Le groupe UNC6671, lié à BlackFile rebaptisé Redact, cible depuis juillet 2026 les grands fonds d'investissement américains via du vishing et du bypass MFA AiTM. Point72, Millennium, Two Sigma et Citadel visés — rançon moyenne 750 000 dollars.
En bref
- UNC6671 (alias BlackFile, rebaptisé Redact en mai 2026) cible les hedge funds, fonds de private equity et sociétés de rating depuis juillet 2026
- Méthode : vishing sur téléphones personnels + phishing AiTM pour bypasser la MFA + exfiltration automatisée des données cloud
- 10,6 millions de dollars collectés entre janvier et mai 2026 ; rançon moyenne négociée : 750 000 dollars en Bitcoin
Les faits
Depuis juillet 2026, une vague de cyberattaques ciblant les grandes institutions financières américaines a été attribuée à UNC6671, un groupe d'extorsion dont Mandiant (Google) suit l'activité sous cette désignation. Les victimes confirmées incluent des noms parmi les plus prestigieux de la gestion d'actifs mondiale : Point72 Asset Management (fondé par Steve Cohen, environ 27 milliards de dollars d'actifs gérés), Millennium Management (plus de 60 milliards), Two Sigma Investments (plus de 60 milliards), et Citadel (plus de 50 milliards). Plusieurs fonds de private equity non nommés ont également été ciblés dans le cadre de cette campagne.
UNC6671 est étroitement associé au groupe BlackFile, apparu en février 2025 sur la scène de la cybercriminalité. En mai 2026, BlackFile a annoncé sur son site de fuite de données un changement de marque sous le nom Redact, sous lequel il entend poursuivre ses opérations. Le groupe opère simultanément sous plusieurs marques — Redact, Falcon, Helix et Pink — avec des infrastructures partagées et des ciblages de victimes qui se recoupent, bien que le sous-groupe Falcon conteste l'attribution unifiée.
La technique d'attaque repose sur une chaîne en plusieurs étapes. Dans un premier temps, des opérateurs UNC6671 appellent directement des employés sur leurs téléphones personnels, se faisant passer pour le helpdesk informatique de l'entreprise. Le prétexte le plus fréquent : informer l'employé qu'il doit renouveler son enrôlement MFA ou activer une passkey, en lien avec une prétendue mise à jour de sécurité urgente. Ce vishing est préparé avec un niveau de personnalisation élevé — les attaquants connaissent le nom de l'employé, son rôle, parfois le nom de son responsable direct.
Dans un deuxième temps, la victime est dirigée vers un domaine frauduleux hébergeant un kit de phishing de type Adversary-in-the-Middle (AiTM). Ce type de kit proxifie en temps réel les échanges entre la victime et le vrai portail d'authentification de l'entreprise (Microsoft 365 ou Okta dans les cas documentés), capturant à la fois les identifiants et le cookie de session valide généré après l'authentification MFA réussie. L'attaquant n'a pas besoin de connaître le code OTP ou d'intercepter le push MFA — il vole directement le cookie de session post-authentification, rendant la double authentification classique inopérante.
Une fois le cookie de session en main, l'accès au portail SSO de l'organisation est immédiat. Selon les analyses publiées par Mandiant et reprises par BleepingComputer le 6 août 2026, UNC6671 accède en priorité au tableau de bord SSO, qui leur ouvre toutes les applications cloud liées au compte compromis : messagerie, stockage de fichiers, outils de collaboration, plateformes de trading ou de gestion des risques selon les environnements. Des outils automatisés prennent en charge l'exfiltration des données pertinentes — documents financiers, communications internes, données propriétaires sur les positions des fonds. Simultanément, les notifications de sécurité et les e-mails de réinitialisation de mot de passe sont supprimés pour retarder la détection.
L'aspect financier de ces opérations a été documenté avec précision par Google Threat Intelligence Group dans un rapport publié début août 2026. Entre janvier et mai 2026, le groupe a collecté plus de 10,6 millions de dollars en Bitcoin à travers 18 adresses de portefeuilles tracées. Les demandes initiales atteignent typiquement 3 millions de dollars, mais les négociations aboutissent en général autour de 750 000 dollars — dans 53 % des cas documentés selon ce rapport. Ce taux de succès élevé s'explique par la nature même des cibles : des fonds d'investissement qui privilégient la discrétion et la rapidité de résolution à l'exposition publique d'un incident.
Le pivot vers le secteur financier est un changement de stratégie délibéré. Avant juillet 2026, UNC6671 opérait principalement contre des entreprises des secteurs manufacturier, de la santé, de l'immobilier, de la technologie, du transport et de l'hôtellerie. Les fonds d'investissement présentent un profil de cible particulièrement attractif : ils détiennent des données financières et propriétaires d'une valeur considérable, ont une forte aversion au risque réputationnel, et leur maturité en cybersécurité est historiquement inférieure à celle des banques systémiques, qui bénéficient de cadres réglementaires contraignants (DORA en Europe, FFIEC aux États-Unis).
Les firmes de rating et les cabinets d'avocats spécialisés dans le private equity sont également devenus des cibles prioritaires, probablement parce qu'ils détiennent des informations non publiques sur des opérations en cours — fusions-acquisitions, restructurations, introductions en bourse — qui peuvent avoir une valeur bien supérieure aux 750 000 dollars demandés en rançon si elles sont utilisées à des fins d'insider trading.
Impact et exposition
Toute organisation du secteur financier — hedge fund, family office, private equity, cabinet d'avocats M&A, agence de notation — qui utilise Microsoft 365 ou Okta avec une MFA standard (TOTP, push notification) est potentiellement vulnérable à cette technique AiTM. Les environnements cloud-first avec un SSO centralisé amplifient le risque : un seul cookie volé peut donner accès à l'ensemble des applications de l'organisation. Le vishing sur téléphones personnels contourne totalement les filtres anti-phishing des messageries d'entreprise.
Recommandations
- Migrer vers des clés FIDO2 résistantes au phishing (YubiKey, Google Titan, passkeys matérielles) — seule technologie MFA imperméable aux attaques AiTM
- Former les équipes au vishing : aucun helpdesk légitime ne demande de renouveler la MFA par téléphone sans ticket préalable — créer un processus de vérification systématique
- Limiter la durée de vie des sessions à 8h maximum dans Microsoft 365 et Okta, et activer la réévaluation continue (Conditional Access en mode strict)
- Monitorer les connexions SSO anormales : géolocalisation inhabituelle, user-agent inconnu, heure de connexion hors-profil — alertes temps réel obligatoires
- Auditer les règles de forwarding e-mail et les modifications de configuration MFA sur les 30 derniers jours
- Mettre en place une vérification hors-bande pour toute demande téléphonique de modification de sécurité : rappel sur le numéro officiel du helpdesk, jamais sur le numéro affiché par l'appelant
Alerte critique
Les attaques AiTM de UNC6671 contournent la MFA classique (TOTP, SMS, push notification). Si votre organisation n'utilise pas encore des clés FIDO2 résistantes au phishing, vous n'êtes pas protégé contre cette technique. La migration vers FIDO2/passkeys matérielles n'est plus optionnelle pour les environnements à haute valeur financière ou stratégique.
Notre MFA est-elle suffisante face aux attaques AiTM ?
Probablement non, si vous utilisez du TOTP, des SMS ou des push notifications. Ces technologies ne résistent pas aux attaques Adversary-in-the-Middle car elles authentifient l'utilisateur — pas le site web. Seules les clés FIDO2 (YubiKey, passkeys matérielles) sont résistantes au phishing par construction : elles vérifient cryptographiquement le domaine du site avant de signer l'authentification. Si votre budget ne permet pas une migration immédiate complète, commencez par les comptes à hauts privilèges et les accès au SSO.
Votre infrastructure est-elle exposée ?
Ayi NEDJIMI réalise des audits de sécurité ciblés pour identifier et corriger vos vulnérabilités avant qu'elles ne soient exploitées.
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Ayi NEDJIMI
Auditeur Senior Cybersécurité & Consultant IA
Expert Judiciaire — Cour d'Appel de Paris
Habilitation Confidentiel Défense
[email protected]
Ayi NEDJIMI est un vétéran de la cybersécurité avec plus de 25 ans d'expérience sur des missions critiques. Ancien développeur Microsoft à Redmond sur le module GINA (Windows NT4) et co-auteur de la version française du guide de sécurité Windows NT4 pour la NSA.
À la tête d'Ayi NEDJIMI Consultants, il réalise des audits Lead Auditor ISO 42001 et ISO 27001, des pentests d'infrastructures critiques, du forensics et des missions de conformité NIS2 / AI Act.
Conférencier international (Europe & US), il a formé plus de 10 000 professionnels.
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