NTDS.dit Dump
hackingDéfinition
Le NTDS.dit Dump désigne l'extraction de la base de données Active Directory, NTDS.dit, un fichier au format ESE (Extensible Storage Engine) stocké sur chaque contrôleur de domaine Windows et contenant l'intégralité des objets du domaine, y compris les hachages NTLM de tous les mots de passe des comptes utilisateurs et machines. Cette base étant verrouillée en permanence par le processus système lsass.exe tant que le contrôleur de domaine fonctionne, un attaquant ne peut pas simplement la copier avec un outil de fichier classique ; il dispose de plusieurs techniques d'extraction documentées dans le framework MITRE ATT&CK (technique T1003.003) : la création d'un instantané Volume Shadow Copy via vssadmin ou l'API Windows, qui contourne le verrouillage en dupliquant le volume à un instant donné avant d'en extraire le fichier NTDS.dit et la ruche registre SYSTEM nécessaire au déchiffrement des hachages ; ou l'attaque DCSync, qui exploite les permissions de réplication Active Directory légitimes (Get-Replication-Changes) pour demander directement à un contrôleur de domaine de répliquer les données de comptes ciblés, souvent via l'outil Mimikatz, sans nécessiter d'accès physique ou distant au fichier lui-même. Une fois extraits, les hachages permettent des attaques hors ligne par force brute, par table arc-en-ciel, ou une réutilisation directe via pass-the-hash pour une compromission complète et durable du domaine Active Directory.
Qu'est-ce qu'un NTDS.dit Dump ?
Un NTDS.dit dump désigne l'extraction du fichier NTDS.dit, la base de données qui constitue le cœur d'un annuaire Active Directory. Ce fichier, situé par défaut dans C:\Windows\NTDS\ntds.dit sur chaque contrôleur de domaine, contient l'intégralité des objets du domaine : utilisateurs, groupes, ordinateurs, unités d'organisation — et surtout les empreintes (hashes) NT de tous les mots de passe du domaine, y compris ceux des comptes à privilèges et du compte krbtgt.
Obtenir ce fichier revient à obtenir les clés du royaume. Un attaquant qui exfiltre NTDS.dit peut casser les mots de passe hors ligne à son rythme, rejouer les hashes via Pass-the-Hash, ou forger des Golden Tickets Kerberos valides pendant des années. C'est pourquoi cette technique — référencée T1003.003 dans le framework MITRE ATT&CK — figure parmi les objectifs finaux de la quasi-totalité des opérations de ransomware ciblant les environnements Windows.
Fonctionnement technique
NTDS.dit est une base ESE (Extensible Storage Engine, le même moteur que Jet Blue et Exchange). Sa structure repose sur trois tables principales : datatable (les objets et leurs attributs), link_table (les relations, notamment les appartenances aux groupes) et sd_table (les descripteurs de sécurité).
Les secrets ne sont pas stockés en clair : chaque hash est chiffré avec la PEK (Password Encryption Key), elle-même chiffrée par la BOOTKEY (ou SYSKEY) dérivée de la ruche de registre SYSTEM. Un dump exploitable exige donc deux artefacts : le fichier NTDS.dit et une copie de la ruche SYSTEM. Sans la seconde, la base reste inexploitable.
Le fichier étant verrouillé en permanence par le service lsass.exe, une simple copie échoue. Les attaquants contournent cette limitation par plusieurs voies :
- Volume Shadow Copy (VSS) : création d'un cliché instantané du volume, puis copie du fichier depuis le snapshot. Exemples :
vssadmin create shadow /for=C:, ou l'outildiskshadow.exepiloté par script — technique dite « living off the land » car elle n'utilise que des binaires signés Microsoft. - ntdsutil : la commande native
ntdsutil "ac i ntds" "ifm" "create full C:\temp"génère un média d'installation contenant à la fois la base et la ruche SYSTEM. Rapide, légitime en apparence, redoutablement efficace. - esentutl ou Invoke-NinjaCopy : lecture brute du volume NTFS pour contourner le verrou de fichier.
- DCSync : la méthode la plus discrète. Plutôt que de toucher au disque, l'attaquant se fait passer pour un contrôleur de domaine et demande la réplication des secrets via le protocole
MS-DRSR(appelDRSGetNCChanges). Aucun accès au DC n'est nécessaire : il suffit de disposer des droitsDS-Replication-Get-ChangesetDS-Replication-Get-Changes-All, souvent hérités par les membres de Domain Admins, Enterprise Admins ou par des ACL mal configurées. Outils typiques :mimikatz lsadump::dcsync /allousecretsdump.py -just-dc domaine/user@ip.
L'exploitation hors ligne s'effectue ensuite avec secretsdump.py (Impacket), DSInternals ou NTDSDumpEx, qui produisent une liste au format utilisateur:RID:LM:NT:::, directement injectable dans Hashcat (mode 1000) ou dans un outil de mouvement latéral.
Exemples concrets
Le scénario classique observé en réponse à incident : compromission d'un poste utilisateur par phishing, escalade de privilèges locale, récupération d'identifiants en mémoire via un dump LSASS, découverte d'un chemin d'attaque vers un compte administrateur (souvent mis en évidence par BloodHound), puis DCSync depuis ce compte. Le tout peut se dérouler en moins de deux heures. Les groupes ransomware comme Conti ou LockBit documentaient explicitement cette séquence dans leurs manuels opérationnels internes.
Concepts liés
Le NTDS.dit dump s'inscrit dans une chaîne d'attaque : il est alimenté par le Kerberoasting, l'AS-REP Roasting ou le vol de credentials en mémoire, et il alimente à son tour le Pass-the-Hash, le Golden Ticket (via le hash krbtgt) et le Silver Ticket. Il constitue la matérialisation ultime de la compromission du Tier 0.
Bonnes pratiques de défense
- Modèle en tiers : isoler strictement les comptes Tier 0 ; jamais d'authentification d'un administrateur du domaine sur un poste de travail.
- Auditer les ACL de réplication : recenser régulièrement les principals disposant de
DS-Replication-Get-Changes-Allhors comptes système légitimes. - Détection : surveiller l'événement
4662corrélé au GUID1131f6aa-9c07-11d1-f79f-00c04fc2dcd2depuis une source non-DC, les événements VSS8222/8224, et l'exécution dentdsutil.exeoudiskshadow.exe(événement4688). - Durcir les DC : accès physique et virtuel restreint (un snapshot d'hyperviseur d'un DC équivaut à un dump), chiffrement des sauvegardes, RODC en site distant.
- Comptes protégés : groupe Protected Users, LAPS pour les comptes locaux, gMSA pour les comptes de service.
- Après compromission avérée : rotation du mot de passe
krbtgtdeux fois à intervalle supérieur à la durée de vie des tickets, sous peine de laisser les Golden Tickets valides. - Surveillance comportementale : Microsoft Defender for Identity ou un SIEM avec règles Sigma dédiées détectent efficacement DCSync et les créations de shadow copies anormales.
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