Le label AirCyber Gold constitue le niveau le plus élevé du programme de maturité cybersécurité déployé par BoostAerospace pour la filière aéronautique, spatiale et de défense. Là où le Bronze valide l'hygiène numérique de base et où le Silver structure la sécurité opérationnelle, le Gold atteste d'une maîtrise complète et démontrable du risque cyber : gouvernance formalisée et portée par la direction générale, système de management de la sécurité de l'information piloté par indicateurs, tests d'intrusion réguliers menés par des tiers indépendants, capacités de détection et de réponse aux incidents en continu, analyse de risques EBIOS Risk Manager approfondie et sécurisation contractuelle de l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement. Ce niveau s'adresse aux grandes entreprises et aux ETI qui occupent une position stratégique dans les programmes d'Airbus, Safran, Thales, Dassault Aviation ou Liebherr Aerospace : fournisseurs de rang 1, détenteurs de données de conception sensibles, opérateurs de moyens industriels critiques ou concepteurs de systèmes embarqués. Obtenir le label demande généralement entre huit et quatorze mois de travail structuré, un budget conséquent et surtout un engagement durable du comité exécutif. Cet article détaille les exigences réelles du niveau Gold, le processus d'évaluation par un évaluateur habilité, la roadmap de passage du Silver au Gold et les points d'attention les plus fréquemment observés sur le terrain.

Qu'est-ce que le label AirCyber Gold ?

AirCyber est le programme de maturité cyber de la filière aérospatiale européenne, opéré par la plateforme BoostAerospace, coentreprise fondée par Airbus, Safran, Thales et Dassault Aviation. Le dispositif est soutenu par le GIFAS, groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, qui en a fait l'un des piliers de sa politique de résilience de la supply chain. L'objectif du programme est simple à énoncer et redoutable à mettre en œuvre : élever de manière homogène le niveau de sécurité de plusieurs milliers de fournisseurs, du sous-traitant de vingt personnes au groupe de plusieurs milliers de collaborateurs, afin qu'une compromission chez un maillon faible ne se propage pas jusqu'aux programmes des donneurs d'ordre.

Le programme est structuré en trois paliers successifs. Le Bronze constitue le socle d'hygiène, aligné sur le guide d'hygiène informatique de l'ANSSI et décliné dans notre checklist des 44 mesures essentielles. Le Silver introduit la formalisation, la traçabilité et la mesure : politiques écrites, processus de gestion des vulnérabilités, plan de continuité, gestion des accès à privilèges. Le Gold, enfin, ne se contente pas de vérifier que des mesures existent : il exige la preuve qu'elles sont pilotées, mesurées, testées et améliorées dans la durée.

Un référentiel de l'ordre de 200 exigences

Selon la version du référentiel en vigueur, le niveau Gold mobilise de l'ordre de deux cents exigences, contre environ une centaine au Silver et une quarantaine au Bronze. Cette progression n'est pas seulement quantitative. Une exigence Gold porte rarement sur l'existence d'un dispositif ; elle porte sur son efficacité démontrée. Là où le Silver demande « disposez-vous d'une procédure de gestion des correctifs ? », le Gold demande « quel est votre délai moyen de correction des vulnérabilités critiques sur les douze derniers mois, comment le mesurez-vous, et que faites-vous des dépassements ? ». Ce basculement de la conformité déclarative vers la performance mesurée constitue la véritable difficulté du niveau.

Les cinq domaines avancés

Les exigences Gold s'organisent autour de cinq grands domaines qui couvrent l'ensemble du cycle de vie de la sécurité. Le premier est la gouvernance et le management du risque : rattachement du RSSI, comité de sécurité, appétence au risque validée, budget dédié, indicateurs remontés au comité exécutif. Le deuxième est la protection technique des systèmes : durcissement, segmentation, chiffrement, gestion des identités et des accès à privilèges, sécurité des environnements industriels et des postes de conception. Le troisième est la détection et la réponse aux incidents : collecte et corrélation des journaux, surveillance continue, procédures d'escalade, exercices de crise. Le quatrième est la résilience et la continuité d'activité : sauvegardes hors ligne testées, plans de reprise éprouvés, objectifs de temps et de point de reprise contractualisés. Le cinquième est la sécurité de la chaîne d'approvisionnement et des tiers : cartographie des fournisseurs, clauses contractuelles, évaluation de leur propre maturité, gestion des accès distants des prestataires.

Pour quels profils d'entreprise ?

Le Gold n'est ni utile ni proportionné à toutes les entreprises de la filière. Il concerne typiquement les organisations qui remplissent au moins l'un des critères suivants : fournisseur de rang 1 travaillant directement avec un avionneur ou un motoriste ; détenteur de données de conception, de plans ou de propriété intellectuelle relevant d'un programme sensible ; opérateur d'un moyen industriel unique dont l'arrêt bloquerait une ligne d'assemblage ; concepteur ou intégrateur de systèmes embarqués ; entreprise soumise par ailleurs à des obligations réglementaires fortes, notamment au titre de la directive NIS 2 ou de la protection du secret de la défense nationale. Pour une PME de rang 3 sans données sensibles, le Silver reste la cible pertinente, et le Bronze un préalable indispensable détaillé dans notre guide d'obtention du label Bronze.

Les exigences AirCyber Gold en détail

Passer en revue les deux cents exigences dépasserait le cadre de cet article. Nous détaillons ici les blocs qui concentrent l'essentiel de la charge de travail et sur lesquels les écarts sont les plus fréquents lors des évaluations.

Gouvernance avancée : la sécurité devient un sujet de direction générale

Au niveau Gold, l'évaluateur ne cherche pas seulement un organigramme. Il cherche des traces de décision. Concrètement, cela signifie disposer d'une politique de sécurité des systèmes d'information validée et signée par la direction générale, révisée au moins annuellement, et déclinée en politiques thématiques opérationnelles : contrôle d'accès, gestion des actifs, télétravail, développement sécurisé, relations fournisseurs. Cela signifie également un RSSI clairement identifié, disposant d'une autonomie de saisine, d'un budget propre et d'un rattachement qui le place hors de la seule direction informatique afin d'éviter le conflit d'intérêts entre disponibilité et sécurité.

Le comité de sécurité doit se réunir à fréquence définie, avec ordre du jour, relevé de décisions et suivi des actions. Les indicateurs présentés sont examinés de près : taux de couverture des correctifs critiques, nombre d'incidents par gravité, délai moyen de détection et de remédiation, taux de réalisation des sensibilisations, résultats des campagnes de faux hameçonnage, avancement du plan de traitement des risques. Un tableau de bord existant mais jamais commenté en comité constitue un écart. Un tableau de bord commenté mais sans décision associée en constitue un autre. La chaîne complète — mesure, analyse, décision, action, vérification — doit être visible.

Un SMSI formalisé, aligné sur la logique ISO 27001

Le Gold n'impose pas la certification ISO 27001, mais il en reprend l'ossature. L'entreprise doit démontrer qu'elle dispose d'un système de management de la sécurité de l'information vivant : périmètre défini et documenté, inventaire des actifs primordiaux et de support tenu à jour, déclaration d'applicabilité justifiant l'inclusion ou l'exclusion de chaque mesure, plan de traitement des risques avec responsables et échéances, programme d'audits internes couvrant l'ensemble du périmètre sur un cycle défini, et revue de direction annuelle produisant des décisions tracées.

Dans la pratique, les organisations déjà certifiées ISO 27001 abordent le Gold avec une avance considérable : l'essentiel du corpus documentaire est réutilisable, et la culture de la preuve est en place. Celles qui partent d'un Silver sans SMSI doivent construire ce socle de management, ce qui représente fréquemment quatre à six mois de travail à elles seules. C'est le poste le plus souvent sous-estimé dans les plannings initiaux.

Tests d'intrusion et sécurité offensive régulière

Le Gold exige une démarche de test offensive périodique et indépendante. Un test d'intrusion annuel sur le périmètre exposé sur Internet constitue le minimum ; les organisations les plus matures y ajoutent des campagnes sur l'annuaire d'entreprise, sur les applications métier critiques, sur les environnements industriels et, le cas échéant, sur les systèmes embarqués. La périodicité doit être justifiée par le risque, pas par le budget : un service exposé hébergeant des données de conception mérite une fréquence supérieure à un site vitrine.

L'évaluateur examine trois éléments : le rapport de test lui-même, incluant le périmètre, la méthodologie et la criticité des découvertes ; le plan de remédiation associé, avec responsables et échéances ; et surtout la preuve de correction effective des vulnérabilités critiques et majeures, idéalement validée par un contre-test. Un rapport de pentest de dix-huit mois dont la moitié des constats critiques restent ouverts est plus pénalisant que l'absence de test, car il démontre une conscience du risque sans capacité de traitement. La compromission de l'annuaire d'entreprise étant le scénario dominant dans les attaques par rançongiciel, un test d'intrusion Active Directory figure quasi systématiquement au programme des organisations visant le Gold.

Détection et réponse : SOC, journalisation et gestion de crise

C'est le domaine qui différencie le plus nettement le Gold du Silver. L'entreprise doit disposer d'une capacité de détection des incidents de sécurité, interne ou externalisée, reposant sur une collecte centralisée des journaux d'événements. Les sources attendues couvrent au minimum les contrôleurs de domaine, les serveurs critiques, les postes de travail via une solution de détection et réponse sur les terminaux, les équipements de sécurité périmétrique, les accès distants et les services d'authentification. La durée de rétention doit être définie et suffisante pour permettre une investigation a posteriori — six mois constituent un plancher raisonnable, douze mois une bonne pratique.

Au-delà de la collecte, le Gold attend une supervision effective : règles de détection documentées, couverture des techniques d'attaque les plus probables, procédure de qualification des alertes, niveaux de service définis pour la prise en charge, et astreinte permettant une réaction en dehors des heures ouvrées. Le recours à un centre opérationnel de sécurité mutualisé est parfaitement admis et constitue souvent la voie la plus réaliste pour une ETI, à condition que le contrat précise le périmètre supervisé, les engagements de délai et les modalités d'escalade.

La réponse à incident doit être formalisée dans un plan opérationnel : rôles et suppléants, arbre d'appel, critères de déclenchement de la cellule de crise, procédures d'isolement, modalités de communication interne et externe, obligations de notification réglementaires et contractuelles — y compris envers les donneurs d'ordre de la filière. Ce plan doit être testé au moins une fois par an lors d'un exercice de crise dont le compte rendu et le plan d'amélioration sont conservés. Un exercice sur table impliquant réellement la direction générale, la communication et le juridique vaut mieux qu'un exercice technique restreint à l'équipe informatique.

EBIOS Risk Manager approfondi

Le Gold demande une analyse de risques conduite selon une méthode reconnue, EBIOS Risk Manager étant la référence attendue dans le contexte français. L'exigence porte sur la profondeur de l'exercice. Les cinq ateliers doivent être menés jusqu'au bout : cadrage et socle de sécurité, identification des sources de risque et de leurs objectifs visés, cartographie des écosystèmes et des parties prenantes critiques, construction de scénarios stratégiques puis opérationnels, et enfin traitement du risque avec arbitrages assumés.

Deux points font régulièrement l'objet d'écarts. Le premier est l'atelier consacré à l'écosystème : beaucoup d'analyses s'arrêtent aux frontières du système d'information de l'entreprise alors que le programme AirCyber vise précisément le risque induit par les tiers, les prestataires infogérants, les éditeurs et les fournisseurs de rang inférieur. Le second est l'articulation entre l'analyse et le plan d'action : les scénarios opérationnels doivent se traduire en mesures concrètes, budgétées et suivies, et non rester un livrable de cabinet rangé dans un répertoire partagé. L'analyse doit enfin être révisée à chaque évolution majeure du système d'information ou du contexte de menace.

Résilience et sécurisation de la chaîne d'approvisionnement

Le volet résilience impose des sauvegardes conformes au principe des trois copies sur deux supports dont une hors site et une hors ligne ou immuable, avec des tests de restauration documentés et périodiques. La restauration complète d'un système critique doit avoir été éprouvée, pas seulement la restauration d'un fichier isolé. Les objectifs de temps de reprise et de perte de données maximale admissible doivent être définis par processus métier, validés par les directions concernées et cohérents avec les engagements pris envers les donneurs d'ordre.

Le volet fournisseurs exige une cartographie des tiers ayant accès au système d'information ou traitant des données sensibles, une classification par criticité, l'insertion de clauses de sécurité dans les contrats, un droit d'audit, des exigences de notification d'incident, et une évaluation périodique du niveau de sécurité des tiers critiques. Concrètement, une entreprise visant le Gold est amenée à demander à ses propres fournisseurs d'engager une démarche AirCyber, ce qui explique l'effet de diffusion recherché par la filière.

Bronze, Silver, Gold : tableau comparatif

CritèreBronzeSilverGold
Nombre d'exigences (ordre de grandeur)Environ 44 mesuresEnviron 100 exigencesEnviron 200 exigences
Logique d'évaluationDéclarative, hygiène de baseFormalisation et traçabilitéEfficacité mesurée et démontrée
Entreprise cibleTPE et PME, rangs 2 et 3PME et ETI, rangs 1 et 2ETI et grands groupes, rang 1 stratégique
GouvernanceRéférent sécurité désignéPolitique SSI et comité périodiqueSMSI complet, revue de direction, indicateurs au comex
Analyse de risquesNon exigée formellementAnalyse simplifiéeEBIOS RM complet, 5 ateliers, révision annuelle
Tests d'intrusionNon exigésRecommandés, périmètre exposéObligatoires, réguliers, remédiation prouvée
Détection et réponseAntivirus et journalisation basiqueJournalisation centralisée, procédure d'incidentSupervision continue, EDR, astreinte, exercices de crise
Chaîne d'approvisionnementSensibilisationClauses contractuelles de baseCartographie, évaluation et audit des tiers critiques
Preuves attenduesAuto-évaluation et quelques justificatifsCorpus documentaire structuréPreuves d'exécution sur 12 mois glissants
Délai d'obtention typique2 à 4 mois4 à 8 mois8 à 14 mois
Budget projet indicatif5 000 à 15 000 €20 000 à 50 000 €60 000 à 150 000 € et plus
Validité et renouvellementRéévaluation périodiqueRéévaluation périodiqueMaintien conditionné au suivi continu des indicateurs

Les budgets indiqués correspondent à des ordres de grandeur observés sur des projets d'accompagnement complets, incluant le conseil, les tests d'intrusion et la constitution du dossier de preuves. Ils excluent les investissements d'outillage lourds — solution de détection sur les terminaux, service de supervision, refonte de la sauvegarde — qui peuvent représenter un montant équivalent ou supérieur selon le point de départ.

Points clés — AirCyber Gold

  • Le Gold est le niveau le plus exigeant du programme AirCyber de BoostAerospace, avec de l'ordre de 200 exigences réparties sur cinq domaines avancés.
  • Il s'adresse aux ETI et grands groupes en position stratégique dans la supply chain d'Airbus, Safran, Thales ou Dassault Aviation.
  • La différence majeure avec le Silver n'est pas le nombre de mesures mais la nature de la preuve : il faut démontrer l'efficacité mesurée dans la durée, pas l'existence d'un dispositif.
  • Quatre chantiers concentrent l'effort : SMSI formalisé, tests d'intrusion avec remédiation prouvée, capacité de détection et de réponse continue, EBIOS Risk Manager approfondi incluant l'écosystème.
  • Le délai réaliste est de 8 à 14 mois, pour un budget projet indicatif de 60 000 à 150 000 € hors investissements d'outillage.
  • Le maintien du label repose sur un suivi continu des indicateurs : le Gold se perd plus facilement qu'il ne s'obtient.

Le processus d'obtention du label Gold BoostAerospace

Le parcours d'obtention suit une trajectoire structurée dont il est déconseillé de brûler les étapes. Les organisations qui se présentent à l'évaluation sans phase de préparation sérieuse échouent rarement de manière spectaculaire ; elles obtiennent un résultat partiel assorti d'un plan d'action lourd, ce qui repousse la labellisation de plusieurs mois et coûte, au total, davantage qu'un accompagnement anticipé.

Étape 1 — Inscription et auto-évaluation approfondie

L'entreprise s'inscrit sur la plateforme AirCyber et renseigne le questionnaire correspondant au niveau visé. À ce stade, la tentation de se surévaluer est forte et systématiquement contre-productive : l'écart entre l'auto-évaluation et le constat de l'évaluateur est le premier signal de maturité insuffisante. Une auto-évaluation lucide, accompagnée d'un plan d'action assumé sur les écarts identifiés, produit une bien meilleure impression qu'un questionnaire uniformément vert.

Étape 2 — Analyse d'écart et plan de mise en conformité

Cette phase, généralement de quatre à huit semaines, consiste à confronter exigence par exigence l'état réel du système d'information et de l'organisation au référentiel Gold. Elle produit trois livrables : une matrice d'écarts priorisée, un plan de traitement chiffré avec responsables et échéances, et une cartographie des preuves à constituer. C'est également le moment de décider des arbitrages structurants : internaliser ou externaliser la supervision, viser ou non la certification ISO 27001 en parallèle, quelle profondeur donner aux tests d'intrusion.

Étape 3 — Mise en œuvre et constitution du dossier de preuves

C'est la phase la plus longue, de quatre à dix mois. Elle combine des chantiers techniques — durcissement, segmentation, déploiement de la détection sur les terminaux, refonte des sauvegardes, gestion des comptes à privilèges — et des chantiers organisationnels — rédaction et validation des politiques, mise en place du comité de sécurité, audits internes, exercices de crise, révision des contrats fournisseurs.

Un point mérite une attention particulière : plusieurs exigences Gold portent sur des preuves d'exécution couvrant une période glissante, typiquement douze mois. Un comité de sécurité trimestriel ne peut pas démontrer une année de fonctionnement en trois semaines. Il faut donc démarrer très tôt les processus récurrents, même de manière imparfaite, quitte à les affiner ensuite. Cette contrainte de temporalité explique une large part de la durée totale du projet et constitue l'erreur de planification la plus fréquente.

Étape 4 — Évaluation par un évaluateur habilité

L'évaluation est conduite par un évaluateur habilité par le programme, indépendant de l'entreprise et, en principe, du prestataire l'ayant accompagnée. Elle se déroule sur plusieurs jours, sur site et à distance, et alterne entretiens avec les fonctions concernées — direction générale, RSSI, direction informatique, production, achats, ressources humaines — et revue documentaire. L'évaluateur pratique le sondage : il choisit des exigences et demande à en voir la matérialisation concrète, y compris par des démonstrations en environnement réel. Il peut demander à voir une console de supervision, un journal de restauration de sauvegarde ou un ticket d'incident réel de bout en bout.

Étape 5 — Rapport, remédiation et attribution

Le rapport d'évaluation liste les conformités, les écarts mineurs et les écarts majeurs. Les écarts majeurs bloquent l'attribution du niveau et doivent être corrigés puis vérifiés. Les écarts mineurs donnent lieu à un plan d'action suivi. Une fois le seuil atteint, le niveau Gold est attribué et publié sur la plateforme, où les donneurs d'ordre peuvent en consulter le statut. Le maintien du label suppose une réévaluation périodique et, entre deux évaluations, la continuité effective des processus mesurés.

Comment passer de Silver à Gold : la roadmap

La majorité des candidats au Gold viennent du Silver. Le delta n'est pas une simple extension du même travail : il change de nature. Notre article dédié aux exigences du niveau Silver et au passage depuis le Bronze détaille le palier précédent ; voici ce qui s'ajoute réellement.

Le delta d'exigences en cinq chantiers

Chantier 1 — Bâtir le SMSI. Périmètre, inventaire des actifs, déclaration d'applicabilité, programme d'audits internes, revue de direction. Trois à six mois. C'est le chantier fondateur : sans lui, les autres produisent des mesures isolées sans système de pilotage.

Chantier 2 — Approfondir l'analyse de risques. Reprendre l'analyse simplifiée du Silver et la conduire en EBIOS Risk Manager complet, en investissant particulièrement l'atelier écosystème et les scénarios opérationnels. Deux à trois mois, avec une forte implication des métiers.

Chantier 3 — Installer la détection et la réponse. Déploiement d'une solution de détection sur les terminaux, centralisation des journaux, souscription à un service de supervision ou montage d'une capacité interne, définition des règles de détection, mise en place de l'astreinte. Trois à six mois, avec le poste budgétaire récurrent le plus élevé.

Chantier 4 — Structurer la sécurité offensive. Programmer les tests d'intrusion selon une cartographie de risque, budgéter la remédiation en amont plutôt qu'en réaction, organiser les contre-tests. Deux à quatre mois par cycle.

Chantier 5 — Contractualiser avec les tiers. Cartographier les fournisseurs, définir des paliers d'exigence par criticité, réviser les contrats avec le juridique et les achats, lancer les évaluations. Quatre à huit mois, car le rythme dépend des cycles contractuels et non de la seule volonté de l'entreprise.

Points d'attention observés sur le terrain

Le premier piège est de traiter le Gold comme un projet de la direction informatique. Une part significative des exigences relève des achats, du juridique, des ressources humaines et de la production industrielle. Sans sponsor au comité exécutif et sans lettre de mission claire, le projet s'enlise sur les sujets transverses.

Le deuxième piège est la sous-estimation de la charge de preuve. Il ne suffit pas d'avoir mis en place une mesure : il faut pouvoir la démontrer avec des artefacts datés, versionnés et cohérents entre eux. Constituer le dossier de preuves au fil de l'eau, dans un espace documentaire structuré selon le référentiel, économise des semaines en fin de parcours.

Le troisième piège concerne les environnements industriels. Machines à commande numérique, bancs d'essai, automates et postes de conception fonctionnent souvent sur des systèmes anciens que l'on ne peut ni corriger ni redémarrer librement. Le Gold n'exige pas l'impossible, mais il exige que le risque soit identifié, arbitré et compensé — par de la segmentation réseau, du contrôle d'accès physique et de la surveillance — plutôt qu'ignoré. Une exclusion documentée et justifiée vaut infiniment mieux qu'un silence.

Le quatrième piège est le maintien dans la durée. Un comité de sécurité qui cesse de se réunir six mois après l'obtention, des indicateurs qui ne remontent plus, un exercice de crise reporté d'année en année : le Gold se perd plus facilement qu'il ne s'obtient. La routine de pilotage installée pendant le projet doit devenir un mode de fonctionnement permanent.

AirCyber Gold, ISO 27001 et NIS 2 : quelles synergies ?

Les entreprises visant le Gold sont fréquemment concernées par d'autres cadres. L'ISO 27001 partage l'essentiel de l'ossature de management : périmètre, appréciation des risques, déclaration d'applicabilité, audits internes, revue de direction. Une organisation certifiée couvre d'emblée une part substantielle du référentiel Gold, et réciproquement, un projet Gold bien conduit place la certification à portée de main.

La directive NIS 2, transposée en droit français, impose aux entités essentielles et importantes des obligations de gestion des risques, de notification d'incident et de sécurisation de la chaîne d'approvisionnement dont la logique recoupe fortement le Gold. Nombre d'acteurs de la filière aérospatiale relèvent des deux dispositifs. Mutualiser les chantiers — une seule analyse de risques, un seul dispositif de détection, un seul plan de réponse à incident déclinant les différentes obligations de notification — évite de payer deux fois le même travail. Notre diagnostic NIS 2 en six questions permet de situer rapidement votre entreprise au regard de cette réglementation avant d'arbitrer la séquence des projets.

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FAQ — AirCyber Gold

Combien de temps faut-il pour obtenir le label AirCyber Gold ?

Comptez huit à quatorze mois pour une entreprise partant d'un niveau Silver acquis, et davantage si le point de départ est le Bronze. Cette durée n'est pas compressible à volonté : plusieurs exigences réclament des preuves d'exécution sur une période glissante d'environ douze mois — réunions de comité, audits internes, exercice de crise, campagnes de sensibilisation, indicateurs de correction des vulnérabilités. Une entreprise déjà certifiée ISO 27001 et disposant d'un service de supervision opérationnel peut viser la borne basse ; une organisation devant construire simultanément son SMSI et sa capacité de détection se situera plutôt au-delà de douze mois.

Le label Gold est-il obligatoire pour travailler avec Airbus, Safran ou Thales ?

AirCyber n'est pas une obligation réglementaire mais une exigence contractuelle progressive de la filière. Les donneurs d'ordre intègrent de plus en plus le niveau de maturité AirCyber dans leurs critères de sélection et de renouvellement de contrat, avec des attentes proportionnées à la criticité du fournisseur. Pour un rang 1 détenant des données de conception ou opérant un moyen industriel unique, le Gold devient de fait une condition d'accès aux appels d'offres les plus stratégiques. Pour un fournisseur de rang 3, le Bronze ou le Silver suffisent généralement.

Quelle est la différence concrète entre AirCyber Silver et AirCyber Gold ?

Le Silver vérifie que les dispositifs existent et sont formalisés ; le Gold vérifie qu'ils fonctionnent et qu'on peut le prouver. Trois différences structurent l'écart : le Gold impose un système de management de la sécurité complet là où le Silver se contente de politiques ; il exige une capacité de détection et de réponse aux incidents en continu là où le Silver demande une journalisation et une procédure ; il rend obligatoires les tests d'intrusion réguliers avec preuve de remédiation là où le Silver les recommande. S'y ajoute l'exigence, propre au Gold, d'évaluer et de contractualiser la sécurité de ses propres fournisseurs critiques.

Peut-on viser directement le Gold sans passer par le Bronze et le Silver ?

Le parcours progressif reste très fortement recommandé, et pour une raison pratique plus que formelle : les paliers inférieurs installent les fondations sur lesquelles reposent les exigences Gold. Une organisation qui n'a pas encore d'inventaire fiable de ses actifs, de gestion des correctifs maîtrisée ou de sauvegardes testées ne peut pas produire les indicateurs de performance attendus au Gold, faute de base à mesurer. En revanche, une entreprise déjà certifiée ISO 27001 ou disposant d'une maturité élevée peut légitimement enchaîner rapidement les paliers, en traitant Bronze et Silver comme des jalons de vérification plutôt que comme des projets à part entière.

Conclusion

AirCyber Gold n'est pas une version étendue du Silver : c'est un changement de régime. On passe d'une logique de conformité documentaire à une logique de performance mesurée, où l'évaluateur ne demande plus si un dispositif existe mais ce qu'il a produit sur les douze derniers mois. Cette exigence est cohérente avec la position des entreprises concernées : lorsqu'un fournisseur de rang 1 détient des données de conception ou opère un moyen industriel unique, la question pertinente n'est plus « avez-vous un antivirus ? » mais « en combien de temps détectez-vous une intrusion, et que se passe-t-il ensuite ? ».

Réussir le parcours suppose trois conditions rarement négociables. Un sponsor au comité exécutif, parce que le référentiel dépasse largement le périmètre de la direction informatique et engage les achats, le juridique et la production. Un démarrage anticipé des processus récurrents, parce que la charge de preuve sur douze mois glissants ne se rattrape pas. Et une discipline de collecte des preuves au fil de l'eau, parce que reconstituer a posteriori un an de pilotage est un exercice aussi coûteux qu'incertain.

Pour les entreprises qui franchissent ce cap, le bénéfice dépasse l'accès aux marchés de la filière. Les capacités construites — supervision continue, réponse à incident éprouvée, analyse de risques vivante, maîtrise des tiers — couvrent l'essentiel des attentes de la directive NIS 2 et de l'ISO 27001, et réduisent concrètement l'exposition au scénario qui coûte le plus cher à l'industrie : l'arrêt de production consécutif à un rançongiciel. Le label est le résultat visible ; la résilience opérationnelle en est la véritable contrepartie.

À retenir

  • AirCyber Gold est le niveau supérieur du programme BoostAerospace, avec de l'ordre de 200 exigences sur cinq domaines : gouvernance, protection technique, détection et réponse, résilience, sécurité des tiers.
  • Cible : ETI et grands groupes de rang 1 travaillant sur des programmes stratégiques d'Airbus, Safran, Thales ou Dassault Aviation.
  • Le saut par rapport au Silver porte sur la nature de la preuve : efficacité mesurée sur douze mois glissants, et non simple existence des dispositifs.
  • Quatre chantiers dominent la charge : SMSI formalisé, EBIOS Risk Manager complet incluant l'écosystème, capacité de détection et de réponse continue, tests d'intrusion avec remédiation prouvée.
  • Délai réaliste de 8 à 14 mois ; budget projet indicatif de 60 000 à 150 000 € hors investissements d'outillage récurrents.
  • Démarrez tôt les processus récurrents et collectez les preuves au fil de l'eau : c'est la contrainte de calendrier la plus sous-estimée.
  • Les acquis du Gold couvrent une large part des attentes ISO 27001 et NIS 2 : mutualisez les chantiers plutôt que de les mener en parallèle.