En bref

  • Runway a présenté Solaris le 31 août 2026, un modèle IA qui génère des interfaces utilisateur interactives en temps réel, image par image, sans exécuter de code.
  • Solaris est le premier représentant d'une nouvelle catégorie baptisée "Interface World Models", construite sur le moteur de génération vidéo Gen-4.5 de Runway.
  • En accès anticipé, Solaris a été préféré à des interfaces codées par Claude Opus 5 dans 71 % des comparaisons selon l'étude interne de Runway.

Ce qui s'est passé

Le 31 août 2026, la société Runway — pionnière de la génération vidéo par intelligence artificielle — a annoncé Solaris, qu'elle décrit comme le premier "Interface World Model" (IWM). Cette annonce marque une rupture conceptuelle majeure dans la manière d'envisager la création logicielle : là où les outils de génération de code classiques produisent du HTML, du CSS ou du JavaScript exécutable, Solaris génère l'interface directement sous forme de flux vidéo interactif, image par image, en réponse aux actions de l'utilisateur. Le résultat est visuellement identique à une application web, mais il n'y a aucun code qui s'exécute en arrière-plan.

Techniquement, Solaris repose sur le modèle de génération vidéo Gen-4.5 de Runway, auquel a été adjoint un grand modèle de langage (LLM) chargé d'interpréter en temps réel les interactions de l'utilisateur — clics, glisser-déposer, survols, saisies — et de déterminer quelle doit être la réponse visuelle de l'interface. Ce LLM traduit chaque action en un prompt adressé au générateur vidéo, qui produit les prochaines frames. Le résultat est une interface visuelle fluide qui réagit aux interactions de façon cohérente, sans qu'une seule ligne de code ne s'exécute en arrière-plan.

Les démonstrations présentées par Runway illustrent la puissance du concept : un utilisateur peut faire glisser une veste depuis un portant virtuel jusqu'à sa photo pour obtenir un essayage en temps réel, composer une salade en ajoutant des ingrédients par drag-and-drop dans une interface culinaire interactive, ou manipuler une simulation de moteur à combustion. Dans chaque cas, l'interface réagit visuellement avec une cohérence remarquable, même si les objets ne sont pas "réels" au sens informatique du terme : ils sont dessinés par le modèle vidéo, frame après frame, en fonction du contexte et des instructions de l'utilisateur.

Pour positionner Solaris face aux approches concurrentes, Runway a conduit une étude comparative interne. Les testeurs ont évalué des interfaces générées par Solaris face à des pages web codées par Claude Opus 5 — l'un des modèles de génération de code les plus performants du marché à ce jour. Résultat : Solaris a été préféré dans 71 % des cas sur le critère du comportement in-scene (fidélité de l'interface à l'intention de l'utilisateur) et dans 61 % des cas sur le critère du suivi des instructions. Ces chiffres, bien qu'issus d'une étude interne et donc sujets à un biais de confirmation, signalent une percée technologique significative.

Runway reconnaît cependant plusieurs limites importantes dans cette version d'accès anticipé. La lisibilité du texte reste problématique dans certaines configurations, notamment pour les interfaces denses en informations. Les sessions longues souffrent de "dérive temporelle" : plus l'interaction se prolonge, plus le modèle peut diverger de l'état attendu, générant des écrans visuellement convaincants mais incorrects dans leur contenu. Ces problèmes sont inhérents à l'architecture génération-vidéo, qui ne dispose d'aucun état applicatif persistant : Solaris ne sait pas dans quel état est l'application, il prédit uniquement à quoi elle devrait ressembler.

Cette annonce intervient dans un contexte d'accélération générale des modèles génératifs multimodaux. La même semaine, Alibaba a présenté WAN 3.0, un modèle capable de générer jusqu'à 30 secondes de vidéo 1080p avec audio en une seule passe. Ces deux annonces successives témoignent d'une course à la performance dans le domaine des modèles orientés vers l'expérience utilisateur et l'interaction, au-delà de la simple génération de contenu statique.

Solaris est actuellement en accès anticipé fermé. Runway collecte les demandes d'accès via un formulaire en ligne et travaille avec des partenaires clés pour un lancement public dont la date et le modèle tarifaire n'ont pas encore été précisés. La société inscrit Solaris dans une vision plus large : celle d'un internet où les interfaces ne seraient plus des programmes exécutés sur des serveurs, mais des expériences générées à la demande, personnalisées en temps réel selon le contexte, les préférences et les actions de chaque utilisateur.

La question du positionnement commercial de Solaris reste entière. S'agit-il d'un outil de prototypage rapide destiné aux designers UX ? D'une alternative aux plateformes no-code pour des cas d'usage spécifiques comme les expériences e-commerce immersives ? D'un moteur pour des interactions web entièrement nouvelles que les architectures classiques ne permettent pas ? Runway n'a pas encore précisé sa cible principale, laissant aux partenaires en accès anticipé le soin d'explorer et de valider les cas d'usage les plus pertinents.

Pourquoi c'est important

L'émergence des Interface World Models représente une redéfinition radicale du rapport entre intelligence artificielle et logiciel. Jusqu'à présent, l'IA générative dans le domaine du développement se positionnait comme un assistant du développeur : elle aidait à écrire le code, à le déboguer, à le documenter. Solaris franchit une étape qualitativement différente : l'interface elle-même devient le produit généré, éliminant la couche de code intermédiaire. C'est un changement de paradigme dont les implications à long terme sur la profession de développeur front-end et sur le design d'expérience utilisateur méritent d'être prises très au sérieux.

Du point de vue de la sécurité informatique, les Interface World Models soulèvent des questions inédites. Une interface générée par IA ne s'appuie sur aucun code vérifiable : il n'y a pas de source à auditer, pas de bibliothèque de dépendances à scanner pour des vulnérabilités connues, pas de faille d'injection SQL à rechercher. Mais cela crée en contrepartie de nouveaux risques : une interface visuellement convaincante peut afficher des données fictives comme si elles étaient réelles, ou se laisser manipuler via des techniques d'adversarial prompting pour afficher des contenus trompeurs ou malveillants. La notion même de "qu'est-ce qu'une interface sécurisée" devra être entièrement repensée.

Pour les entreprises françaises investissant dans la transformation digitale, Solaris pourrait représenter un accélérateur significatif de prototypage et d'expérimentation. En revanche, la dépendance à un modèle propriétaire américain pour des interfaces sensibles — formulaires RH, interfaces métier confidentielles, outils de gestion de données réglementées — posera des questions de conformité RGPD et de souveraineté numérique que les organisations devront anticiper avant tout déploiement en production.

L'annonce de Solaris s'inscrit dans une dynamique plus large d'évolution des agents IA vers des capacités d'interaction directe avec les interfaces utilisateur. En rendant les interfaces elles-mêmes génératives et plastiques, Runway ouvre un territoire où les frontières entre application, contenu et interaction deviennent fondamentalement floues. Le secteur de la cybersécurité devra développer de nouveaux modèles de menace pour appréhender ces environnements génératifs encore largement inexplorés sur le plan de la sécurité.

Ce qu'il faut retenir

  • Runway Solaris génère des interfaces interactives comme des flux vidéo sans code exécuté : une rupture conceptuelle dans la création logicielle, avec des limites réelles sur les sessions longues et la lisibilité du texte.
  • Le modèle est en accès anticipé fermé depuis le 31 août 2026 ; date et tarifs du lancement public non encore communiqués par Runway.
  • Les Interface World Models soulèvent de nouvelles questions de sécurité et de conformité que les équipes IT doivent anticiper avant tout déploiement sur des données sensibles.

Quelle est la différence entre Solaris et un outil no-code classique comme Bubble ou Webflow ?

Un outil no-code classique génère et exécute du code réel en arrière-plan : il y a un vrai état applicatif, une base de données, des règles métier vérifiables. Solaris ne génère pas de code : il produit des frames vidéo interactives prédites par un modèle d'IA. L'interface n'a pas d'état persistant au sens informatique ; chaque frame est une prédiction visuelle de ce que l'interface devrait montrer. Cela rend Solaris très fluide visuellement mais inadapté aux applications nécessitant une logique métier complexe, une persistance des données ou des intégrations back-end robustes.

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