En bref

  • AWS et Microsoft Azure ont lancé le 2 septembre 2026 Azure Multicloud Interconnect for AWS, une connectivité privée jusqu'à 100 Gbps entre les deux clouds en préversion publique.
  • Le service s'appuie sur ExpressRoute côté Azure et Direct Connect côté AWS, avec chiffrement MACsec sur le lien inter-cloud et provisionnement via API ou Infrastructure-as-Code.
  • Disponible dans quatre régions dont Francfort (EU), il répond aux exigences de résilience multicloud imposées par NIS2 et DORA aux entités critiques européennes.

Ce qui s'est passé

Le 2 septembre 2026, Amazon Web Services et Microsoft Azure ont annoncé simultanément la mise en préversion publique d'une solution de connectivité privée directe entre leurs deux infrastructures cloud, respectivement désignée « AWS Interconnect – multicloud avec Azure » et « Azure Multicloud Interconnect for AWS ». La coordination des deux annonces — une pratique rare entre concurrents directs — illustre l'investissement conjoint des deux équipes d'ingénierie dans ce projet.

Le service permet aux entreprises de provisionner à la demande des liens réseau privés à haute bande passante entre leurs environnements AWS et Azure, avec une capacité maximale de 100 Gbps par connexion. Jusqu'à présent, connecter des ressources AWS et Azure nécessitait soit de passer par l'internet public, soit de négocier des accords de colocalisation complexes dans des datacenters neutres via des opérateurs tiers comme Equinix ou Megaport, avec les délais et les coûts que cela implique.

Techniquement, la solution s'appuie sur l'infrastructure existante des deux providers. Côté Microsoft, la connectivité transite par Azure ExpressRoute, le service de connexion dédiée d'Azure. Côté Amazon, c'est AWS Direct Connect qui joue ce rôle. Le lien physique entre les deux clouds est sécurisé par MACsec (Media Access Control Security), un protocole de chiffrement de couche 2 qui protège le segment entre les routeurs de bordure des deux opérateurs. Ce choix garantit que le trafic inter-cloud ne transite jamais en clair sur une infrastructure partagée.

La gestion et le provisionnement de la connexion sont entièrement automatisables. Les clients peuvent créer et configurer leurs connexions via l'API AWS, la console de gestion, ou des outils Infrastructure-as-Code comme Terraform ou AWS CloudFormation. Une fois la connexion établie, elle peut être étendue via Azure Private Link pour accéder en réseau privé aux services managés Azure — Azure SQL, Azure Storage, Azure OpenAI Service, etc. — sans que le trafic ne touche l'internet public.

Un aspect structurellement important de cette annonce est la publication par AWS d'une spécification d'API ouverte pour l'interopérabilité réseau multicloud. Ce standard décrit un cadre d'échange que tout fournisseur de cloud peut adopter. Avec l'ajout d'Azure, AWS Interconnect – multicloud couvre désormais les trois principaux concurrents d'AWS : Microsoft Azure, Google Cloud et Oracle Cloud Infrastructure (OCI). C'est la première fois qu'une telle couverture multicloud aussi large est disponible via une infrastructure native des hyperscalers eux-mêmes, sans passer par un intermédiaire tiers.

En termes de disponibilité géographique, la préversion publique est initialement limitée à quatre régions AWS : US East (Virginie du Nord), US West (Californie du Nord), Asia Pacific (Sydney) et Europe (Francfort). La présence de la région Europe (Francfort) dès le lancement est notable pour les entreprises européennes soumises aux exigences de résidence des données du RGPD et aux contraintes de souveraineté numérique. D'autres régions devraient suivre avant le passage en disponibilité générale, dont la date n'a pas encore été communiquée.

Les modalités tarifaires complètes n'ont pas encore été publiées pour la phase de préversion, mais le modèle économique attendu s'aligne sur celui de Direct Connect et ExpressRoute existants : facturation à l'heure de port et au gigaoctet de données transférées. AWS et Microsoft indiquent que les coûts de transfert de données seront significativement réduits par rapport au trafic inter-cloud via internet, sans chiffrer précisément cette réduction.

Ce lancement fait suite à des premières annonces d'intention publiées fin août 2026 sur les blogs Azure et AWS Networking, et représente l'aboutissement de plusieurs mois de travaux conjoints d'ingénierie entre les deux équipes réseau. Il s'inscrit dans une dynamique plus large de coopétition entre hyperscalers, visant à réduire les frictions d'adoption du multicloud pour les grandes entreprises, au bénéfice des clients et au détriment des effets de lock-in propres à chaque plateforme.

Pourquoi c'est important

L'annonce AWS-Azure Multicloud Interconnect est plus qu'une amélioration technique de connectivité : elle signale un changement de posture stratégique de la part des deux plus grands hyperscalers mondiaux. Pendant des années, AWS et Azure ont tacitement favorisé le single-cloud pour leurs clients les plus importants, en rendant difficile et coûteuse la portabilité des données et des charges de travail. Un lien natif, haut débit et à faible latence entre les deux clouds facilite au contraire le multicloud, réduit le lock-in et donne aux entreprises un levier de négociation accru vis-à-vis de leurs fournisseurs cloud.

Pour les entreprises, les bénéfices sont concrets. La connectivité privée à 100 Gbps entre AWS et Azure permet d'envisager des architectures distribuées ambitieuses : bases de données actives-actives entre les deux clouds, pipelines de données en temps réel, réplication de disaster recovery cross-cloud, ou déploiement de charges de travail IA sur le cloud disposant des GPU disponibles au moment voulu. Dans le contexte actuel de tensions sur les capacités GPU, la capacité à basculer dynamiquement entre AWS et Azure pour les entraînements et inférences IA est une fonctionnalité dont la valeur opérationnelle est immédiate pour les équipes MLOps.

Du point de vue de la réglementation européenne, cette annonce est particulièrement significative. NIS2 et DORA imposent aux entités critiques — opérateurs essentiels, institutions financières — des exigences de résilience qui poussent naturellement vers le multicloud : une panne sur un seul cloud ne doit pas paralyser l'activité. Jusqu'ici, la complexité de la connectivité inter-cloud était un frein pratique à la mise en oeuvre de ces architectures de résilience. Un service natif et managé lève ce frein. Pour les RSSI et CTO des secteurs bancaire, assurance, santé et infrastructure critique, c'est une brique qui simplifie concrètement la conformité architecturale.

Enfin, la publication d'une spécification d'API ouverte pour l'interopérabilité réseau mérite attention à long terme. Si ce standard est adopté par d'autres fournisseurs — Google Cloud a déjà signalé son intérêt —, il pourrait devenir la fondation d'un véritable Internet des clouds, où la connectivité inter-hyperscaler deviendrait aussi banale que la connectivité inter-opérateurs télécom aujourd'hui. L'initiative d'AWS de publier un standard ouvert plutôt qu'un protocole propriétaire est un signal positif pour l'écosystème multicloud dans son ensemble.

Ce qu'il faut retenir

  • AWS Interconnect avec Azure est en préversion publique dans quatre régions dont Francfort : les entreprises éligibles peuvent tester la connectivité privée 100 Gbps entre leurs environnements AWS et Azure.
  • Le chiffrement MACsec et l'accès via Azure Private Link garantissent que le trafic inter-cloud ne transite jamais par l'internet public, simplifiant les architectures de sécurité multicloud.
  • Pour les entités soumises à NIS2 ou DORA, ce service est une brique concrète pour les architectures de résilience multicloud exigées par ces réglementations européennes.

Faut-il avoir des contrats Direct Connect et ExpressRoute existants pour utiliser ce service ?

Non, AWS Interconnect – multicloud avec Azure se provisionne indépendamment des connexions Direct Connect ou ExpressRoute existantes. Le service crée un lien dédié entre les deux clouds à la demande via une API unifiée, sans nécessiter de négociation préalable avec les deux providers. Les clients disposant déjà de circuits Direct Connect ou ExpressRoute peuvent néanmoins les intégrer à l'architecture pour des topologies hybrides on-premises/multicloud plus complexes.

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