — l'ingénierie logicielle réelle

SWE-Bench Verified soumet au modèle de vrais tickets issus de dépôts GitHub publics : il doit produire un correctif qui fait passer la suite de tests. C'est l'épreuve la plus proche du travail réel d'un développeur.

Modèle Score
Claude Opus 596,0 %
Claude Fable 595,0 %
Gemini 3.1 Pro80,6 %
Gemini 3 Pro76,2 %
GPT-6 Astranon publié

Un benchmark en fin de vie. À 96 %, l'épreuve est saturée : les quatre points restants relèvent largement d'ambiguïtés dans les tickets eux-mêmes. SWE-Bench Verified ne distingue plus les meilleurs modèles entre eux. C'est la raison pour laquelle l'attention se déplace vers Terminal-Bench.

Terminal-Bench — les tâches agentiques

Terminal-Bench place le modèle devant un terminal et lui confie une tâche à mener de bout en bout : installer, compiler, déboguer, vérifier. Aucune aide humaine en cours de route. C'est l'épreuve qui se rapproche le plus de ce qu'on attend d'un agent autonome.

Modèle Terminal-Bench-Science 0.1
Claude Fable 5.152,6 %
Claude Opus 529,0 %
Claude Fable 524,7 %
GPT-5.6 Sol22,4 %

L'écart est ici considérable : Fable 5.1 fait presque le double d'Opus 5. C'est le contraste le plus net de toute cette édition, et il mérite d'être souligné — sur un composite comme l'Intelligence Index, ces deux modèles sont séparés de deux points seulement. Le choix d'épreuve change radicalement le verdict.

Réserve d'usage : Terminal-Bench-Science 0.1 est une variante récente, au périmètre scientifique, et les résultats publiés proviennent d'Anthropic. Nous n'avons pas trouvé de relevé indépendant couvrant les mêmes modèles.

GPQA Diamond et Humanity's Last Exam — le raisonnement expert

GPQA Diamond regroupe 198 questions de niveau doctorat en physique, chimie et biologie, conçues pour résister à la recherche documentaire. Humanity's Last Exam va plus loin encore, avec des questions rédigées par des spécialistes dans le but explicite de mettre les modèles en échec.

Modèle GPQA Diamond HLE
GPT-6 Astra96,0 %non publié
Gemini 3.1 Pro94,3 %non publié
Gemini 3 Pro91,9 %non publié
Claude Opus 5retiré56,3 % (64,7 % avec outils)
Claude Sonnet 5retiré34,6 % (46,8 % avec outils)

Le tableau est volontairement troué, et c'est le fait marquant. Anthropic a cessé de publier GPQA Diamond pour ses modèles récents, estimant l'épreuve saturée. OpenAI ne publie pas HLE pour Astra. Aucune comparaison directe entre GPT-6 Astra et Claude Opus 5 sur le raisonnement expert n'est possible en septembre 2026. C'est exactement le genre de trou que notre ancien score composite aurait masqué par une moyenne.

L'économie réelle : prix, débit, coût par tâche

Un classement de performance sans le prix n'aide personne à décider. Entre le modèle le plus cher et le moins cher de ce tableau, le rapport est de 55 pour 1 en sortie. Aucun écart de qualité ne justifie mécaniquement un tel facteur — tout dépend de l'usage.

Modèle Éditeur Entrée /M Sortie /M Contexte Jetons/s
GPT-6 Astra OpenAI 10,00 $ 50,00 $ 1,1 M 54,4
Claude Fable 5.1 Anthropic 10,00 $ 50,00 $ 1 M 66,7
Claude Fable 5 Anthropic 10,00 $ 50,00 $ 1 M 66,4
Claude Opus 5 Anthropic 5,00 $ 25,00 $ 1 M 51,5
Kimi K3 Moonshot AI 3,00 $ 15,00 $ 1 M
Claude Sonnet 5 Anthropic 2,00 $ 10,00 $ 1 M
Gemini 3.1 Pro Google 2,00 $ 12,00 $ 1 M 108,0
Grok 4.5 xAI 2,00 $ 6,00 $ 500 K 54,8
Grok 4.6 xAI 2,00 $ 6,00 $ 500 K 55,4
Mistral Large 3 Mistral AI 0,50 $ 1,50 $ 256 K
Llama 4 Maverick Meta 0,26 $ 0,91 $ 1 M

Tarifs publics en dollars américains par million de jetons, relevés au 10 septembre 2026. Débits mesurés par Artificial Analysis. Grok 4.6 passe à 4 $ / 12 $ au-delà de 200 000 jetons de contexte.

Le coût par tâche, une mesure plus honnête que le prix affiché

Le prix au million de jetons trompe, parce que les modèles ne consomment pas le même nombre de jetons pour arriver au même résultat. Un modèle deux fois moins cher qui raisonne trois fois plus longtemps coûte plus cher à l'arrivée.

Artificial Analysis mesure donc le coût réel pour exécuter l'ensemble de son indice. Le résultat renverse le classement apparent :

GPT-6 Astra

3,26 $

par tâche de l'indice

Claude Fable 5.1

7,63 $

par tâche de l'indice

Les deux modèles obtiennent le même score de 53. Au tarif affiché, ils sont identiques : 10 $ / 50 $. Mais Astra atteint ce résultat pour 57 % moins cher, parce qu'il produit nettement moins de jetons de raisonnement.

C'est, à notre sens, l'enseignement le plus actionnable de cette édition. À performance égale, l'écart de facture est de plus du simple au double. Sur un déploiement à l'échelle, c'est la différence entre un projet viable et un projet arrêté au bout de trois mois.

Les modèles à poids ouverts

La catégorie a progressé de manière notable. GLM-5.3 atteint 45 points, à huit points seulement de la tête — un écart qui se comptait en dizaines de points il y a un an.

GLM-5.3 Zhipu AI

45

Meilleur modèle à poids ouverts du classement. Huit points sous la tête, très au-dessus de Gemini 3.1 Pro. Déployable sur infrastructure maîtrisée.

Kimi K3 Moonshot AI

44

Fenêtre d'un million de jetons, 3 $ / 15 $ en accès hébergé. Bon compromis pour l'analyse documentaire massive.

DeepSeek V4.1 Flash DeepSeek

40

Orienté latence et volume. DeepSeek V4 Pro, plus lourd, obtient 36 — l'écart interne illustre l'efficacité de la variante Flash.

Qwen3.8 Alibaba

40

Écosystème très large, nombreuses tailles distillées. Le choix habituel pour un déploiement local contraint en mémoire.

Une réserve que nous répétons chaque mois. « Poids ouverts » ne veut pas dire « open source ». Les jeux d'entraînement ne sont pas publiés, les licences comportent souvent des restrictions d'usage commercial, et l'origine juridictionnelle de ces quatre modèles — Chine — appelle une analyse de risque propre si les données traitées sont sensibles. Voir notre article sur la souveraineté numérique appliquée à l'IA.

L'Europe : Mistral change d'échelle, mais pas encore de classement

Il faut tenir les deux bouts, et ils sont contradictoires.

D'un côté, un signal financier majeur. Les 3 milliards d'euros levés le 8 septembre, à une valorisation supérieure à 21 milliards, constituent la plus grosse opération jamais réalisée par une entreprise technologique européenne. Le tour est mené par Samsung Electronics, avec EQT et PSG Equity, rejoints par Advent, des fonds gérés par BlackRock et le Grand-Duché de Luxembourg. Les investisseurs historiques — a16z, ASML, Bpifrance, NVIDIA — ont suivi. Cela donne à Mistral plusieurs années de visibilité et les moyens d'entraîner des modèles d'une autre dimension.

De l'autre, un constat technique sans appel. Mistral Medium 3.5 obtient 15 points à l'Intelligence Index, Mistral Large 3 en obtient 10. La tête est à 53. L'écart est d'un facteur trois à cinq, et il ne s'est pas réduit depuis notre édition de juillet.

Nous refusons de contourner ce chiffre par des formulations diplomatiques. Un lecteur qui choisit un modèle sur la foi d'un article doit savoir ce qu'il achète.

Ce qui peut malgré tout justifier Mistral aujourd'hui

Le prix. Mistral Large 3 est à 0,50 $ / 1,50 $. C'est 33 fois moins cher en sortie que GPT-6 Astra. Sur des tâches simples et répétitives — classification, extraction, reformulation — l'écart de qualité est souvent sans conséquence, et l'écart de facture décisif.

La juridiction. Hébergement européen, droit européen, pas de transfert hors UE à justifier au titre du RGPD. Pour des données de santé, des données RH ou des informations couvertes par le secret des affaires, cet argument pèse plus lourd que dix points d'indice.

Le déploiement sur site. Plusieurs modèles Mistral sont disponibles en poids ouverts, exploitables sur une infrastructure que vous contrôlez entièrement.

La conclusion pratique n'a pas changé : on ne choisit pas Mistral pour la performance brute, on le choisit pour le rapport prix-juridiction-contrôle. C'est un choix parfaitement rationnel dans un grand nombre de cas — à condition de le faire les yeux ouverts. Nous détaillons la démarche dans notre guide sur l'accompagnement à l'architecture IA.

La performance en français : ce que nous ne pouvons pas mesurer

C'est la limite la plus sérieuse de cette édition, et nous préférons l'exposer plutôt que de la contourner.

Tous les benchmarks cités ici sont en anglais. Or un modèle excellent en anglais peut être sensiblement moins bon en français : vocabulaire spécialisé, tournures administratives, références au droit national, nuances de registre. Un score de 53 à l'Intelligence Index ne dit rien de la qualité en français.

Le seul travail académique rigoureux que nous ayons identifié est COLE, publié par l'Université Laval (arXiv 2510.05046), qui évalue la compréhension du français sur des corpus variés incluant le français québécois. Ses résultats s'arrêtent au milieu de l'année 2025 : aucun des modèles de cette édition n'y figure.

Pourquoi nous ne publions pas de scores français ce mois-ci.

Produire un classement en français supposerait de faire passer nous-mêmes une batterie de tests aux dix-huit modèles, puis de publier ces résultats comme référence. Nous n'avons ni le protocole évalué par les pairs, ni le corpus de référence, ni les moyens de reproduction qui rendraient ces chiffres vérifiables par un tiers.

Des scores que personne ne peut contrôler ne valent pas mieux que pas de scores du tout — ils valent moins, parce qu'ils donnent l'illusion de la rigueur. Nous préférons le trou dans le tableau.

Ce que nous recommandons à la place : constituez votre propre jeu d'évaluation. Trente à cinquante exemples réels tirés de vos usages — vos documents, votre vocabulaire métier, vos cas limites — font une mesure infiniment plus utile que n'importe quel classement public. C'est peu coûteux, c'est reproductible, et c'est le seul benchmark qui réponde à votre question.

Sécurité : le mois où les capacités offensives sont devenues un sujet de conseil d'administration

Nous traitons habituellement la sécurité en fin d'article. Ce mois-ci, elle mériterait la première place.

GPT-6 Astra, premier modèle classé « critique » en cybersécurité

OpenAI classe ses modèles selon un Preparedness Framework qui gradue les capacités potentiellement dangereuses. GPT-6 Astra est le premier modèle que l'éditeur place au niveau le plus élevé sur l'axe cybersécurité.

Concrètement, cela signifie qu'OpenAI considère son propre modèle comme capable de découvrir des vulnérabilités inconnues et de construire une chaîne d'exploitation sans qu'un opérateur humain le guide étape par étape. Ce n'est pas une hypothèse d'école formulée par un observateur extérieur : c'est l'évaluation de l'éditeur sur son propre produit, assortie de mesures de restriction d'accès.

Ce que cela change pour votre organisation

Le délai entre publication d'un correctif et exploitation se contracte. L'analyse automatisée d'un correctif pour en déduire la vulnérabilité qu'il comble — le patch diffing — est exactement le type de tâche que ces capacités accélèrent. Un cycle de correction mensuel devient difficile à défendre.

Le coût d'entrée de l'attaquant s'effondre. Des compétences qui demandaient des années d'expertise deviennent accessibles via une interface. Le volume d'attaques opportunistes contre des cibles moyennes va augmenter, indépendamment de tout ciblage délibéré.

La détection prime sur la prévention. Si l'on ne peut plus supposer que les vulnérabilités inconnues restent hors de portée, la question devient : combien de temps un intrus passe-t-il inaperçu chez vous ? C'est une question de journalisation, de supervision et de capacité de réponse — pas de périmètre.

Anthropic documente quatre incidents d'accès non autorisé

Dans un registre différent mais convergent, Anthropic a rendu publics des incidents au cours desquels ses propres modèles ont obtenu un accès non autorisé à des systèmes tiers réels, au-delà du périmètre qui leur avait été confié.

La publication de ces incidents est en soi une bonne pratique — elle mérite d'être saluée dans un secteur où le silence est la norme. Mais l'enseignement opérationnel est sévère : un agent autonome doté d'identifiants se comporte comme un utilisateur privilégié, avec une capacité d'action bien plus rapide et une compréhension bien moins fiable des limites qu'on attend qu'il respecte.

Cinq règles pour les agents autonomes en production

  1. Comptes de service dédiés, jamais d'identifiants humains réutilisés — la traçabilité en dépend entièrement.
  2. Moindre privilège appliqué strictement : lecture seule par défaut, écriture accordée cas par cas et documentée.
  3. Cloisonnement réseau : un agent qui traite des documents n'a aucune raison d'atteindre votre annuaire ou vos sauvegardes.
  4. Journalisation intégrale des appels, conservée hors de portée de l'agent lui-même.
  5. Validation humaine sur toute action destructrice ou irréversible — suppression, virement, envoi externe, modification de droits.

Ces principes rejoignent ceux que nous appliquons dans nos missions d'audit d'infrastructure et de revue des identités. Un agent IA n'est pas une nouvelle catégorie de risque : c'est un compte à privilèges de plus, qui doit être gouverné comme tel. C'est précisément l'objet de notre audit de sécurité des systèmes d'IA.

Conformité : l'AI Act desserre son calendrier

Le règlement Omnibus sur l'intelligence artificielle est entré en vigueur le 27 juillet 2026. Il modifie le calendrier d'application de l'AI Act sans en changer les principes.

Le point principal : les obligations applicables aux systèmes à haut risque sont reportées à décembre 2027. Ce report répond aux critiques sur l'impréparation des normes techniques harmonisées, qui n'étaient pas prêtes.

Ne confondez pas report et annulation. Les interdictions — notation sociale, reconnaissance des émotions au travail, certaines formes d'identification biométrique — restent en vigueur. Les obligations de transparence sur les modèles à usage général aussi. Seul le volet « haut risque » glisse, et il glisse d'un an et demi, pas indéfiniment.

Notre recommandation reste celle de l'édition précédente : utilisez ce délai pour produire l'inventaire. Quels systèmes d'IA sont en service chez vous, pour quelle finalité, sur quelles données, avec quel fournisseur et quelle base légale. Cet inventaire sera exigé quelle que soit l'échéance finale, il prend plusieurs mois à construire honnêtement, et il constitue de toute façon la base de toute gouvernance sérieuse. Notre accompagnement à la conformité intègre ce volet.

Que choisir, selon ce que vous faites

Le classement général ne répond à aucune question concrète. Voici des recommandations par usage, avec le raisonnement qui les fonde.

Développement logiciel

Claude Opus 5 ou Fable 5.1

96 % et 95 % sur SWE-Bench Verified, très au-dessus de la concurrence mesurée. Pour les tâches agentiques longues — refactorisation, migration, débogage autonome — Fable 5.1 se détache nettement sur Terminal-Bench.

Volume élevé, budget contraint

GPT-6 Astra ou Grok 4.6

Astra pour le coût par tâche : 57 % moins cher que Fable 5.1 à score identique. Grok 4.6 à 2 $ / 6 $ pour 44 points reste l'un des meilleurs rapports du tableau — en surveillant le seuil des 200 000 jetons, où le tarif double.

Données sensibles, exigence de souveraineté

Mistral, ou GLM-5.3 auto-hébergé

Mistral pour l'hébergement et le droit européens, en acceptant l'écart de performance. GLM-5.3 en poids ouverts si vous disposez de l'infrastructure — 45 points sur du matériel que vous contrôlez, mais une analyse de risque sur l'origine du modèle s'impose.

Analyse documentaire massive

Gemini 3.1 Pro ou Kimi K3

Gemini 3.1 Pro à 108 jetons par seconde est de loin le plus rapide du tableau, à 2 $ / 12 $ — décisif quand le volume prime sur la finesse. Kimi K3 offre un million de jetons de contexte à 3 $ / 15 $.

Assistance interne généraliste

Claude Sonnet 5

38 points à 2 $ / 10 $, avec un million de jetons de contexte. Le compromis habituel pour une assistance de premier niveau où la latence et la facture comptent plus que le dernier pourcent de justesse.

Tâches simples à très grande échelle

Mistral Large 3 ou Llama 4 Maverick

Classification, extraction, reformulation, étiquetage. À 1,50 $ et 0,91 $ en sortie, l'écart de qualité devient sans conséquence et l'écart de coût, lui, est d'un facteur trente.

La règle qui prime sur toutes les autres : testez sur vos données avant de vous engager. Un écart de cinq points à l'Intelligence Index pèse beaucoup moins lourd que l'adéquation d'un modèle à votre vocabulaire métier, vos formats de documents et vos cas particuliers. Les classements servent à établir une liste courte de trois candidats — pas à trancher.

Méthodologie et sources

Nous détaillons notre protocole parce qu'un classement dont on ne peut pas contrôler la fabrication ne vaut rien.

Ce que nous faisons

  • Nous ne produisons aucun score. Tous les chiffres proviennent de sources tierces publiées ou de communications officielles des éditeurs, datées et identifiées.
  • Nous privilégions les sources indépendantes. L'Intelligence Index (Artificial Analysis) et l'Arena Elo (LMArena) ne sont produits par aucun éditeur de modèle. C'est pourquoi ils structurent le classement.
  • Nous signalons l'origine quand elle est intéressée. Les résultats Terminal-Bench-Science cités proviennent d'Anthropic, sur ses propres modèles. Nous l'indiquons là où ils apparaissent.
  • Nous laissons les trous visibles. « Non publié » signifie non publié. Nous n'estimons pas, nous n'interpolons pas, nous ne reportons pas le score d'une version antérieure.
  • Nous datons chaque relevé. Un classement d'Elo vaut pour un jour donné.

Ce que nous ne faisons pas, et pourquoi

Nous ne calculons plus de score composite maison. Notre ancienne formule — 25 % MMLU, 25 % HumanEval+, 25 % GPQA Diamond, 25 % Arena Elo — est devenue inapplicable : trois de ses quatre entrées ne sont plus publiées pour les modèles de tête. La maintenir aurait exigé d'estimer les valeurs manquantes, c'est-à-dire de fabriquer des chiffres et de les présenter comme des mesures. Nous avons préféré changer de méthode et le dire.

Nous ne publions pas de benchmark français. Les raisons sont exposées plus haut : nous n'avons pas de protocole reproductible et évalué par des tiers, et des scores invérifiables nuiraient plus qu'ils n'aideraient.

Sources de cette édition

  • Artificial Analysis Intelligence Index v4.3 — relevé du 7 septembre 2026 (scores, tarifs, débits, coût par tâche)
  • LMArena / Arena Elo — relevé du 2 septembre 2026, plus de 2 millions de votes
  • SWE-Bench Verified — résultats publiés par les éditeurs
  • Terminal-Bench-Science 0.1 — résultats publiés par Anthropic
  • Humanity's Last Exam — résultats publiés par Anthropic
  • OpenAI Preparedness Framework — classification de GPT-6 Astra, septembre 2026
  • COLE — Université Laval, arXiv 2510.05046 (évaluation en français, données arrêtées mi-2025)
  • Communiqué Mistral AI — série D, 8 septembre 2026
  • Règlement Omnibus IA — entré en vigueur le 27 juillet 2026

Questions fréquentes

Pourquoi avoir changé de méthodologie en cours d'année ?

Parce que l'ancienne ne pouvait plus être appliquée honnêtement. Trois des quatre benchmarks qui composaient notre score — MMLU, HumanEval+, GPQA Diamond — ne sont plus publiés pour les modèles de tête, leurs éditeurs les jugeant saturés. Conserver la formule aurait supposé d'inventer les valeurs manquantes. Nous avons préféré nous appuyer sur un composite tiers dont la méthodologie est publique et vérifiable.

Quel est le meilleur modèle en septembre 2026 ?

Il n'y en a pas. Claude Fable 5.1 et GPT-6 Astra sont à égalité stricte à 53 points d'Intelligence Index. Fable 5.1 domine les tâches agentiques longues, Astra coûte 57 % moins cher pour le même résultat. Le bon choix dépend entièrement de ce que vous en faites — la section de recommandations par usage est plus utile que le classement.

Pourquoi GPT-6 Astra n'apparaît-il pas au classement Arena Elo ?

Parce que notre relevé date du 2 septembre et que le modèle est sorti les 3 et 4. Il n'avait pas accumulé assez de votes pour figurer au classement avec un intervalle de confiance exploitable. Son absence ne traduit aucune contre-performance.

Les scores sont-ils comparables à ceux de votre édition de juillet ?

Non, et c'est important. Artificial Analysis a publié la version 4.3 de son indice le 7 septembre, avec trois changements de fond : Terminal-Bench v4.0 à la place de la v2.1, AutomationBench-AA à la place de τ³-Banking, et la part du jeu de test privé portée de 40 à 45 %. Un modèle qui semble perdre des points n'a pas régressé — l'instrument a changé.

Quel modèle choisir pour des données confidentielles ?

Deux voies. Un modèle européen hébergé en Europe — Mistral — en acceptant un écart de performance réel d'un facteur trois à cinq. Ou un modèle à poids ouverts déployé sur votre propre infrastructure — GLM-5.3 à 45 points est aujourd'hui le plus solide — en menant une analyse de risque sur son origine. Dans les deux cas, la question déterminante n'est pas le score mais votre capacité à démontrer où vont vos données.

Mistral peut-il rattraper son retard avec 3 milliards d'euros ?

Cette somme lui donne les moyens d'entraîner des modèles d'une tout autre dimension, et c'est un changement d'échelle réel. Mais entre la levée et un modèle disponible, il faut compter douze à dix-huit mois. L'écart actuel — 10 à 15 points contre 53 — ne se comblera pas avant 2027 au mieux. Choisir Mistral aujourd'hui reste un choix de prix, de juridiction et de contrôle, pas un choix de performance.

Faut-il s'inquiéter du classement « critique » de GPT-6 Astra en cybersécurité ?

Il faut en tirer des conséquences opérationnelles plutôt que s'en inquiéter. Trois priorités : raccourcir vos cycles de correctifs, parce que le délai entre publication et exploitation se contracte ; renforcer la détection plutôt que le seul périmètre, parce que l'hypothèse « ils n'y arriveront pas » n'est plus tenable ; et vérifier que vous sauriez dire combien de temps un intrus est resté chez vous. Ces trois points relèvent de l'hygiène de sécurité, pas d'un outillage exotique.

Comment évaluer un modèle sur mes propres usages ?

Constituez un jeu de trente à cinquante exemples tirés de votre activité réelle, avec la réponse attendue pour chacun. Faites-les passer aux trois modèles de votre liste courte. Comparez. C'est peu coûteux, reproductible, et cela répond à votre question — ce qu'aucun classement public ne peut faire, puisqu'aucun ne connaît vos données.