Table des Matières
- 1.Introduction à l'Embodied AI et à la Robotique 2026
- 2.Foundation Models pour Robots : RT-2, PaLM-E, OpenVLA
- 3.Systèmes de Perception : Vision, Proprioception, Tactile
- 4.Planification et Exécution d'Actions
- 5.Collaboration Homme-Robot (HRI)
- 6.Manufacturing et Logistique : Cas d'Usage
- 7.Sécurité et Certification : ISO 10218
- 8.Perspectives Futures : L'Horizon 2028-2030
1 Introduction à l'Embodied AI et à la Robotique 2026
L'Embodied AI — l'IA incarnée dans un corps physique — représente en 2026 l'une des frontières les plus excitantes et les plus complexes de l'intelligence artificielle. Contrairement aux IA purement logicielles qui traitent du texte, des images ou des sons, un agent d'IA incarné doit percevoir le monde physique à travers des capteurs (caméras, lidars, capteurs tactiles, accéléromètres), raisonner sur cet environnement en temps réel, et agir via des actionneurs mécaniques (moteurs, pinces, jambes, bras articulés) avec une précision et une fiabilité suffisantes pour être utile et sûr. Cette boucle perception-cognition-action, que les humains exécutent naturellement, se révèle extraordinairement difficile à reproduire artificiellement. Le monde réel est bruité, imprévisible et ne se laisse pas facilement réduire à des tokens ou des pixels.
La convergence de trois avancées majeures a transformé le paysage de l'Embodied AI entre 2023 et 2026. Premièrement, l'émergence des foundation models multimodaux (vision-langage-action) capables de généraliser à de nouvelles tâches sans re-entraînement spécifique. Deuxièmement, la disponibilité croissante de plateformes robotiques standardisées (Boston Dynamics Spot, Figure 01, Unitree H1, Agility Cassie, Boston Dynamics Atlas) à des coûts en forte baisse. Troisièmement, les avancées en simulation physique (Isaac Sim de NVIDIA, MuJoCo, Genesis) qui permettent de générer des térabytes de données d'entraînement en synthèse, contournant le bottleneck de la collecte de données réelles coûteuse et lente. Ces trois convergences ont propulsé la robotique IA du stade de démo de laboratoire vers des déploiements en production dans des environnements industriels réels.
En termes de marchés, la robotique IA incarnée connaît en 2026 une croissance annuelle estimée à 35 à 45 %, portée par trois verticals dominants : la logistique et l'entrepôt (picking, tri, palettisation autonomes), la manufacturing (assemblage, contrôle qualité, soudage), et la restauration et l'hôtellerie (cuisines automatisées, livraison intérieure). Les investissements en capital risque dans les startups d'Embodied AI ont dépassé les 8 milliards de dollars en 2025, avec des levées emblématiques comme Figure AI (675 M$ avec Microsoft, OpenAI et NVIDIA), Physical Intelligence (400 M$), 1X Technologies (100 M$), et Apptronik (120 M$). Ces investissements massifs signalent une conviction forte que l'Embodied AI sera l'une des technologies de plateforme de la prochaine décennie.
Rupture clé : En 2026, un robot guidé par un foundation model peut recevoir l'instruction en langage naturel "range les objets rouges dans la boîte de gauche" et l'exécuter dans un environnement inconnu, sans programmation préalable de cette tâche spécifique. Cette généralisation "zero-shot" était impossible avec les approches robotiques classiques basées sur la programmation explicite.
2 Foundation Models pour Robots : RT-2, PaLM-E, OpenVLA
Les Robot Foundation Models (RFMs) constituent la révolution centrale de l'Embodied AI en 2026. Le modèle RT-2 (Robotics Transformer 2) de Google DeepMind, publié en 2023, a ouvert la voie : il combine un modèle vision-langage pré-entraîné (PaLI-X) avec un head de prédiction d'actions robotiques, permettant au robot de comprendre des instructions en langage naturel complexes ("ramasse la canette en tenant compte du recyclage") et de les traduire en séquences de tokens d'action (déplacements et forces sur chaque axe du robot). RT-2 a démontré une capacité de généralisation inter-tâches remarquable : entraîné sur des millions d'exemples de manipulation d'objets courants, il peut manipuler des objets qu'il n'a jamais vus physiquement, en raisonnant par analogie depuis ses connaissances web.
PaLM-E (Google, 2023) a poussé encore plus loin l'intégration : c'est un modèle généraliste multimodal (vision + texte + états robotiques) de 562 milliards de paramètres qui peut simultanément répondre à des questions sur des images, générer des plans d'action pour des robots et naviguer dans des environnements intérieurs. Sa particularité est d'unifier dans un même espace de tokens les observations visuelles, les états proprioceptifs du robot et le langage, permettant une planification holistique. En 2026, sa successeur PaLM-E 2 intègre également le flux audio et les données haptiques, approchant une perception véritablement multimodale. OpenVLA (Open Vision-Language-Action model), publié par Stanford et University of California Berkeley en 2024, a apporté une dimension communautaire critique : c'est le premier foundation model robotique entièrement open-source, entraîné sur Open-X Embodiment (un dataset de 970 000 trajectoires robotiques collectées sur 22 plateformes différentes). OpenVLA permet à des équipes sans les ressources de Google de fine-tuner un RFM sur leurs propres plateformes robotiques en quelques heures sur un seul GPU.
En 2026, le paysage des RFMs s'est enrichi de nouveaux acteurs : Octo (Berkeley, open-source, 93M paramètres, optimisé pour l'efficacité en edge), GR-2 (Baidu/Unitree, optimisé pour les robots humanoïdes), RoboFlamingo (adaptation de Flamingo à la robotique, très efficient en few-shot learning), et Pi0 (Physical Intelligence, modèle génératif de flux pour la manipulation dextre). Un pattern commun émerge : les RFMs les plus performants utilisent l'architecture Diffusion Policy ou Action Chunking Transformer pour la génération d'actions, qui produit des séquences d'actions fluides et cohérentes plutôt que des prédictions token par token trop hachy. La clé de leur succès est la capacité à encoder une représentation sémantique riche du monde (héritée du pré-entraînement sur des données web) qui guide la planification motrice dans des situations non prévues.
Figure 1 : Architecture générique d'un Robot Foundation Model (RFM) — pipeline Vision-Langage-Action avec boucle de retour sensoriel
3 Systèmes de Perception : Vision, Proprioception, Tactile
La perception est le substrat fondamental de l'Embodied AI : un agent physique ne peut raisonner et agir correctement que s'il dispose d'une représentation précise et temps-réel de son environnement. Les systèmes de perception visuelle pour robots ont bénéficié des avancées spectaculaires des modèles de vision. La détection et segmentation d'objets 3D (Grounded SAM 2, DINOv2, Depth Anything V2) permet d'identifier précisément la position, l'orientation et la forme d'objets à manipuler avec une précision millimétrique. Les caméras RGB-D (Intel RealSense, Azure Kinect) ou les lidars compacts (Ouster OS0, Livox Mid-360) fournissent des nuages de points 3D denses qui alimentent des algorithmes de SLAM (Simultaneous Localization and Mapping) en temps réel. En 2026, les systèmes SLAM neuraux (NeRF-SLAM, DROID-SLAM) construisent des représentations sémantiques de l'environnement qui associent à chaque point 3D non seulement sa position mais aussi sa classe d'objet, ses propriétés physiques (matériau, rigidité estimée) et son historique d'interaction.
La proprioception désigne la capacité du robot à percevoir son propre état interne : angles et vitesses des articulations, couples moteurs, accélérations (IMU). Ces données, collectées à des fréquences de 500 Hz à 2 kHz via des encodeurs et des capteurs de force-couple, sont essentielles pour le contrôle fin des mouvements. En 2026, des techniques de state estimation basées sur des filtres de Kalman étendus ou des réseaux de neurones récurrents fusionnent les données proprioceptives avec les données visuelles pour produire une estimation de l'état du robot robuste aux occlusions et aux perturbations. La perception haptique et tactile est la frontière la plus active de la recherche : des peaux robotiques comme GelSight, DIGIT ou TacTip combinent des capteurs optiques, piézoélectriques et de résistance pour mesurer la distribution de pression sur la surface de contact, permettant au robot de détecter si un objet glisse, si sa prise est trop forte, ou de reconnaître des textures et des formes au toucher. L'encodage tactile neuronal (TraTouch, UniTouch) transforme ces signaux bruts en embeddings exploitables par les RFMs.
4 Planification et Exécution d'Actions
La planification dans les systèmes d'Embodied AI se déroule typiquement sur trois niveaux temporels imbriqués. Au niveau stratégique (horizon de secondes à minutes), un LLM ou RFM décompose un objectif de haut niveau ("préparer une commande de 5 articles") en sous-tâches ordonnées et gère les dépendances entre elles. Ce niveau s'appuie sur des techniques de Task and Motion Planning (TAMP) qui combinent la planification symbolique (quoi faire) avec la planification motrice (comment le faire physiquement). Des systèmes comme SayCan (Google, 2022) ont montré qu'un LLM peut effectuer ce niveau de planification en évaluant la "affordance" (faisabilité physique) de chaque action possible en consultant un modèle de valeur bas-niveau. Au niveau tactique (horizon de 0,5 à 5 secondes), le système sélectionne des primitives de mouvement prédéfinies (approcher un objet, saisir, déposer, pousser) et les paramétrise selon le contexte. Au niveau réactif (horizon de 1 à 50 ms), un contrôleur bas-niveau calcule les couples moteurs pour suivre la trajectoire désirée tout en absorbant les perturbations et en respectant les contraintes de sécurité.
L'exécution robuste d'actions dans des environnements dynamiques est l'un des défis les plus difficiles de l'Embodied AI. Les approches classiques de contrôle prédictif (MPC, Model Predictive Control) peinent face aux contacts non prévus, aux objets déformables ou aux incertitudes de perception. Les approches modernes combinent le MPC avec des politiques neuronales résiduelles : un contrôleur MPC classique gère la stabilité globale, tandis qu'un réseau de neurones (souvent entraîné par imitation ou par renforcement) apprend à corriger les erreurs résiduelles que le MPC ne peut pas anticiper. Le Reinforcement Learning (RL), et notamment le RL basé sur la simulation (sim-to-real transfer), a permis d'entraîner des politiques de contrôle locomoteur extraordinairement robustes : ANYmal de ETH Zurich, Spot de Boston Dynamics, et Unitree Go2 peuvent désormais traverser des terrains accidentés, remonter des escaliers et se relever après une chute grâce à des politiques apprises par RL dans des simulations physiques réalistes. Le sim-to-real gap reste un défi, mais des techniques de domain randomization (variation aléatoire des paramètres de simulation) et d'adaptation en ligne (ajustement rapide en quelques dizaines d'interactions réelles) le réduisent considérablement.
Exemple : Planification hiérarchique robot avec LLM (Python + ROS 2)
import rclpy
from rclpy.node import Node
from anthropic import Anthropic
from robot_interfaces import PickPlaceAction, NavigateAction
class EmbodiedAIPlanner(Node):
"""Planificateur hierarchique LLM + controleur bas-niveau ROS 2."""
def __init__(self):
super().__init__('embodied_ai_planner')
self.llm = Anthropic()
self.scene_objects = [] # mis a jour par perception
def plan_task(self, high_level_goal: str) -> list[dict]:
"""Niveau strategique : decomposition en sous-taches via LLM."""
scene_description = self._describe_scene()
response = self.llm.messages.create(
model="claude-opus-4-6",
max_tokens=512,
system=(
"Tu es un planificateur robotique. Decompose la tache en "
"actions primitives JSON: navigate, pick, place, inspect. "
"Verifie la faisabilite physique de chaque action."
),
messages=[{
"role": "user",
"content": (
f"Scene: {scene_description}\n"
f"Tache: {high_level_goal}\n"
"Retourne un tableau JSON d'actions ordonnees."
)
}]
)
return self._parse_action_plan(response.content[0].text)
def execute_plan(self, action_plan: list[dict]) -> bool:
"""Niveau tactique + reactif : execution avec monitoring."""
for step_idx, action in enumerate(action_plan):
self.get_logger().info(
f"Etape {step_idx+1}/{len(action_plan)}: {action['type']}"
)
success = False
if action['type'] == 'navigate':
success = NavigateAction(action['target']).execute()
elif action['type'] == 'pick':
success = PickPlaceAction(
action['object'], grasp_type=action.get('grasp','top')
).pick()
elif action['type'] == 'place':
success = PickPlaceAction(
None, target_pose=action['pose']
).place()
if not success:
self.get_logger().error(
f"Echec etape {step_idx+1}, replanning..."
)
return self.replan_from_failure(action_plan, step_idx)
return True
5 Collaboration Homme-Robot (HRI)
La Human-Robot Interaction (HRI) en 2026 a radicalement évolué grâce aux LLM et aux RFMs : les robots ne sont plus de simples automates exécutant des programmes figés, mais des agents capables de communiquer naturellement, d'anticiper les intentions humaines et de s'adapter dynamiquement à un partenaire humain imprévisible. Les cobots (robots collaboratifs) de nouvelle génération — Universal Robots UR20, FANUC CRX, Kuka LBR iisy — intègrent des couches conversationnelles permettant à un opérateur de modifier une tâche en langage naturel ("attends, mets d'abord les vis M6 avant les M8") sans reprogrammation. Des systèmes de compréhension d'intention basés sur le suivi du regard, l'analyse de posture et le langage permettent au robot d'anticiper le prochain mouvement d'un collaborateur humain et d'adapter sa trajectoire pour éviter les collisions ou faciliter la passation d'outil. Les interfaces geste-parole multimodales permettent des interactions encore plus intuitives : "mets ça ici" (avec un geste pointant) est compris et exécuté.
Le défi majeur de la HRI reste la prévisibilité comportementale du robot aux yeux des humains. Des études en psychologie cognitive montrent que les humains tolèrent les erreurs des robots (comme les humains), mais réagissent très négativement aux comportements imprévisibles ou incohérents. Les RFMs, étant des systèmes probabilistes, peuvent parfois prendre des décisions surprenantes dans des configurations inhabituelles — ce qu'on appelle l'out-of-distribution behavior. Pour y remédier, des approches de conformal prediction fournissent des garanties probabilistes sur le comportement du robot dans des zones de l'espace d'états connues, et déclenchent automatiquement un mode dégradé (mouvement plus lent, demande de confirmation humaine) quand le robot s'approche de zones inconnues. La transparence de l'IA dans les robots collaboratifs — expliquer verbalement ce que le robot va faire avant de le faire — améliore significativement la confiance et l'efficacité collaborative.
6 Manufacturing et Logistique : Cas d'Usage
Le picking robotique en entrepôt est le cas d'usage le plus mature de l'Embodied AI en 2026. Des entreprises comme Amazon Robotics, Ocado Technology, Mujin et Berkshire Grey déploient des systèmes de picking entièrement autonomes capables de saisir des articles de morphologie très variée (boîtes, sachets, vêtements, objets fragiles) depuis des rayonnages désorganisés, à des cadences dépassant 1000 prises par heure. La clé de ces performances est la combinaison d'algorithmes de grasp planning (AnyGrasp, Contact-GraspNet) entraînés sur des millions de grasps simulés et réels, de systèmes de vision 3D précis (caméras structured-light ou stéréo) et de pinces adaptatives (à ventouses multiples ou à doigts souples). Les robots humanoïdes comme Figure 02 et Agility Cassie commencent à être déployés dans des entrepôts d'Amazon et BMW pour des tâches nécessitant la bimanuité (tenir un objet avec une main et le manipuler avec l'autre) ou l'utilisation d'escaliers et de convoyeurs conçus pour l'humain.
En manufacturing, l'Embodied AI transforme les chaînes d'assemblage par sa capacité à gérer la variabilité — la bête noire de la robotique classique. Un bras robotique traditionnel doit être reprogrammé minutieusement pour chaque nouveau modèle ou chaque variante de produit. Un bras guidé par un RFM peut, après quelques démonstrations humaines (apprentissage par imitation, Learning from Demonstration, LfD), reproduire la tâche et généraliser à de légères variations de position, d'orientation ou de taille des pièces. Tesla l'utilise pour l'assemblage de câblage dans ses Model Y/3, BMW pour l'assemblage de joints de porte, et Foxconn pour le contrôle qualité visuel des PCB. Le contrôle qualité autonome (vision IA + bras robotique) peut inspecter 100 % des pièces à des vitesses dépassant les capacités humaines, avec des taux de détection de défauts supérieurs à 99,5 % pour des défauts de surface, soudures, dimensions et assemblage.
7 Sécurité et Certification : ISO 10218 et TS 15066
La certification de sécurité des robots industriels est encadrée par la norme ISO 10218 (parties 1 et 2), qui définit les exigences de sécurité pour la conception et l'intégration des robots industriels, et par la spécification technique ISO/TS 15066, qui étend ces exigences aux robots collaboratifs opérant en espace partagé avec des humains. Ces normes sont complétées par la directive machines européenne (2006/42/CE, révisée en 2023 pour intégrer les systèmes IA) et, depuis 2025, par les exigences additionnelles de l'AI Act européen pour les robots guidés par des systèmes IA à "haut risque". La grande question de 2026 est : comment certifier un robot dont le comportement est partiellement déterminé par un LLM non déterministe ? Les certifications traditionnelles reposent sur la vérification formelle d'un comportement déterministe ; les RFMs génèrent des comportements probabilistes qui ne peuvent pas être exhaustivement énumérés.
La réponse émergente en 2026 est une approche en couches : le composant IA (RFM) est encapsulé derrière une couche de sécurité déterministe certifiable. Cette architecture de safety envelope fonctionne comme suit : le RFM génère des commandes d'action en continu, mais ces commandes sont filtrées par un module de surveillance déterministe (implémenté sur hardware certifié SIL 2 ou SIL 3) qui vérifie à chaque cycle de contrôle que l'action proposée respecte les contraintes de sécurité : vitesse maximale de l'effecteur, force de contact maximale, zones interdites, distances de sécurité par rapport aux humains détectés. Si une commande viole une contrainte, elle est remplacée par une commande sûre (arrêt d'urgence, mouvement ralenti, retrait en position de repos). Cette architecture permet de certifier le système global même si le composant IA seul ne peut pas être certifié. Les tests de robustesse adversariale (tentatives d'induire des comportements dangereux par des perturbations visuelles ou des instructions malveillantes) font partie des protocoles d'évaluation imposés par les organismes notifiés européens depuis 2025.
Au-delà de la certification formelle, les équipes de déploiement appliquent des principes de sécurité by design : zones de travail physiquement délimitées (barrières, capteurs de présence, tapis de sécurité), systèmes d'arrêt d'urgence accessibles et testés régulièrement, monitoring continu des anomalies (détection de comportements hors distribution), journaux d'audit de toutes les actions pour permettre la reconstruction post-incident. La norme ISO 23482 (sécurité des robots de service personnels) et la IEC 62443 (cybersécurité des systèmes industriels) s'appliquent également aux robots IA, ajoutant des exigences de protection contre les cyberattaques qui pourraient compromettre les systèmes de perception ou de contrôle.
8 Perspectives Futures : L'Horizon 2028-2030
Les trajectoires technologiques et commerciales de l'Embodied AI convergent vers plusieurs ruptures anticipées pour 2028-2030. La première est la généralisation des robots humanoïdes en environnements non structurés. En 2026, les robots humanoïdes les plus avancés (Figure 02, Boston Dynamics Atlas NG, Tesla Optimus Gen 3, 1X NEO Beta) peuvent réaliser des tâches de manipulation dextre dans des conditions de laboratoire semi-contrôlées. L'horizon 2028 vise des déploiements dans des environnements réels entièrement non structurés — maisons, restaurants, hôpitaux — où la variabilité est maximale. Les progrès nécessaires portent sur la dextérité des mains (manipulation d'objets déformables, de boutons, de fermetures éclair), la locomotion sur des surfaces glissantes ou encombrées, et la robustesse comportementale face à des situations rares mais critiques.
La deuxième rupture anticipée est l'émergence de World Models robotiques — des modèles génératifs qui simulent internalement les conséquences physiques des actions, permettant une planification par "imagination" sans interagir physiquement avec l'environnement. Des travaux comme DreamerV3 (DeepMind), IRIS et les approches de Neural Physics Simulators montrent qu'un robot peut apprendre à simuler la physique de son environnement (comment un objet va se déplacer si on le pousse, si une pile va tomber, comment un liquide va couler) et utiliser cette simulation interne pour planifier des actions efficaces. Cette capacité de simulation mentale est considérée comme une brique fondamentale vers une intelligence générale incarnée. Troisièmement, la continuité entre digital et physique — les robots qui peuvent accéder à et agir sur des systèmes numériques (internet, bases de données, APIs) pour augmenter leur intelligence et leur efficacité — va brouiller la frontière entre agents logiciels et agents physiques, ouvrant une ère d'agents hybrides cyberphysiques.
Vision 2030 : Un robot humanoïde généraliste, guidé par un world model neuronal enrichi par un LLM multimodal, pourra exécuter n'importe quelle tâche physique demandable à un humain non spécialisé (manutention, cuisine, aide à domicile) dans un environnement non structuré, avec un niveau de sécurité certifiable et une capacité d'apprentissage continu en production. Ce saut qualitatif transformera profondément l'organisation du travail dans les industries physiques.
En conclusion, l'Embodied AI de 2026 est à l'inflexion entre la démonstration impressionnante et le déploiement industriel massif. Les foundation models robotiques (RT-2, PaLM-E, OpenVLA, Pi0) ont résolu le problème de la généralisation inter-tâches ; les systèmes de perception multimodale (vision 3D, proprioception, tactile) fournissent les substrats sensoriels nécessaires ; la planification hiérarchique et les architectures de sécurité en couches permettent des déploiements certifiables. Les cas d'usage industriels — picking logistique, assemblage manufacturing, contrôle qualité — montrent des ROI mesurables et des déploiements à l'échelle. Les défis résiduels portent sur la manipulation dextre dans des environnements non structurés, la robustesse comportementale hors distribution, et l'évolution des cadres réglementaires pour accompagner des systèmes dont le comportement n'est plus entièrement déterministe. L'Embodied AI n'est plus une question de "si" mais de "quand" et "comment" — et pour les entreprises, l'enjeu est de se préparer dès maintenant à cette transformation.
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