Unit 42 documente la campagne d'espionnage de l'APT iranien Screening Serpens : 6 nouvelles variantes de RAT, technique AppDomainManager pour contourner les EDR, et infrastructure C2….
À retenir
- Six variantes de RAT déployées entre février et avril 2026
- Fausses offres d'emploi ciblant professionnels tech américains, israéliens et émiratis
- AppDomainManager hijacking désactive les EDR avant le lancement légitime
- C2 MiniUpdate hébergé sur Azure pour camoufler le trafic malveillant
En bref
- Unit 42 (Palo Alto Networks) publie une analyse de Screening Serpens, groupe APT iranien alias UNC1549, ayant déployé six nouvelles variantes de RAT entre février et avril 2026 contre des cibles occidentales.
- Le groupe cible des professionnels tech aux États-Unis, en Israël et aux Émirats via de fausses offres d'emploi, et exploite l'AppDomainManager hijacking pour désactiver les mécanismes EDR avant le démarrage de l'application légitime.
- L'infrastructure C2 de la famille MiniUpdate est hébergée sur Azure de Microsoft, camouflant les communications malveillantes dans du trafic cloud légitime difficile à distinguer par les solutions de filtrage réseau standard.
Ce qui s'est passé
Les chercheurs de l'Unit 42 de Palo Alto Networks ont publié début août 2026 une analyse exhaustive des activités récentes de Screening Serpens, groupe de cyberespionnage aligné sur les intérêts de Téhéran. Documenté sous les alias UNC1549 chez Mandiant, Smoke Sandstorm chez Microsoft et Iranian Dream Job en référence à ses leurres d'offres d'emploi, ce collectif est actif depuis au moins 2022 et cible en priorité les secteurs de l'aérospatiale, de la défense et des télécommunications au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis. La nouveauté tient à l'arsenal : l'APT iranien Screening Serpens RAT déploie désormais six chevaux de Troie d'accès distant inédits, conçus pour contourner les protections des terminaux et maintenir une présence discrète sur les réseaux compromis. Cette montée en puissance technique impose une révision immédiate des dispositifs de détection occidentaux.
La chronologie de ces opérations est étroitement corrélée à l'évolution du contexte géopolitique régional. Le groupe a significativement intensifié son activité à partir du 28 février 2026, date à laquelle un conflit régional au Moyen-Orient a redéfini les priorités de renseignement des acteurs étatiques iraniens. Cette corrélation temporelle, combinée à l'alignement des cibles avec les intérêts stratégiques de Téhéran, permet à Unit 42 d'attribuer ces campagnes avec un haut niveau de confiance à un acteur soutenu par l'État iranien, très probablement lié au Corps des gardiens de la révolution islamique.
Six nouvelles variantes de RAT (Remote Access Trojan) ont été identifiées et regroupées en deux familles distinctes. La première famille, baptisée MiniUpdate, est entièrement nouvelle et n'avait jamais été documentée auparavant. La seconde, MiniJunk V2, représente une évolution significative d'une famille de backdoors précédemment connue. Les six variants présentent des architectures de code différentes, des mécanismes de persistance variés et des protocoles de communication distincts, suggérant que le groupe dispose d'une équipe de développement de malwares active capable de produire plusieurs outils en parallèle sur une courte période.
La technique d'évasion la plus notable documentée dans ce rapport est l'AppDomainManager hijacking, une méthode avancée exploitant le fonctionnement interne du runtime .NET de Microsoft. Dans les applications .NET, l'AppDomainManager est une classe qui gère l'initialisation des domaines d'application. En plaçant une DLL malveillante dans le chemin de recherche d'une application .NET légitime et en modifiant un fichier de configuration légitime (.config) pour pointer vers cette DLL, l'attaquant peut injecter du code malveillant qui s'exécute dans le contexte de l'application légale, avant que cette dernière n'ait démarré ses propres processus de protection.
L'avantage tactique de cette approche est considérable. La DLL malveillante s'exécute avec les mêmes privilèges que l'application légitime et, surtout, elle peut désactiver les mécanismes de télémétrie de sécurité avant qu'ils ne soient initialisés. Concrètement, le malware désactive ETW (Event Tracing for Windows) — le framework de journalisation de bas niveau que la plupart des EDR utilisent pour surveiller les comportements anormaux — avant même que l'EDR ne commence à instrumenter le processus. Le résultat est un point aveugle systématique dans la télémétrie de sécurité, rendant la détection comportementale inefficace.
La famille MiniUpdate se distingue également par le choix de son infrastructure de commande et contrôle (C2). Plutôt que d'utiliser des domaines enregistrés spécifiquement pour les opérations malveillantes — facilement bloqués par les listes de réputation — Screening Serpens a opté pour des domaines hébergés sur Microsoft Azure. Les communications du malware passent par des URLs Azure apparemment légitimes, se fondant dans le volume considérable de trafic cloud légal que génèrent les entreprises. Les solutions de filtrage basées sur la réputation de domaine ou le blocage catégoriel cloud peinent à distinguer ces flux malveillants du trafic Azure légitime.
Un troisième mécanisme d'évasion particulièrement sophistiqué a été identifié dans une variante de MiniJunk V2 ciblant des organisations américaines en mars 2026 : une vérification de date codée en dur. Cette variante refuse catégoriquement de s'exécuter avant le 27 mars 2026 à 13:30:00 UTC. Cette contrainte temporelle est conçue pour tromper les environnements de sandbox automatisés qui analysent les fichiers suspects à leur réception : le malware se comporte innocemment lors de l'analyse initiale, puis s'active uniquement après sa livraison sur la cible finale.
Les cibles identifiées appartiennent principalement aux secteurs de l'aérospatiale, de la défense, des télécommunications et de la technologie aux États-Unis, en Israël et aux Émirats arabes unis, avec deux entités supplémentaires dans d'autres pays du Moyen-Orient. Le vecteur d'infection initial repose sur une ingénierie sociale hautement personnalisée : les victimes reçoivent des invitations à de faux entretiens d'embauche ou des propositions de réunion professionnelle, avec des contenus adaptés au profil LinkedIn de la cible. Cette approche, cohérente avec le surnom "Iranian Dream Job" du groupe, exploite la confiance professionnelle et le désir de progression de carrière des professionnels techniques très qualifiés.
Pourquoi c'est important
La publication du rapport Unit 42 sur Screening Serpens intervient dans un contexte de cyberespionnage iranien particulièrement actif. Le conflit régional démarré en février 2026 a accéléré les opérations de plusieurs groupes APT alignés avec Téhéran, dont MuddyWater — qui a simultanément utilisé des intrusions déguisées en rançongiciels pour dissimuler ses opérations de vol de données. La multiplication des familles de malwares et la sophistication croissante des techniques d'évasion témoignent d'un investissement soutenu dans les capacités offensives cyber iraniennes, indépendamment des pressions diplomatiques et des sanctions.
La technique AppDomainManager hijacking mérite une attention particulière des équipes de sécurité. Cette méthode illustre une tendance plus large : les acteurs étatiques avancés ciblent de plus en plus les angles morts des solutions EDR, non pas en cherchant à les désinstaller ou à les contourner frontalement, mais en s'exécutant dans des contextes où ils sont structurellement aveugles. Le fait que cette attaque exploite des fichiers de configuration légitimes plutôt que des binaires malveillants ou des injections mémoire la rend particulièrement difficile à détecter par les règles de détection statiques. Les équipes SOC devraient revoir leurs règles de surveillance des modifications de fichiers .config dans les répertoires d'applications .NET et leur instrumentation ETW.
L'utilisation d'Azure comme infrastructure C2 pose un problème de politique de sécurité réseau que de nombreuses organisations n'ont pas encore résolu. Bloquer Microsoft Azure globalement n'est pas une option viable pour la quasi-totalité des entreprises qui dépendent de services M365, Azure AD et autres. Pourtant, permettre toutes les connexions vers Azure ouvre un canal d'exfiltration et de C2 difficile à surveiller. La réponse technique passe par l'inspection TLS déchiffrée combinée à des règles de comportement (anomalie de volume, pattern de timing des beacons) plutôt que par des listes de blocage basées sur la réputation de domaine.
Pour les entreprises françaises et européennes opérant dans les secteurs de la défense, de l'aérospatiale et des technologies de pointe, cette campagne est un signal d'alerte directement applicable. Screening Serpens cible principalement les alliés des États-Unis et d'Israël dans ces secteurs, et une grande partie des entreprises européennes dans ces domaines entretient des relations commerciales et techniques avec des partenaires américains et israéliens — ce qui peut les placer dans la chaîne d'approvisionnement des cibles primaires. L'ANSSI maintient sa recommandation de vigilance accrue face aux campagnes de spear-phishing à thème recrutement dans ces secteurs.
Ce qu'il faut retenir
- Screening Serpens (APT iranien, alias UNC1549) a déployé 6 nouveaux RAT en deux familles (MiniUpdate et MiniJunk V2) contre des cibles US, israéliennes et émiraties dans les secteurs tech, défense et aérospatiale depuis février 2026.
- La technique AppDomainManager hijacking désactive ETW et les mécanismes EDR avant leur démarrage, créant un point aveugle systématique — les équipes SOC doivent surveiller les modifications de fichiers .config d'applications .NET.
- L'infrastructure C2 hébergée sur Azure rend le filtrage réseau classique inefficace : seule l'inspection comportementale du trafic (anomalies de timing, volume de beacons) permet de distinguer les communications malveillantes du trafic cloud légitime.
Comment détecter l'AppDomainManager hijacking dans mon environnement ?
La détection passe par plusieurs vecteurs complémentaires. Premièrement, surveiller les modifications inattendues de fichiers .config dans les répertoires d'applications .NET, notamment les ajouts ou modifications des entrées AppDomainManagerAssembly et AppDomainManagerType. Deuxièmement, contrôler les processus .NET qui chargent des assemblies depuis des chemins inhabituels ou non signés numériquement par l'éditeur attendu. Troisièmement, surveiller les tentatives de désactivation ou de contournement d'ETW depuis des processus applicatifs légitimes. Les règles Sigma couvrant ces scénarios ont été publiées par plusieurs équipes de threat intelligence suite au rapport Unit 42 et peuvent être directement importées dans la plupart des SIEM du marché.
Besoin d'un accompagnement expert ?
Ayi NEDJIMI vous accompagne sur vos projets cybersécurité et IA.
Prendre contactÀ propos de l'auteur
Ayi NEDJIMI
Auditeur Senior Cybersécurité & Consultant IA
Expert Judiciaire — Cour d'Appel de Paris
Habilitation Confidentiel Défense
ayi@ayinedjimi-consultants.fr
Ayi NEDJIMI est un vétéran de la cybersécurité avec plus de 25 ans d'expérience sur des missions critiques. Ancien développeur Microsoft à Redmond sur le module GINA (Windows NT4) et co-auteur de la version française du guide de sécurité Windows NT4 pour la NSA.
À la tête d'Ayi NEDJIMI Consultants, il réalise des audits Lead Auditor ISO 42001 et ISO 27001, des pentests d'infrastructures critiques, du forensics et des missions de conformité NIS2 / AI Act.
Conférencier international (Europe & US), il a formé plus de 10 000 professionnels.
Domaines d'expertise
Ressources & Outils de l'auteur
Articles connexes
Microsoft Entra : passkeys par défaut, fin du SMS dès 2027
Depuis le 1er septembre 2026, Microsoft Entra ID impose les passkeys comme méthode d'authentification par défaut et retire progressivement l'authentification SMS/voix d'ici 2027.
Rapuncel : le malware qui désactive 145 antivirus et EDR
Rapuncel exploite un driver Windows signé par Microsoft (BYOVD) pour neutraliser 145 antivirus et EDR, tandis que Remus cible les credentials d'API IA en contournant les hooks EDR.
Flock Safety piraté : 1,6 million de photos de véhicules exposées
Des hackers ont compromis physiquement une caméra Flock Safety, extrait la clé de chiffrement stockée sur l'appareil et partagé 1,6 million de photos de véhicules avec la presse.
Un projet cybersécurité ? Parlons-en.
Pentest, conformité NIS 2, ISO 27001, audit IA, RSSI externalisé… nos experts répondent sous 24h pour évaluer votre besoin et vous proposer un accompagnement sur mesure.
Commentaires (1)
Laisser un commentaire