La Commission européenne désigne AWS et Azure comme gatekeepers présumés sous le Digital Markets Act, une première pour le cloud. Les partenariats IA sont cités comme facteur central de verrouillage.
À retenir
- Commission européenne désigne AWS et Azure gatekeepers cloud le 25 juin 2026
- Première application du DMA au secteur du cloud computing
- Seuils quantitatifs du DMA non atteints : clause dérogatoire invoquée
- Observations jusqu'en septembre 2026, décision finale attendue fin octobre 2026
En bref
- La Commission européenne a désigné le 25 juin 2026 AWS et Microsoft Azure comme gatekeepers présumés sous le Digital Markets Act — une première pour le secteur cloud.
- Les deux géants disposent jusqu'en septembre 2026 pour formuler leurs observations, avec une décision finale attendue fin octobre 2026.
- En cas de confirmation, AWS et Azure devront soumettre à des obligations d'interopérabilité, de portabilité des données et de non-discrimination qui pourraient transformer le marché cloud européen.
La Commission européenne désigne AWS et Azure comme gatekeepers du cloud
Le 25 juin 2026, la Commission européenne a rendu publiques ses conclusions préliminaires dans le cadre des enquêtes de marché ouvertes en novembre 2025 sur les services d'infrastructure d'Amazon Web Services et de Microsoft Azure. Bruxelles considère que ces deux plateformes constituent des portes d'accès incontournables entre les entreprises utilisatrices et leurs clients finaux au sens du Digital Markets Act, et s'apprête donc à les désigner comme contrôleurs d'accès. Cette qualification DMA AWS Azure gatekeeper cloud marque une extension inédite du règlement au-delà des services numériques grand public, en visant pour la première fois le socle technique sur lequel repose une large part de l'économie européenne. Pour les RSSI et les directions informatiques, cette décision annonce des obligations nouvelles en matière d'interopérabilité, de portabilité des données et de réversibilité contractuelle, avec des effets concrets attendus dès 2027.
Cette désignation est historique à plus d'un titre. D'abord, c'est la première fois que la Commission applique le DMA au secteur du cloud computing. Jusqu'ici, les statuts de gatekeeper concernaient uniquement des services de plateforme comme les moteurs de recherche, les magasins d'applications mobiles, les réseaux sociaux et les messageries. Le cloud, longtemps considéré comme un marché B2B sans interface grand public au sens strict du DMA, entre désormais dans le champ réglementaire.
Deuxième élément remarquable : la Commission a appliqué le DMA à AWS et Azure sans que ces plateformes atteignent les seuils quantitatifs habituellement requis par la loi. Le DMA prévoit une clause permettant à la Commission de désigner des gatekeepers en deçà de ces seuils si une analyse qualitative démontre que leur position est difficilement contestable et qu'ils exercent un rôle structurant sur les marchés. C'est cette clause que la Commission a activée pour la première fois dans l'histoire de l'application du DMA, établissant un précédent juridique significatif pour la réglementation des plateformes B2B.
Le facteur déclenchant est explicitement lié à l'intelligence artificielle. Dans ses conclusions, la Commission identifie les outils d'IA et les partenariats IA-cloud comme un facteur décisif dans les décisions de procurement cloud des entreprises. En d'autres termes, les clients ne choisissent plus AWS ou Azure uniquement pour leurs capacités de stockage ou de calcul, mais parce que ces plateformes sont le point d'accès naturel aux modèles d'IA propriétaires — via Amazon Bedrock pour AWS, ou Azure OpenAI Service pour Microsoft. Cette intégration verticale IA-cloud crée un verrouillage nouveau et durable qui, selon la Commission, justifie l'application du DMA.
Les deux entreprises disposent jusqu'en septembre 2026 pour soumettre des représentations écrites. Les équipes juridiques d'Amazon et de Microsoft sont attendues sur plusieurs arguments : la contestabilité effective du marché cloud (la croissance de Google Cloud étant citée comme preuve de concurrence réelle), la distinction entre des services B2B complexes et les plateformes grand public visées par le DMA, et la définition des marchés pertinents. Une décision finale est attendue pour fin octobre 2026.
En parallèle, la Commission conduit une enquête distincte portant sur les règles d'interopérabilité existantes du DMA — notamment si elles sont suffisamment robustes pour garantir la portabilité des données, l'accès aux APIs et des conditions contractuelles équitables dans le secteur cloud. Des tables rondes avec les parties prenantes ont eu lieu le 1er juillet 2026, réunissant des représentants d'AWS, d'Azure, de Google Cloud, mais aussi des associations d'entreprises clientes comme DigitalEurope et BusinessEurope, ainsi que des organisations de défense des utilisateurs.
Si la désignation est confirmée, les obligations qui en découleraient incluent : des exigences d'interopérabilité technique permettant à un client de basculer d'un cloud à un autre sans reconstruire son infrastructure ; des droits de portabilité des données pour les workloads migrant vers un autre cloud ou vers le on-premise ; des limites sur les pratiques de self-preferencing, qui consistent à favoriser ses propres services au détriment de concurrents tiers ; et des restrictions sur le bundling, la pratique consistant à lier l'accès à des services cloud de base à la consommation de services IA ou de sécurité propriétaires.
Du côté de Google Cloud, qui ne fait pas l'objet de cette désignation préliminaire, la réaction est prudente. Google est déjà soumis au DMA pour d'autres services, et une extension au cloud de sa propre infrastructure créerait des obligations symétriques. Les analystes estiment que Google pourrait bénéficier à court terme de cette asymétrie réglementaire si elle pousse des entreprises à diversifier leurs fournisseurs cloud au-delà des deux acteurs désignés.
Ce que cette décision signifie pour le marché cloud européen et les entreprises
La désignation d'AWS et d'Azure comme gatekeepers DMA aurait des implications structurantes pour l'ensemble de l'écosystème cloud européen. Le verrouillage fournisseur (vendor lock-in) est depuis des années le premier obstacle à la migration cloud pour les entreprises européennes : une fois l'infrastructure déployée sur AWS ou Azure, les coûts de sortie — techniques, contractuels et humains — sont souvent prohibitifs. Les obligations d'interopérabilité et de portabilité imposées par le DMA pourraient réduire ces barrières de manière significative, rééquilibrant le rapport de force entre les clouds américains et leurs clients européens.
Pour les éditeurs de logiciels et les fournisseurs de solutions SaaS opérant en Europe, cette décision ouvre une fenêtre d'opportunité. Si les APIs d'AWS et d'Azure deviennent plus ouvertes et standardisées, le développement d'applications cloud-agnostiques devient techniquement plus simple. Les solutions d'abstraction multi-cloud comme Terraform ou Kubernetes bénéficieraient indirectement d'un tel mouvement, de même que les fournisseurs de plateformes de gestion multi-cloud qui ont structuré leur offre autour de la réduction du vendor lock-in.
La dimension IA de cette décision est particulièrement stratégique. En liant la désignation gatekeeper à l'intégration IA-cloud, la Commission envoie un signal fort : le droit de la concurrence européen s'étend désormais à la couche IA des infrastructures cloud. Azure OpenAI Service et Amazon Bedrock sont implicitement visés. Si ces services sont considérés comme des éléments constitutifs du gatekeeper cloud, ils pourraient faire l'objet d'obligations d'équité d'accès et d'interopérabilité similaires à celles imposées aux moteurs de recherche, avec des conséquences majeures pour les entreprises qui ont construit leur stratégie IA sur l'un ou l'autre de ces services.
Cette décision s'inscrit dans un mouvement réglementaire global convergent. L'Inde a lancé une consultation similaire sur la dominance cloud en mai 2026. Les États-Unis, via la FTC, ont ouvert une enquête antitrust sur les pratiques de bundling de Microsoft Azure et d'OpenAI en avril 2026. Au Royaume-Uni, la CMA a désigné les deux mêmes acteurs comme cloud gatekeepers dès mars 2026 dans le cadre du Digital Markets, Competition and Consumers Act. La convergence de ces actions réglementaires à l'échelle mondiale rend une réponse coordonnée d'AWS et Microsoft plus difficile et augmente la probabilité de concessions substantielles avant même les décisions finales. Les RSSI et DSI européens ont tout intérêt à suivre cette procédure de près, car ses conclusions pourraient modifier substantiellement leurs conditions contractuelles et leurs droits de sortie dans les 12 à 18 mois à venir.
Ce qu'il faut retenir
- AWS et Azure sont préliminairement désignés gatekeepers DMA pour le cloud — une première dans l'histoire de ce règlement, appliqué sans que les seuils quantitatifs habituels ne soient atteints.
- La Commission cite explicitement les partenariats IA-cloud (Bedrock, Azure OpenAI) comme facteur de verrouillage justifiant l'intervention réglementaire.
- En cas de confirmation fin octobre 2026, les entreprises européennes bénéficieraient d'obligations de portabilité et d'interopérabilité réduisant le vendor lock-in — à surveiller de près pour les DSI et équipes de direction technique.
Mon entreprise doit-elle changer de stratégie cloud en anticipation des obligations DMA ?
Pas encore — la décision finale n'est attendue qu'en octobre 2026, et les obligations concrètes ne seront précisées qu'après. En revanche, c'est le bon moment pour auditer votre degré de dépendance à un cloud unique : inventorier les services propriétaires utilisés (Lambda vs Azure Functions, Bedrock vs Azure OpenAI), évaluer les coûts théoriques de migration, et identifier les workloads qui pourraient bénéficier d'une architecture multi-cloud. Ces exercices sont utiles indépendamment du DMA, et s'ils révèlent un verrouillage fort, ils justifient de négocier dès maintenant des engagements contractuels de portabilité avec votre fournisseur actuel.
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Prendre contactÀ propos de l'auteur
Ayi NEDJIMI
Auditeur Senior Cybersécurité & Consultant IA
Expert Judiciaire — Cour d'Appel de Paris
Habilitation Confidentiel Défense
ayi@ayinedjimi-consultants.fr
Ayi NEDJIMI est un vétéran de la cybersécurité avec plus de 25 ans d'expérience sur des missions critiques. Ancien développeur Microsoft à Redmond sur le module GINA (Windows NT4) et co-auteur de la version française du guide de sécurité Windows NT4 pour la NSA.
À la tête d'Ayi NEDJIMI Consultants, il réalise des audits Lead Auditor ISO 42001 et ISO 27001, des pentests d'infrastructures critiques, du forensics et des missions de conformité NIS2 / AI Act.
Conférencier international (Europe & US), il a formé plus de 10 000 professionnels.
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