En bref

  • Un acteur lié à l'Iran mène une campagne de password spraying contre plus de 300 organisations israéliennes sur Microsoft 365.
  • Les secteurs gouvernementaux, énergétiques et technologiques en Israël et aux Émirats arabes unis sont visés.
  • Les entreprises utilisant Microsoft 365 doivent activer le MFA et surveiller les tentatives de connexion suspectes.

Ce qui s'est passé

Selon les chercheurs de Check Point, un groupe de cyberattaquants affilié à l'Iran mène depuis début mars 2026 une campagne d'ampleur inédite de password spraying Microsoft 365, visant les environnements cloud d'organisations stratégiques au Proche-Orient. L'opération s'est déployée en trois vagues successives et soigneusement espacées, les 3, 13 et 23 mars 2026, une cadence qui trahit une planification méthodique plutôt qu'une action opportuniste. Au total, plus de 300 entités israéliennes et au moins 25 structures implantées aux Émirats arabes unis ont été prises pour cible. En s'appuyant sur des listes de mots de passe courants testés à faible fréquence sur un grand nombre de comptes, les assaillants cherchent à passer sous les seuils de détection et de verrouillage. Cette technique, peu sophistiquée mais redoutablement efficace, rappelle que l'authentification reste le maillon faible des infrastructures Microsoft 365.

Le password spraying consiste à tester un même mot de passe courant sur un grand nombre de comptes utilisateurs simultanément, ce qui permet de contourner les mécanismes de verrouillage de compte classiques. Cette technique, bien que moins sophistiquée qu'un exploit zero-day, reste redoutablement efficace contre les organisations qui n'ont pas déployé l'authentification multifacteur.

Des cibles secondaires ont également été identifiées en Europe, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Arabie saoudite, selon le rapport de Check Point. Les secteurs visés incluent les entités gouvernementales, les municipalités, les entreprises technologiques, les transports et le secteur énergétique.

Pourquoi c'est important

Cette campagne illustre la persistance des opérations cyber offensives étatiques dans le contexte géopolitique actuel au Moyen-Orient. Le choix de Microsoft 365 comme vecteur d'attaque n'est pas anodin : la plateforme cloud de Microsoft héberge les emails, documents et données critiques de millions d'organisations à travers le monde. Une compromission réussie donne accès à l'ensemble de l'environnement collaboratif d'une entreprise.

Le fait que l'attaque cible simultanément des entités gouvernementales et des entreprises privées suggère des objectifs combinant espionnage stratégique et collecte de renseignements économiques. Pour les entreprises françaises ayant des activités dans la région, cette menace doit être prise en compte dans leur analyse de risques.

Ce qu'il faut retenir

  • Activer impérativement l'authentification multifacteur (MFA) sur tous les comptes Microsoft 365, en privilégiant les méthodes résistantes au phishing comme les clés FIDO2.
  • Surveiller les logs Azure AD pour détecter les patterns de tentatives de connexion échouées provenant d'adresses IP inhabituelles.
  • Mettre en place des politiques de mots de passe robustes et déployer Azure AD Password Protection pour bloquer les mots de passe courants.

Comment se protéger efficacement contre le password spraying ?

La défense la plus efficace est le déploiement systématique de l'authentification multifacteur (MFA) sur l'ensemble des comptes. Complétez par une politique de mots de passe interdisant les combinaisons courantes, la surveillance des tentatives de connexion suspectes via les journaux Azure AD, et l'utilisation de l'accès conditionnel pour bloquer les connexions depuis des localisations ou appareils non reconnus.

Un mode opératoire familier des groupes liés à l'Iran

Cette campagne de password spraying n'est pas un cas isolé dans le paysage des menaces persistantes avancées iraniennes. Des groupes comme Charming Kitten (APT35) ou OilRig (APT34), déjà documentés par Mandiant et Microsoft Threat Intelligence, ont mené des opérations similaires contre des cibles israéliennes et occidentales depuis plusieurs années, en exploitant systématiquement les faiblesses d'authentification des environnements cloud plutôt que des vulnérabilités logicielles complexes. Cette continuité tactique s'explique par un ratio coût/bénéfice particulièrement favorable pour l'attaquant : le password spraying ne nécessite ni exploit coûteux, ni infrastructure offensive sophistiquée, simplement une liste de mots de passe courants et des comptes valides, souvent obtenus via des fuites de données antérieures ou de l'OSINT.

Selon les données publiées par Check Point Research, les trois vagues d'attaques de mars 2026 ont présenté un rythme de tentatives calibré pour rester sous les seuils de détection classiques des solutions de sécurité Microsoft Entra ID, avec des volumes de connexions échelonnés sur plusieurs heures par organisation ciblée. Cette approche « low and slow » complique la détection par les SIEM traditionnels configurés avec des règles de seuil rigides, et souligne l'intérêt de mécanismes d'analyse comportementale capables d'identifier des schémas de connexion anormaux même à faible fréquence.

Un impact potentiel dépassant le périmètre initial

Le ciblage combiné des secteurs gouvernementaux, énergétiques et technologiques n'est pas anodin dans le contexte des tensions régionales actuelles. Les infrastructures énergétiques israéliennes et émiraties représentent des cibles à forte valeur stratégique, où une compromission de la messagerie professionnelle peut servir de point d'entrée pour du renseignement de longue durée plutôt que pour une exfiltration immédiate. Les analystes de Check Point notent que ce type de campagne s'inscrit généralement dans une phase de reconnaissance précédant des opérations plus ciblées, comme du spear-phishing ou le déploiement de portes dérobées sur les postes de collaborateurs identifiés comme ayant des accès privilégiés.

Pour les organisations françaises, en particulier celles opérant dans les secteurs de l'énergie, de la défense ou des technologies avec des filiales ou partenaires au Moyen-Orient, cette campagne rappelle que la surface d'attaque cloud dépasse largement les frontières géographiques du conflit d'origine. Un compte Microsoft 365 compromis dans une filiale régionale peut servir de rebond vers le siège via des relations de confiance Active Directory fédérées ou des tenants Azure AD interconnectés.

Ce qu'il faut retenir

  • Le password spraying reste efficace car il exploite l'absence de MFA plutôt qu'une faille technique — une lacune organisationnelle, pas logicielle.
  • Les campagnes iraniennes privilégient la discrétion (rythme lent, volumes faibles) pour contourner les seuils d'alerte classiques.
  • Les filiales régionales d'entreprises françaises constituent des points d'entrée potentiels vers des environnements cloud plus larges via les relations de confiance inter-tenants.

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Sources et références